LA LETTRE
Après que les invités du marquis se furent retirés, Jean était entré dans son cabinet d'étude, laissant causer son père avec le vieux paysan vosgien.
Il prit ses crayons et ouvrit un de ses albums avec l’intention, de travailler à un dessin commencé depuis quelques jours.
Mais, soudain, il referma l’album et se leva en s’écriant : — Ah ! j'oubliais |
Le matin, en revenant du tir, Jean était passé rue du Conservatoire pour donner, comme d'habitude, son aumône à la vieille pauvresse de Sainte-Cécile.
En même temps qu’il laissait tomber la pièce blanche dans la main de la mendiante, celle-ci lui avait tendu une lettre, en disant :
— Pour vous, mon généreux monsieur ; si le bon Dieu exauce mes prières, il vous récompensera de tous vos bienfaits.
Jean avait pris la lettre, pensant que c'était une supplique que lui adressait la pauvre femme.
Pressé de rentrer, il avait glissé la missive dans la poche de son veston, se réservant de la lire à un autre moment.
Aussitôt rentré, il s'était empressé de changer de vêtement, et immédiatement après il avait rejoint le marquis et ses invités.
La lettre était donc restée dans la poche du veston, et le jeune homme venait de se rappeler qu'il avait à en prendre connaissance.
Il passa dans sa chambre. Le vêtement était encore sur le fauteuil où il l’avait jeté.
Il prit la lettre, sur l'enveloppe de laquelle il y avait pour suscription ces deux mots seulement :
« Monsieur Jean. »
Il rompit le cachet, ouvrit la lettre et, avec une surprise facile à comprendre, il lut ce qui suit :
« MONSIEUR
» Une personne qui s’intéresse vivement à vous a une communication à vous faire de la plus haute importance. Il s’agit d’un secret. De la révélation de ce secret dépend tout votre avenir. Vous n’aurez qu’à dire : Je veux ! et le bonheur de votre vie est assuré.
» Montez à cheval, aujourd’hui jeudi, à votre heure habituelle, et rendez-vous au Point-du-Jour, près la porte d’Auteuil, mais sans être accompagné. Là, un domestique vous fera signe de le suivre et il vous conduira, à une faible distance, à la maison où vous êtes attendu. Pendant le temps que vous serez dans la maison, le domestique gardera votre cheval.
» Vous n’avez rien à redouter ; on ne vous tend pas un piège, c’est votre bien que l’on veut.
» On vous recommande la plus grande discrétion. » Avis important :
» Ne dites rien à M. Lagarde, votre protecteur, ni à Mm° la baronne de Simaise ; ils ne doivent être instruits que plus tard de ce que votre ami inconnu veut faire pour vous.
» On vous attendra dans l’après-midi jusqu’à quatre heures.
» Soyez exact au rendez-vous.
» À bientôt.