RAPPORT DE DEPENDANCE ENTRE LE RICHE ET LE PAUVRE
Le riche tient le pauvre sous sa main, car non-seulement il lui est supérieur et le domine par son savoir et son intelligence , mais encore il possède le capital dont l'approvisionnement du pauvre fait partie.
Le riche , en consommant le capital dont il dispose , pourrait se passer quelque temps du travail du pauvre ; tandis que le pauvre peut à peine se passer un seul jour du riche, parce qu'il ne possède que son travail , et ne saurait vivre de son travail qu'en le vendant au riche.
Sans doute , si nous considérons les deux classes en masses et de haut , nous dirons qu elles sont réciproquement nécessaires l'une
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à l'aulre ; bien plus, nous reconnaîtrons que le pauvre a moins besoin du riche que le riche du pauvre, puisque, sans le travail de celui-ci, aucune richesse n'existerait. Mais, sous le régime actuel de la loi d'appropriation, les individus de ces deux classes sont dans une position inverse, par une cause facile à concevoir. Si je puis me passer de vous pendant une semaine , et que vous ne puissiez vous passer de moi que deux jours, je suis votre maître et vous êtes mon serviteur, de fait sinon de droit. Suis-je, en outre,, plus intelligent et plus éclairé que vous ? Le rapport n'en sera que mieux établi, et il vous semblera tellement naturel , que vous ne songerez peut-être pas à vous en plaindre, jusqu'à ce que j'en abuse.
Ce rapport de dépendance oppose de nouveaux obstacles à la représentation des intérêts du pauvre^ en le frappant d'une incapacité morale qui ne le cède point à son incapacité intellectuelle. Est-il appelé à l'exercice de droits électoraux.^ Ses votes sont acquis d'a^ vanceau riche dont il dépend. Est-il réduit au rôle de simple spectateur faisant partie du pu^ blic, et chargé, comme tel, d'appliquer la res^
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ponsabilité morale? Ses opinions et ses manifestations lui seront inspirées par son intérêt présent, c'est-à-dire par le besoin qu'il aura de se concilier la bienveillance de ses supérieurs.
Le gouvernement représentatif suppose un concours de volontés intelligentes et libres de la part de tous les membres de l'association. C'est le résultat concret de ces volontés , exprimées par des votes ou autrement, qui fournit l'expression de l'intérêt général , et qui doit se formuler dans les lois et dans les actes d'administration. Mais il n'y a d'indépendance possible que par le moyen du capital. Indépendance et capital sont politiquement synonymes. Quant à l'indépendance de caractère, qui élève un homme au-dessus de sa position et lui inspire le sacrifice de son intérêt présent à ses sentiments ou à ses principes, elle n'est qu'une exception, et une exception rare, surtout parmi les êtres privés de tout développement intellectuel.
Il faut donc reconnaître cette triste vérité , que la théorie du gouvernement représentatif, avec tout Tappareil de principes généraux dont elle s'étaie dans les constitutions modernes, est en désaccord avec les réalités