‹ Riche ou pauvre, exposition succincte des causes et des effetsde la distribution actuelle des richesses socialesChapitre 66 sur 86 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Il nie resle à parler des lois qui ont pour but avoué de corriger^ au moins en partie, les conséquences du principe d'appropriation.

Le sujet du paupérisme a été suffisamment étudié de nos jours, soit théorétiquement, soit pratiquement , pour qu'on puisse regarder certaines questions comme définitivement résolues, certaines vérités comme irrévocablement démontrées.

Ainsi, on est d'accord sur ce point capital, c'est que les aumônes publiques ne détruisent pas le paupérisme et qu'elles peuvent avoir pour efiet de l'augmenter. Cette vérité est

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fondée théorétiquement sur ce que le principe des aumônes publiques tend à neutraliser les obstacles préventifs qui arrêteraient l'accroissement de la population ; elle est démontrée historiquement par l'expérience de tous les pays où la charité légale a été pratiquée sur une grande échelle, notamment par les accroissements successifs qu'a reçus la taxe des pauvres en Angleterre, jusqu'au moment où cette institution a été modifiée dans un sens restrictif.

A cette vérité fondamentale se rattache une conséquence non moins généralement admise, c'est que la charité légale doit être restreinte dans des limites étroites, soit quant à la nature et à la qualité des assistances accordées, soit quant au mode d'attribution de ces assistances. De là trois caractères que présente presque toujours l'aumône publique , et qu'elle doit présenter pour que sa tendance à augmenter le paupérisme ne se manifeste pas :

1° Elle est humiliante, honteuse pour le pauvre qui la reçoit ;

2° Elle ne s'étend pas au delà de ce qui est strictement nécessaire pour le maintien de l'existence physique ;

5° Elle est accordée sous des conditions

cruelles, qui équivalent souvent à un emprisonnement pénal, et qui, plus souvent encore, privent l'assisté de toutes les jouissances morales dans lesquelles il pourrait trouver un dédommagement à sa misère.

Je le répète, ce sont là des vérités que l'on ne conteste plus de bonne foi. Les philanthropes qui croient encore à la possibilité d'une assistance légale complète et illimitée se livrent à une chimère non moins absurde que celles du mouvement perpétuel. Les hommes d'Etat ne se bercent plus de pareils rêves, et la conviction sur l'inefficacité de la charité légale est si commune aujourd'hui, que, sans les inconvénients et les dangers divers que présente la mendicité, enverrait plus d'un gouvernement renoncer à toute aumône publique, à toute institution d'assistance légale.

Est-il besoin d'en dire davantage pour démontrer que les aumônes publiques, non plus que les salaires publics, ne sauraient être envisagés comme un correctif à l'inégale distribution des richesses ? Ici, sans doute, ce sont bien les pauvres, et en général les plus pauvres, qui reçoivent la portion de richesse allouée par l'Etat ; mais, pour être assistés,

ils n'en sont pas moins pauvres. L'assistance légale ne les élève pas au-dessus de la misère^ ne leur donne pas une chance de plus d^arriver à l'indépendance et à la fortune. Ils restent, comme auparavant, déshérités de toute part au capital social, de tout droit dans les produits de leur travail. Rien n'est changé , enfin , pour la classe des prolétaires prise en masse.

Les résultats de la loi d'appropriation , tels que je les ai développés ci-dessus, ne sont donc point sensiblement modifiés par les institutions qui exercent l'influence la plus immédiate sur la distribution des richesses. Les effets de ces institutions ne sont qu'individuels ; ils ne modifient point la position relative des diverses classes de la société envisagées collectivement, quoiqu'ils puissent modifier absolument la position de quelques individus appartenant à chacune d'elles.

Le caractère général de ces résultats demeurant tel que je l'ai d'écrit , je dois maintenant exposer les conséquences politiques et morales qui en dérivent ; car ce serait peu d'avoir signalé le vice radical de notre organisation sociale, si l'on se contentait de le faire recon-

naître extérieurement^ de montrer la place et la forme de l'ulcère. Il faut sonder la plaie, faire voir les ravages qu'elle a produits dans l'intérieur du corps social, mettre à découvert les organes vitaux qu'elle a déjà entamés, et ceux qu'elle menace d'une prochaine dissolution.

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