IT INTRODUCTION
été méconnu de ses contemporains, et les mémoires de cette époque font à peine mention de lui. Ceux qui citent son nom ne lui donnent « que « quelques mots d'indifférence, un souvenir plein (( d'inattention ou seulement les marques de quelce que dédain (1) ».
Aussi est-ce à lui-même, c'est-à-dire à sa correspondance, qu'il faut surtout demander des confidences et des renseignements sur son épiscopat et sur ses ambitions naissantes. On verra que j'y ai largement puisé. Chaque fois que je l'ai pu, j'ai laissé Richelieu exposer lui-même ses desseins ou raconter les événements grands ou petits qui remplissent sa vie. Il y a dans ses lettres, si nombreuses et si variées , un accent de sincérité qui m'a vivement frappé et qui me paraît être un sûr garant de vérité.
A cette source si importante, il m'a été donné d'ajouter de précieuses informations tirées des dépôts publics. La vaste collection des Papiers (V Aquitaine de dom Fonteneau m'a fourni la plupart des pièces relatives à l'administration du diocèse de Luçon. En outre, de nombreuses lettres trouvées, soit aux archives des Affaires étrangères, soit à la Bibliothèque nationale, m'ont permis
(1) AvENEL, Lettres, insli^uctions diplomatiques et papiers d'Etal du cardinal de Richelieu. Paris, 1853, t. 1", Introduction, p. un.
INTRODUCTION. v
d'établir avec quelque précision quelles étaient ses relations d'affaires ou d'amitié. On y constate que ce jeune prélat, même avant les États généraux de 161V, avait pour ainsi dire forcé l'attention et l'estime de tous ceux qui l'avaient approché et qu'il s'imposait à eux par la supériorité de son caractère. Enfin, les Archives de la famille de Richelieu, où une permission gracieuse m'a laissé pénétrer, m'ont donné de curieux détails sur les rapports de l'évêque de Luçon avec sa mère, ses frères et ses sœurs : on verra, peut-être non sans surprise, combien cet homme à qui l'on refuse toute ouverture de cœur fut tendre et généreux pour les siens, même au moment où il se débattait encore contre la gêne et presque la pauvreté.
Je ne me dissimule pas néanmoins que ces ressources sont encore insuffisantes pour traiter complètement le sujet que j'ai entrepris. J'ai particulièrement souffert de cette pénurie de documents, quand il m'a fallu retracer les années d'études de Richelieu, son entrée dans les ordres et son voyage à Rome; sur tous ces points, j'aurais été réduit à de simples conjectures, sans le précieux et très rare petit volume de Pure, qui m'a fourni les détails les plus curieux et les plus intéressants (1).
(1) Vila eminentissimi cardinalis Arm. Joan. Plesssi Ri-