‹ Riche ou pauvre, exposition succincte des causes et des effetsde la distribution actuelle des richesses socialesChapitre 52 sur 86 · LOIS POLITIQUES · texte numérisé non relu

LOIS POLITIQUES

d'association politique dans lequel la capacité d'acquérir, au lieu d'être égale pour tous, est à peu près refusée à une classe nombreuse d'individus qui , sous les noms d'esclaves ou de serfs, sont eux-mêmes appropriés, et forment une partie du capital mobilier ou immobilier des classes privilégiées. Cependant , comme je m'occupe ici de l'avenir, et non du passé, je ne dois point m'arrêter à l'examen d'un système sur lequel la civilisation moderne a prononcé un arrêt irrévocable de condamnation, et qui ne compte plus guère de défenseurs que parmi les boyards russes et les planteurs de l'Amérique. Je me serais abstenu d'en parler si je n'avais vu certains publicistes aller, dans leur commisération pour les prolétaires libres, jusqu'à vanter l'esclavage comme une institution préférable à l'industrialisme de notre époque. C'est là une exagération dans laquelle je devais prouver au lecteur que je ne suis point tombé. La pitié que m'inspire le sort des prolétaires libres, dans nos sociétés soi-disant civilisées, n'agit point au détriment de l'indignation que m'inspirera toujours l'asservisseloent de l'bomme à l'bomme.

La condition des travailleurs asservis a un

ESCLAVAGE ET SEhVAGE. 167

avantage, un seul avantage, sur celle des travailleurs libres, c'est un degré de plus de sécurité. Les premiers étant les choses du maître;, faisant partie de la richesse du maître^ celui-ci est directement intéressé à les maintenir valides, à satisfaire leurs besoins physiques, à favoriser même, jusqu'à un certain point, leur développement intellectuel et moral.

Le travailleur asservi ne vend pas son travail ; il le doit tout entier à son maître en vertu des lois qui ont établi^ entre lui et ce maître, la relation de propriété. Le degré de bien-être et la quantité de produits matériels dont il pourra jouir, en échange du travail de toute sa vie, dépendent uniquement de la volonté du maître , et cette volonté sera déterminée soit par des calculs d'intérêt, soit par des sentiments et des habitudes , c'est-à-dire par des mobiles sur lesquels la volonté de l'esclave n'aura que bien peu d'influence. En un mot, la mesure totale du bonheur social de l'esclave est déterminée par l'idiosyncrasie du maître.

De là il peut arriver que certains travailleurs asservis aient une existence matérielle plus douce que ne l'est , en général , celle des tra-

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