ENTRE LE RICHE ET LE PAUVRE
sociales auxquelles il s'agit de l'appliquer. En vain elle proclame l'égalité de droit, en présence d'une monstrueuse inégalité de fait ; en vain elle suppose la représentation de tous les intérêts, quand ceux de la classe entière des salariés sont forcément exclus de toute représentation ; en vain elle promet un gouvernement auquel chacun des membres de l'association participera directement ou indirectement , quand une telle participation est impossible ou illusoire pour le plus grand nombre. Non; le gouvernement représentatif n'est pas, dans la pratique, le gouvernement des plus éclairés au profit et dans l'intérêt de tous; il n'est, comme l'a dit naguère un homme d'état, que le gouvernement des classes moyennes , c'est-à-dire le gouvernement de la richesse, le gouvernement du capital. C'est le capital qui finira par gouverner le monde, si aucun bouleversement ne vient arrêter la marche que suit le développement de nos sociétés sous le régime de la loi d'appropriation.
Qu'on ne m'allègue point ici l'exemple des Etats-Unis, de la Suisse, et de quelques Etats de l'Allemagne, où le gouvernement repré-
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sentatif semble avoir tenu presque tout ce qu'il promettait. D'abord , il se mêle beaucoup d'illusions dans les idées généralement répandues touchant les résultats qu'il y a produits. Ensuite, ces Etats ne sont pas de ceux où le développement industriel a fait le plus de progrès. La loi d'appropriation est loin encore d'y avoir atteint ses dernières conséquences. Mais elle les y atteindra tôt ou tard ; car sa marche rapide, accélérée par l'exemple et par l'impulsion des sociétés plus avancées, n'y rencontrera pas plus d'obstacles que chez celles-ci.
L'accumulation et la concentration des capitaux sont des tendances communes à toutes les nations modernes de l'Occident, tendances qui doivent nécessairement imprimer une direction uniforme aux progrès économiques et à la civilisation de celte partie du monde. Encore cinquante années de paix^ et partout les grandes industries auront détruit les petites, partout la propriété foncière se sera mobilisée , partout le capital aura eflacé les anciennes distinctions sociales, pour y substituer cette simple classification des hommes eu riches et en pauvres, en riches qui