II INTRODUCTION
des arts et le promoteur de la renaissance religieuse en France au XVIP siècle. Son rôle, à ces divers titres, a été minutieusement étudié, et il suffit de rappeler les travaux de MM. Bazin, Avenel, Zeller, d'Avenel et Hanotaux, pour se convaincre que ce vaste sujet a été presque entièrement épuisé.
Mais comme le disait un jour M^"" Perraud, dans la chapelle de la Sorbonne, « il est un côté de la « vie et des œuvres du cardinal de Richelieu que « semble avoir mis dans l'ombre l'éclat de son (( rôle politique. Uniquement préoccupée de (( l'homme d'État, la postérité a presque oublié « l'homme d'Église. Ses plus ardents admirateurs (( eux-mêmes ont paru croire que la gloire du « Ministre n'avait rien à gagner aux travaux de « l'évêque et aux œuvres du théologien (1). »
En eifet, à partir de 1616, on peut suivre tous les progrès de son ambition, de sa puissance et de sa fortune. Mais la plupart des historiens ne nous disent presque rien sur les années qui ont précédé son entrée aux affaires. Il serait pourtant curieux de savoir quelle a été la jeunesse de ce grand homme, quelles ont été ses études et comment, à Fâge de vingt-deux ans, il gouverna le diocèse de Luçon. Il serait surtout intéressant de surprendre
(1) Mgr Perrald, lîichelieu évêque et théologien, Paris, 1882, p. 43.
INTRODUCTION. m
chez ce jeune homme, à qui la Providence réservait de si hautes destinées, les premiers indices de sa politique, de connaître les idées et les maximes de gouvernement qu'il méditait dans la solitude de son évêché, avant de les réaliser avec tant d'éclat pendant son ministère.
Cette lacune, que signalait, il y a vingt-quatre ans, M^' Perraud, je voudrais essayer de la combler; je voudrais raconter ce qu'a été Richelieu pendant son épiscopat et montrer cjue l'évèque a préparé le ministre, et que ces huit années obscures qu'il a passées dans le bas Poitou ont été pour lui un merveilleux apprentissage de la vie politique. Le diocèse de Luçon a été l'école où il s'est initié aux affaires et où il a appris à gouverner la France; car il n'est personne à qui l'on puisse appliquer plus justement qu'à Richelieu cette parole de Mignet : « L'Église formait alors « les grands politiques; elle développait la valeur « propre de l'homme et y ajoutait la force du « rang (1). »
Malheureusement pour cette période de la vie du Cardinal, les documents ne sont pas aussi nombreux qu'on le souhaiterait. Comme le fait très justement remarquer M. Avenel, Richelieu, avant son second ministère (162'*) semble avoir
(1) MiGSET, Introduclion aux négociations relalices à la succession d'Espagne.