UN TRISTE RÔLE
Il y eut un moment de silence.
Le baron avait l’air de réfléchir ; mais il ne laissait rien voir sur son visage de ce qui se passait dans son âme. Son calme excessif à un pareil moment parut étrange à Raoul.
Que pouvait méditer son père ? À quoi pouvait penser ce grand coupable ?
Un doute lui vint.
— Mon père, dit-il d’un ton bref, en regardant le baron bien en face, les yeux dans les yeux, manqueriez-vous de courage ?
— Moi ! fit dédaigneusement le baron.
— À la bonne heure.
» Je pense, mon père, que tous avez compris ce que je veux : nous allons nous tuer tous les deux.
Involontairement, le baron tressaillit et son œil s’éclaira.
Du moment qu’il ne s’agissait que d’un double suicide, il ne se trouvait pas, en face du terrible jeune homme, dans une passe aussi mauvaise qu’il l'avait cru d’abord.
— Oui, Raoul, répondit-il d’une voix sombre, j'avais compris.
Le jeune homme, les yeux pleins de flammes, se dressa superbe, pareil à ces premiers martyrs chrétiens qui s’offraient eux-mêmes aux bourreaux et allaient au-devant des bêtes féroces des arènes.
— La mort lave tout ! s’écria-t-il d’une voix vibrante et avec exaltation. Grâce à la mort, on met fin à ses souffrances, on échappe à la honte, à l’opprobre et au châtiment que les hommes réservent aux coupables ! Mort, on n’a plus à redouter la justice humaine !
— On court au-devant d’une autre, murmura le baron.
— Cette autre tient compte du repentir. Mon père, souvenez-vous que votre noble mère fut la femme d’un marquis de Chamarande dont la devise était :