Nonce, 27 janvier 1G
de l'occupation avec le clergé et le Parlement, avec les hérétiques étrangers et avec ceux du pays, et en outre parce que ces ministres, abhorrant la guerre contre les huguenots, consentiront, pour ne pas les mécontenter, à leur faire des concessions qui répugnent au devoir et à la conscience ; pour l'État, parce qu'on verra se renouveler les antiques inimitiés entre la maison de Guise et la maison de Bourbon, et déjà le comte de Soissons et le duc de Guise ont commencé '. Il est à craindre que le roi, qui^ depuis deux ans, avait fait la guerre aux huguenots, n'ait maintenant à la faire aux catholiques. » Aussi le nonce, dans l'exagération peu désintéressée de ses craintes, croit-il devoir donner à Puisieux le conseil de ménager le prince de Condé et, en tout cas, de donner au parti catholique de tels gages que le prince n'y puisse trouver d'éléments de rébellion , et il ajoute qu'il convient d'affaiblir les protestants au point que le même Condé ne puisse recourir davantage à ce parti.
Remettre sur pied les vieilles maximes d'État de Henri lY, préparer un mariage dont l'utilité pour la couronne était si manifeste, que Richelieu en poursuivra, comme on sait, Taccomplissement, en brisant toutes les résistances, et même celle du principal intéressé, le futur époux : voilà des idées qui ne laissent pas de faire honneur, quoi qu'en pense le nonce, au gouvernement des Brûlarts. Et, lorsqu'on songe à quel point Richelieu est méprisant pour ces ministres, on s'étonne de les voir penser comme le cardinal lui-même sur des points d'une importance capitale.
Leur domination, toutefois, ne sembla pas, dès le commencement même, susceptible d'une longue durée; l'am-
I. Depuis longtemps, le comte de Soissons était ballotté entre Madame Henriette de France et M"« de Montpensier, dont on faisait tour à tour miroiter l'alliance à ses yeux, suivant les combinaisons et les intrigues du jour. Comme il était peu probable qu'on lui donnât la main de Madame, le prince n'était pas d'humeur à laisser échapper sans protestation celle de M'ie jg Montpensier.
l80 LE GOUVERNEMENT DU CHANCELIER BRULART
bassadeur vénitien n'y croit guère, et le nonce, qui a souvent le coup d'œil juste, malgré ses passions, prévoit qu'ils seront bientôt haïs , que la reine mère voudra avoir une part d'autorité réelle, et que le duc de Guise, dont la hauteur est assez connue, voudra également commander; il insiste sur le mécontentement des catholiques et conclut sur la destinée des Brûlarts par ce fâcheux pronostic : <f Leurs oreilles sont fermées aux bons conseils, par l'effet de leur présomption d'être plus habiles que personne au monde et par la ferme croyance qu'ils ont de tenir la fortune par les cheveux. Mais forcément ils ne tarderont pas à voir combien ils se sont trompés ; car, alors même qu'ils ne seraient pas entraînés au fond de l'abîme par le naturel variable du roi, ils le seraient toujours par l'âge du chancelier, qui, ayant soixante-dix-sept ans, est bien voisin de la mort'. » Les Mémoires de Richelieu prouvent surabondamment que Marie de Médicis ne voulut point être dupe dans l'association formée avec les Brûlarts. Elle leur fit entendre dès le commencement qu'ils n'agissaient point avec elle avec franchise, il est difficile de déterminer dans la narration précipitée, sans dates et par suite obscure du cardinal, le moment précis où s'accomplissent les faits qu'il indique par allusion ; mais tout porte à croire que, dès Torigine d'une coalition dans laquelle chacun voulait tirer la couverture à soi, la reine mère entendit avoir la meilleure part. Le caractère précaire de l'association et les progrès de la reine mère sont bien indiqués dans les informations que Giovanni Pesaro donne au Sénat : « Les princes et officiers de la couronne aspirent au gouvernement, dit-il; Bassompierre pourrait y parvenir, mais il ne veut d'autre titre que celui de conseiller secret de l'oreille de Sa Majesté ^. La reine