‹ Riche ou pauvre, exposition succincte des causes et des effetsde la distribution actuelle des richesses socialesChapitre 53 sur 86 · LOIS POLITIQUES · texte numérisé non relu

LOIS POLITIQUES

vailleurs libres. Lorsque, à la sécurité qui résulte de leur condition civile, se joignent les soins, les bienfaits, les traitements afîectueux d'un maître éclairé, indulgent et humain, leur sort n'est pas sans (jueîques charmes, et peut faire envie, au premier aspect, à plus d'un prolétaire libre dont l'existence est sans cesse empoisonnée d'inquiétudes et de privations. Mais ce premier aspect est trompeur, et il y a des raisons, tirées de la nature même des choses, pour regarder la condition des travailleurs asservis comme étant, à tout prendre , fort inférieure à celle des travailleurs libres.

Et d'abord , la réunion des qualités qui rendent le maître apte à faire le bonheur de son esclave est une exception, et une rare exception, non-seulement parce que ces qualités, soit de l'esprit, soit du cœur, sont nombreuses, mais surtout parce que l'institution même de l'esclavage en arrête le développement. Les qualités de l'esprit sont neutralisées par les préjugés traditionnels qui se forment dans toute société à esclaves ; les qualités du cœur sont rendues inefficaces par la crainte qu'inspire la classe asservie et par les instincts brutaux que son avilissement et

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sa dégradation tendent à développer chez le plus grand nombre des malheureux qui la composent. L'idiosyncrasie de la plupart des maîtres est telle, que l'esclave se voit exposé chaque jour à de cruelles privations et à des traitements barbares et outrageants dont aucun effort d'intelligence ou d'attention ne saurait le préserver.

En second lieu, la sécurité de l'esclave, combinée comme elle l'est avec l'incapacité d'acquérir, devient un mal, plutôt qu'un bien, pour lui, car elle lui ôte le stimulant des besoins naturels, le seul que son incapacité eût pu lui laisser en le privant de toute possibilité d'améliorer son avenir. Le travailleur asservi ne trouve donc en lui-même aucun mobile de développement: ni celui des besoins naturels, puisqu'ils sont satisfaits; ni celui des besoins factices, puisqu'il n'est point en son pouvoir de les satisfaire par aucun développement d'activité ou d'intelligence.

Enfm^ le développement intellectuel et moral auquel les travailleurs asservis s'élèvent quelquefois, grâce aux dons de la nature ou à la bienveillance du maître que le sort leur a donné, devient pour eux un supplice, en leur

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inspirant des sentiments que leur condition civile doit froisser chaque jour; et en leur donnant la conscience complète de leur avilissement et de leur nullité.

Il est un fait qui témoigne hautement et de la malheureuse condition des travailleurs libres et de l'abrutissement des travailleuis asservis, c'est la résistance qu'ont exposée le& serfs de certaines contréees à leur émancipation. La dégradation morale leur avait fait perdre jusqu'au sentiment de leur humiliante dépendance, et la condition de [irolétaires libres, à laquelle on les appelait, leur semblait si peu digne d'envie, qu'ils lui préféraient encore les corvées et le fouet du maître.

SECTION IL

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