Ambass. vénit., n" ()5, 20 décembre
RETOUR EN GRACE DE LA REINE MERE l6j
dente, nous fait assister à tous ses tâtonnements : « Le roi donne à la reine mère les plus grands témoignages d'honneur et d'amour; elle a été introduite dans le conseil avec une plus grande réputation d'autorité que par le passé. Sa Majesté a contracté une étroite intelligence avec Puisieux. A cet effet, elle s'est entretenue avec le roi de la manière la plus élogieuse pour les services que lui rend ce ministre, et il a été convenu qu'à l'avenir tout ce qu'il plaira au roi de commander à la reine sera porté à sa connaissance par l'intermédiaire de Puisieux ; et elle se conformera à ses ordres en toute occasion, de manière à écarter tous les inconvénients qui peuvent résulter de faux rapports. Il y a eu ensuite entre la reine et Puisieux, serment de fidélité et engagement formel de ne rien confier au cardinal de Richelieu, dont M. de Puisieux a une extrême appréhension. Ainsi s'est formé un parti composé de la reine mère, du connétable, du chancelier, du président Jeannin, de Puisieux, et de tous ceux qui dépendent d'eux. Schomberg incline vers cette union, et ses actions tendent en ce moment à éviter sa propre perte.
« Mais la reine mère a eu depuis l'avis que l'intention du roi est que Sa Majesté ait de l'autorité en toute chose, avec cette réserve qu'il sera bon qu'elle prenne à cœur seulement les affaires où son fils trouvera bon qu'elle le fasse; car Puisieux veut tout faire par lui-môme. Quant au cardinal de Richelieu, qui est l'âme de toutes les actions de la reine, il est impossible qu'il soit séparé de sa confidence. Aussi était-il question d'unir la reine mère ellemême avec le prince de Condé, au-dessus duquel personne ne s'est mis jusqu'à présent, avec le cardinal de Richelieu, Schomberg, La Rochefoucault, Épernon, et ceux qui, pour l'intérêt de la religion cathoHque, pourraient être du parti. Mais ces propos sont sans fondement; la reine mère parle avec vivacité en faveur de tous les intérêts contraires à ceux-là, c'est-à-dire pour que le royaume reste en paix
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et pour que le roi, à la condition de ne point s'exposer lui-même, prenne des résolutions généreuses à l'égard de
ses alliés ^. »
La dernière partie de ces renseignements confirme à peu près le sens des paroles attribuées par Richelieu à la reine mère dans son discours politique au roi. Quant à l'alliance de cour avec Puisieux, elle remontait déjà à quelques mois, comme nous l'avons vu dans une dépèche de l'ambassadeur florentin citée plus haut; mais ce n'était évidemment, dans la pensée de la reine mère et de son conseiller le cardinal, qu'un expédient pour gagner du temps et du terrain; il n'avait pu être question que dans des propos sans conséquence d'une union entre Marie de Médicis et le prince de Condé, et nous n'avons pas de peine à croire le cardinal de Richelieu dans le passage de ses Mémoires où il nous montre la reine mère aigrissant encore l'esprit de Louis XIII contre le premier prince du sang.
Quelles que soient les combinaisons qui purent être fondées sur l'éventualité prochaine de son retour, il n'est pas sans intérêt de savoir quels furent les incidents de ce voyage causé par la mauvaise humeur. Le secrétaire d'État du pape les résume pour l'instruction du nonce d'Espagne de la façon suivante : « Les causes de la venue du prince de Condé dans ces régions n'ont été autres que le désir d'accomplir un vœu, le dépit de la paix faite avec les huguenots, et la curiosité de voir l'Italie; car il est très empressé à observer toutes choses. Il a donné à entendre, avant de venir, qu'il prétendait au titre d'Altesse, et qu'il voulait traiter de pair avec les princes d'Italie, par la raison qu'il est non seulement prince du sang royal, mais premier prince du sng; il a allégué aussi l'usage en vigueur avec les princes de Savoie, puisque jusqu'au quatrième enfant on leur donne de l'Altesse. Il est donc venu, et, par le fait, il a traité de