‹ Richelieu à Luçon, sa jeunesse, son épiscopatChapitre 8 sur 17 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ENFANCE ET JEUNESSE DE RICflELIEU

Sommaire - Généalogie de la famille. - Naissance et prem.ere éducation de Richelieu. - Ses études littéraires et philosophiques. Il choisit le métier des armes et fréquente les académies.

La maison du PJessis-Richelieu était l'une des plus nobles et des plus anciennes familles du Poitou. Des généalogistes complaisants, tels que André du Chesne et le père Anselme, et riiistorien Mézerav, la font remonter par les femmes à Louis le Gros,'et par les hommes aux rois de Léon, de Castille et de Jérusalem (1). Mais cette illustre origine, découverte à 1 époque de la toute-puissance du cardinal, nous

mH^r'- ""f ^"''''' ^'''- 9'"'^'<'9i<-jue de la maison du Plessis de R^cheheu, in-fo. p. «. Il composa son livre en 1G31, lorsque le Carclient 1^^.^? "°.Pf^°""^Se si considérable, lorsque lui-même,

lUCUELIEL- A LIT.OX.

semble trop peu désintéressée pour être prise au sérieux (1). D'ailleurs, André du Chesne a bien soin de déclarer que les titres anciens de la maison du Plessis ont disparu (2). Nous savons seulement que, lorsque le duc d'Orléans reprochait à Richelieu ses prétentions à une origine royale, celui-ci se bornait à répondre qu'il n'était pas le centième dans le royaume qui fût descendu par les femmes des anciens rois de France (3). Souvent, en effet, au moyen âge, les rois épousaient les filles des seigneurs français, et ainsi s'explique ce grand nombre de gentilshommes qui pouvaient se vanter d'une parenté quelconque avec leur souverain. Cette question de l'ancienneté de la race nous laisse aujourd'hui un peu indifférents, et nous estimons avec raison que la science des dHozier ne peut rien pour la gloire d'un homme tel que Richelieu. Mais, au XVIP siècle, on n'en jugeait pas de la sorte, et le grand cardinal, en particulier, tenait autant et plus qu'aucun de ses contemporains aux traditions nobiliaires de sa famille et à l'éclat de son nom (4).

C'est près d'Angles, dans la paroisse de Néons en Poitou, sur les bords de la Creuse, que la famille du Plessis-Richelieu a eu son premier établissement (5).

(1) Grotius, qui n'aimait pas Richelieu, disait à ce propos : « Facile avos inveniunt quibus favet fortuna. • Epist. 1:291.

(-2) André du Chesne, ibkl., p. 5.

(3j Richelieu, Mémoires, t. II, p. 326. Édition Micliaud et Poujoulat.

(4) On en a la preuve dans le soin (|u'il prend, dans ses Mémoires, d'indiquer si les personnages dont il parle sont de bonne ou médiocre noblesse; et Tallemant est dans le vrai quand il reproche à Richelieu d'avoir eu € trop de faiblesse sur sa noblesse et sur sa naissance ». Tallemant, t. II, p. 2.

(i)) Aimé Martineau, Le cardinal de Richelieu, p. iC. Pour tout ce

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André du Chesne afliniie qu'un Laurent du Plessis accompagna en Terre-Sainte Guy de Lusignan, roi de Jérusalem et de Chypre (1). Il mentionne également un Guillaume du Plessis, seigneur de la Vervolière, de Brcux et autres terres, situées en ïouraine et en Poitou, qui passa sous la domination de Philippe-Auguste, quand ce prince enleva le Poitou aux Anglais. Enfin, aux archives de la Vienne, on voit une foule de papiers ou actes de vente, sur lesquels ligure, ù partir du XIV siècle, le nom de du Plessis. Ce nom était porté par deux branches distinctes : l'aînée possédait la terre du Plessis; l'autre, d'oîi est sorti Richelieu, s'était fixée non loin de là, à la Vervolière.

Le premier des ancêtres du Cardinal, dont on puisse affirmer l'existence avec certitude, est un Geoffroy du Plessis qui mourut en li84. Il avait épousé, vers 1120, Perrine Clérambault, fille de Jean Clérambault, à qui appartenait la seigneurie de Richelieu, et c'est ainsi que cette terre, dont le nom devait être si illustre, passa, un siècle et demi avant la naissance du Cardinal, dans la maison du Plessis (2).

qui se rapporte à la généalogie de Uiclielieu, nous n'avons fait que résumer le I*^' chapitre du livre de M. Martineau, qui a fait une étude très consciencieuse et très exacte des ancêtres du Cardinal. Cf. Bos- SEDôELF, Richelieu, monuments et souvenirs, p. 12.

(1) Anduk du Cuf.sne, Ilist. de la maison du Plessis de Richelieu, p. 7.

(2) Amclot de la Houssaye, dans une note manuscrite, conservée à la Bibliothèque nationale (Fonds français tiCSI, f" I à 15), prétend que la seigneurie de Richelieu, avec le nom et les armes de du Plessis, était entrée dans la famille du Cardinal pour prix du commerce honteux de Pierre d'Amboisc, évéquc de Poitiers, avec Catherine, fille d'un apothicaire d'Angles. C'est là une odieuse calomnie. M. Martineau l'a victorieusement réfutée en établissant, d'après des papiers de famille déposés aux archives de la Vienne, que ladite seigneurie

Le fils et le petit-fils de Geoffroy du Plessis s'appelèrent François. On ne sait rien du premier, sinon qu'il fut éciiyer tranchant de la reine Marie d'Anjou, femme de Charles VII, et qu'il remplit plus tard les mêmes fonctions auprès du duc de Guyenne, frère de Louis XI. Le second eut huit enfants, dont six garçons. L'un fut abbé de la Chaise-Dieu et l'autre, évèque de Luçon. Cet évêché allait rester dans la famille pendant plus d'un demi-siècle pour y être l'unique ressource des cadets. Le troisième se fit moine ; enfin l'aîné, Louis, devint, à la mort de son père, le chef de la maison et hérita tout ensemble des seigneuries de Beçay, la Vervolière, Chillou et Richelieu. Il servit François I" et Henri II, et mourut dans la force de l'âge, en 1551. De son mariage avec Françoise de Rochechouart, il eut deux fils : Louis du Plessis qui fut tué dans un guet-apens, sur la route de Champigny, par le sieur de la Brichetière, et François du Plessis, père du Cardinal.

François du Plessis était l'un des plus brillants gentilshommes du XVP siècle. Il avait été élevé comme page à la cour de Charles IX (1), et avait fait ses premières armes contre les protestants. A la bataille de Monconlour, 15G9, il avait sauvé la vie au

appartenait aux Clérambault avant 4457, c'est-à-dire plus d'un quart de siècle avant que Pierre d'Amboise fût évêque de Poitiers, 1481. (Mautineau, Le cardinal de Richelieu, p. 43.) Voir aussi Avesel, Revue des questions historiques, t. VI, p. Ii8.

(1) U dut cette faveur à l'influence de François Pidoux, médecin fort habile, originaire du Poitou, des environs de Ciiâtellerault, qui profitait de son crédit auprès de Catlierine de Médicis pour rendre des services à ses compatriotes du Poitou. Son fils Jean Pidoux, également médecin du roi, accompagna Henri UI en Pologne et soigna plus tard Henri IV. Il était l'ami de François de Riclielicu. (A. Martiseau, Le cardinal de Richelieu, p. "0.)

<luc d'Anjou, en lui donnant son cheval pour se dégager de la mêlée, et, depuis ce service rendu au frère du Roi, il s'était fait une situation supérieure à son rang et à sa fortune. Quand ce prince fut proclamé roi de Pologne, François du Plessis partit avec son voisin le sieur de Chémeraut (1) pour recevoir à l'avance, au nom du nouveau roi, la foi des seigneurs polonais. 11 partagea les ennuis de son maître « au pays des Sarmates », et favorisa son départ, lorsque la mort de Charles IX l'appela à prendre la couronne de France. Dans cette circonstance, le marquis de Richelieu fit preuve d'une audace incroyable. Il amena des chevaux aux portes de Cracovie, tint tète, l'èpée à la main, aux seigneurs polonais qui voulaient s'opposer à la fuite de leur roi, et, pour empêcher leur poursuite, détruisit le pont de la Vistule (2). On sait que ce retour en France ne fut qu'une série de fêtes et de divertissements qui commencèrent à Vienne et ne finirent qu'à Lyon. François de Richelieu profita de tout ce temps pour gagner de plus en plus la faveur d'Henri III. Aussi, malgré sa jeunesse, fut-il nommé conseiller d'État, grand prévôt de France (3) et chevalier du Saint-Esprit (4). Comme prévôt, il

(!) Le sieur de la Uoclie Chémeraut avait un cliàteau voisin de celui de Richelieu. Bossedoeit, Hist. de Richelieu, p. 118. {i) AuDEnv, Vie du cardinal de Richelieu, p. 4.

(3) Le grand prévôt présidait un tribunal important; il veillait au bon ordre de la Cour et avait rang de colonel. C'est en qualité de grand prévôt que François de Richelieu rédigea plus tard pour Henri IV un rapport sur le procès fait à Jacques Clément, assassin d'Henri IIL (Pierre de Miraimo^t, Le prévôt de l'hôtel et le (irand prévôt de France, p. 22.)

(4) L'ordre du Saint-Esprit avait été fondé par Henri lU, le 31 décembre 1578, en mémoire de trois événements qui le concernaient, arrivés le jour de la Pentecôte : sa naissance, son élection au trône

r, RICHELIEU A LUÇO.\.

exerçait une véritable autorité à la cour; comme chevalier, il était mis au rang des grands seigneurs et des }3lus illustres capitaines. Il justifiait du reste ces honneurs par une extrême bravoure et beaucoup de finesse d'esprit (1). C'était un causeur plein de charme, qui se plaisait dans la compagnie des hommes lettrés et instruits. « Un sobriquet de cour, dit M. Ilanotaux, nous donne sur son caractère une indication que semble confirmer un portrait qui nous reste de lui : sa figure était grave et pâle, son corps grand et grêle ; son humeur était sombre; on l'appelait Tristan VHermite (2).

Il avait épousé Suzanne de La Porte, fille de François de La Porte de Vézins, avocat au parlement de Paris. Les de La Porte étaient également originaires du Poitou. Ils habitaient Parthenay, et, comme ils se trouvaient peu éloignés de Richelieu, il est probable qu'ils avaient depuis longtemps des rapports d'amitié et de bon voisinage avec les du Plessis. La marquise de Richelieu était une femme supérieure. « C'était, dit André du Chesne, l'une des plus nobles et des plus vertueuses dames de son siècle, joignant aux plus solides vertus les agréments de l'esprit et de la

de Pologne et son avcnemeut à celui de France. L'ordre comprenait 100 chevaliers qui devaient déjà être décorés de l'ordre de Saint- Micliel. Chaque chevalier jouissait d'une pension de 1000 écus d'or, réduite plus tard à 300 livres. C'est le l""' janvier 1o8j que François de Richelieu fut fait chevalier. Ceux qui furent appelés à déposer en sa faveur le représentèrent, comme ■ un ))on catholi(|ue », un Seigneur sévère et aime de ses sujets et de tous autres... » On louait son « clair et prompt esprit », son « beau et fertile naturel ». (Hanotaix, Histoire du Cardinal de Richelieu, t. I, p. 36.)

(1) Tallemant des Réaux, d'ordinaire si hostile à la famille de Richelieu, déclare que le père du cardinal était un bon gentilhomme.

{i) Hasotaix, ibid., p. 3(i.

l)eaiité (1). » Nommée dame d'honneur de la reine l.ouise de Lorraine, fominc de Henri III, elle avait pris à la cour des Valois celte urbanité exquise et cette distinction des manières qui avaient été apportées en France par Catherine de Médicis. Mais, vivant dans un milieu corrompu, elle s'était maintenue irréprochable dans sa conduite et dans sa réputation (2), et les divertissements et les plaisirs frivoles, auxquels ses fonctions l'obligeaient à prendre part, ne purent jamais entamer cette piété profonde, cette noblesse de sentiments, cette sagesse et cette fermeté qui devaient faire d'elle une mère si accomplie.

On le voit, les Richelieu jouissaient d'une situation considérable à la fin du XVP siècle. Ils étaient bien apparentés et bien en cour. Leur fortune était médiocre et le grand prévôt avait dépensé au delà de ses ressources dans la guerre contre les protestants et dans son voyage en Pologne. Maisilétaitencore jeune, et il avait le droit de compter sur la faveur royale pour luimême et pour ses enfants. Le futur ministre de Louis XIII ne sera donc pas complètement le fils de ses œuvres, comme d'autres personnages célèbres, qui partirent de très bas et durent uniquement à leurs mérites et à leurs talents d'être appelés aux plus hautes charges de l'État. Il sera redevable à sa famille de tous les avantages que donnait la naissance, en un temps où elle primait le plus souvent la valeur personnelle. Il sera, de plus, l'héritier de deux traditions qui exerceront chacune une influence distincte sur sa vie. Il recevra des Richelieu avec la fidélité et l'atta-

(1) André du Chesne, Hist. de la maison du Plessis de Richelieu, p. 73.

(2) Les contemporains l'appelaient t la Colombe». Bosseboelf, p. 21.

chement inviolables au roi, cet esprit chevaleresque, cette ardeur militaire, ces goûts de luxe et de dépense qui caractérisaient la noblesse de cette époque. Les de La Porte, au contraire, vieille famille parlementaire enrichie dans les offices de judicature, lui transmettront cette passion de la procédure et de la chicane, cette rigueur implacable dans l'exercice de la justice, et cette brutalité dans le gouvernement et l'administration, dont il fera un si redoutable usage pendant son ministère.

Armand-Jean du Plessis de Richelieu est né à Paris (1), dans la rue du Bouloi, le 9 septembre 1385.

(1) On peut résumer ainsi toutes les preuves qui attestent la naissauce de Richelieu à Paris :

I. L'extrait de baptême public par M. Jal, qui fixe la naissance à Paris au 9 septembre 138S. n est à croire que si Richelieu était né ailleurs qu'à Paris, où il a été baptisé, l'acte de baptême aurait mentionné celte particularité. (Jal, Dict. cril. de biographie et d'histoire, p. 1060.)

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