‹ RichelieuChapitre 112 sur 196 · I. Ambass. vénit., n" loo, 21 décembre · texte numérisé non relu

I. Ambass. vénit., n" loo, 21 décembre

pair avec tous : avec les princes de Savoie et avec le duc de Mantoue, il a parlé en français, et cette langue, comme le sait Votre Seigneurie, ne se sert pas de titres ni de la troisième personne; la République de Venise ', Parme, Modène et Urbin lui ont donné de l'Altesse, et l'on a fait de même en cette cour; il reste la cour de Toscane, où il pourrait bien arriver que l'on n'usât point de l'Altesse ; mais on y traiterait de pair d'une autre façon, soit en langue française (il dira, par exemple : Madame) ou à la troisième personne ou par interprète. Outre ce titre, M. le Prince a désiré ou tout au moins il a fait demander à l'avance par l'ambassadeur de siéger en chapelle sur le banc des cardinaux, là où ont siégé les ducs de Mantoue et de Parme. Le pape l'a accordé. » Le secrétaire d'Etat pontifical, toujours prêt à s'humilier devant l'Espagne, dont les représentants, le cardinal Borgia et le cardinal Trejo, avaient porté plainte au maître des cérémonies, semble s'excuser en faisant valoir que le prince était le personnage le plus rapproché du trône dans un grand et puissant royaume ^

Ces préoccupations d'étiquette, tournées en dérision, non sans quelque raison, par l'historien Levassor, prouvent que le prince de Condé n'apportait pas en Italie des projets bien sérieux ni surtout appuyés par la couronne de France. S'il en eût été autrement, Louis XIII ne se serait-il pas chargé de réclamer lui-même pour le prince les honneurs auxquels il avait droit? Mais il est évident que le prince cherchait à faire illusion, et ce qu'il jugeait à propos de négocier à tort et à travers et sans aucun mandat précis justifie bien les allusions qu'on a lues dans une dépêche, citée plus haut, à ses

1 . Dans un i-apport envoyé par le nonce de Venise, monseigneur d'Anglino, on lit quelques détails sur la venue dans cette ville du prince de Condé. Le nonce dit qu'il ne sait pas si le prince a traité d'affaires avec le doge, qui lui a fait une réception solennelle. Dép, du 26 novembre 1622, dans les papiers d'Agucchia. Bib. Min., X, VI, 17.

2. Agucchia au nonce d'Espagne, évêque de Bertinovo. Bib. Barb. mss. LXV, 28.

lé8 VOYAGE DU PRINCE DE CONDÉ

inconséquences et au préjudice qu'il portait à la couronne. Il donna à cet égard de grands embarras à l'ambassadeur de France à Rome et au personnage expérimenté que Ton avait récemment adjoint au commandeur de Siller}^ pour l'assister dans les circonstances difficiles où se trouvait la France, l'archevêque de Lyon, Ms"" de Marquemont. On parlait déjà d'une nouvelle modification dans les conventions relatives à la Valteline. Le pape semblait en effet ne pas mieux demander que d'être substitué comme dépositaire des forts au duc de Lorraine. Le prince de Condé crut devoir sortir de la réserve diplomatique que lui imposait l'absence d'instructions sur ce point. Il demanda entrevue sur entrevue au cardinal Ludovisi et au pape ; il leur parla avec fermeté et déclara que, si le Saint-Père acceptait le dépôt, la garnison devait être entièrement composée d'Italiens, sujets du pape, et payée par la France. Ainsi le prince de Condé ne négligeait rien pour donner raison au nonce Corsini, qui, dans une de ses dépêches, l'avait signalé comme beaucoup trop bavard : « Assai indiiJgcnic alla lingiia '. »

« Le prince de Condé, dit le secrétaire d'Etat, est revenu hier soir discourir sur toutes ces affaires; il m'a donné à entendre qu'il pense que les Espagnols s'obstineront et que la guerre se fera en Italie ; qu'ils en finiront précipitamment avec les affaires d'Allemagne et de Flandre et qu'ils restitueront le Palatinat, afin de pouvoir soutenir la guerre contre les aUiés. Plaise à Dieu de leur accorder la lumière d'un meilleur conseil - ! » C'étaient là des propos bien inconsidérés; car la nouvelle des résolutions prises à Lyon venait seulement d'arriver, et ce n'était pas au premier prince du sang qu'il appartenait de faire savoir au Saint-Père que, dans son opinion, TEspagne n'en persisterait pas moins dans ses prétentions. On conçoit dès lors que le gouvernement français ait pris la résolution de ne pas

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