Ambass. vénit., n" 89, entièrement chitiré, 14 nov
2. « Je vins remercier le roi à Tarascon de l'honneur qu'il m'avait fait de me nommer à la dignité de cardinal, et l'assurer que, comme elle était au delà de mes espérances et de mes mérites, aussi les ressentiments de l'obligation que je lui en avais étaient au-dessus de mes paroles. Le roi me dit que, si le connétable eût vécu, je ne l'eusse jamais été; et que, s'il écrivait une lettre de recommandation en ma faveur, il en écrivait quatre pour m'en éloigner...» {Richel., Mém., p. 270.) Nous ne pouvons nous empêcher d'exprimer quelques doutes sur l'authencité du propos attribué ici à Louis XIII. La ligue qui se négociait était une conception du connétable de Luynes. Le moment paraissait mal choisi pour maltraiter sa mémoire, alors qu'on revenait à un projet dont il était l'auteur. Voyez notre ouvrage Le conné-
able de Luynes.
156 LES CONFÉRENCES d' AVIGNON ET DE LYON
puis mourir maintenant que j'ai eu l'iionneur de voir Votre Majesté. » Ils s'entretinrent ensuite en se donnant les témoignages de la plus vive affection. Pendant que Charles- Emmanuel présentait ses compliments à tous les princes et seigneurs de la suite royale, Louis XIII se remit en selle. Le duc en ayant fait de même, les deux princes entrèrent l'un à côté de l'autre dans la ville '.
« Le duc a voulu persuader qu'il n'était venu en France que pour rendre à Sa Majesté ce témoignage d'honneur, » dit l'ambassadeur vénitien; mais il est évident que tel n'était pas l'objet du voyage de Charles-Emmanuel. En effet, le 19 novembre, un grand conseil fut convoqué. L'ambassadeur vénitien, qui y fut invité par le roi, trouva dans un cabinet le duc de Savoie, le connétable, le garde des sceaux, le ■comte de Schomberg, Puisieux et Bullion, siégeant en cercle sans aucun ordre de préséance. Dans cette conférence, on posa les bases de la confédération projetée. La cour d'Espagne, tenue, avec une remarquable exactitude, au courant des événements, avait reculé d'un pas. Elle avait fait savoir qu'elle acceptait le principe du dépôt des forts entre les mains du duc de Lorraine^ mais qu'elle entendait que les garnisons fussent composées uniquement de soldats allemands catholiques ou d'Italiens '. Il fut décidé dans le con-
1. Ambass. vénit., n" gi, 20 nov. 1G22. Cf. le nonce, 23 nov. 1622 : « Le duc de Savoie a été rencontré par le roi, allant à la chasse. Son Altesse a mis genou en terre et a baisé la main de Sa Majesté. »
2. Nonce, 25 nov. 1622. Le nonce d'Espagne avait fait connaître cette décision au Saint-Siège dans une dépêche que nous trouvons sans date, au milieu de la correspondance d'Agucchia, mais qui se rapporte évidemment à cette époque, c'est-à-dire à la hn d'octobre; en voici l'analyse : Il informe de ce qu'il a négocié relativement à l'affaire du dépôt; il a obtenu de la cour d'Espagne que le duc de Lorraine pourrait être choisi comme dépositaire. Mais les Espagnols ne veulent point qu'il puisse mettre dans les forts des soldats français. Tout au plus admet-on que le gouverneur soit un de ses vassaux et que les garnisons soient composées de Suisses catholiques ou d'Allemands. Le nonce verrait une autre solution à indiquer. Ces garnisons pourraient être composées de sujets u pape. Ce qui serait
seil que Ton s'en tiendrait en tout et pour tout à l'exécution du traité de Bassompierre. Le marquis de Mirabei fut cliargé de demander a son gouvernement l'application de ce traité^ dans le délai de trois mois, en déclarant qu'il n'y avait point à alléguer le refus des Suisses de se porter garants de la sécurité des catholiques, vu que c'étaient les intrigues des Espagnols qui les en avaient empêchés i. Rien de définitif ne fut arrêté en ce qui concernait la constitution de la ligue, la question des pouvoirs de l'ambassadeur vénitien restant toujours en suspens. C'est à Lyon que devaient être prises les dernières résolutions.
« Son Altesse, dit le nonce, a fait cadeau au roi de deux magnifiques chevaux, d'une épée avec ses accessoires, d'une rondache et de la cuirasse entière, tout garnis de turquoises et admirablement ouvragés, de deux gants -de fauconnier et de deux faucons. Il a laissé en outre à tous les officiers et même à toute la ville des marques de prix de sa magnanimité et de sa libéralité ^
« Le lundi 21, Sa Majesté partit dans la direction de Grenoble, pour voir cette province, peut-être pour y mettre quelque ordre; il a été accompagné un bon bout de route par le duc, qui, au moment de se séparer^ a versé des larmes d'attendrissement; et le jour suivant, en compagnie de son fils % il a pris le chemin du Piémont, par la voie de Barcelonnette; il a dit que, si Sa Majesté devait faire un séjour à Lyon, il reviendrait lui baiser la main. Mais M. le Cardinal, après l'avoir accompagné un jour, retournera vers Grenoble
encore mieux, c'est que le pape fût dépositaire. Rien ne serait en effet plus désagréable aux Vénitiens, les véritables instigateurs de toutes ces affaires.
1. Nonce, 23 et 25 nov. 1622. Les Mémoires de Bassompierre ne donnent aucun détail sur ces faits.
2. L'ambass. vénit., n^gS, donne des détails conformes à ceux du nonce, relativement aux cadeaux; il parle de deux chiens et de deux faucons ; il dit que les gants sont ornés de joyaux, et l'armure faite en tissu d'or.