I. Nonce, 23 janvier
l8é LA LIGUE DE PARIS
composée entièrement de Trentins et que le roi de France retirât les troupes massées aux confins de la Savoie. Le pape lui déclara qu'aucune de ces deux demandes n'était admissible '. La situation était envisagée à la cour de Rome sous un aspect assez plaisant. « De tout ce que nous voyons, dit le secrétaire d'État, nous inférons qu'aucune des deux couronnes ne veut la guerre; et, comme chacune d'elles est persuadée qu'au fond l'autre ne la veut pas davantage, elles mettent toute leur industrie à prendre des allures belliqueuses, afin de faire céder la partie adverse. Chacune exalte ses propres ressources et déprime celles de l'autre en disant qu'elle ne pourrait faire la guerre quand bien même elle le voudrait; de la sorte, les Espagnols entendent tourner dans le même cercle et mettre le temps à profit, jusqu'à ce qu'ils aient l'espérance de voir naître en France quelques troubles. Nous nous confirmons cependant dans notre opinion que cette croyance entretenue des deux parts que l'autre puissance ne veut ou ne peut pas vouloir la guerre est précisément ce qui conduira peu à peu à s'y engager, et ceci touche particulièrement les Français; si le chancelier et Puisieux, qui sont de si grands amis de la paix, veulent la maintenir au dedans et au dehors, nous pouvons supposer avec d'autant plus de raison que plus le commandeur laisse à entendre qu'on en va venir aux armes, moins nous devons croire que ce soit véritablement leur pensée ^ y^ Mais la patience de Louis XIII, sinon celle de ses ministres, était à bout. Le nonce Corsini, en adressant des plaintes très vives au nonce d'Espagne sur l'attitude du gouvernement de Madrid, et en démentant les propos attribués à la reine de France, lui fit savoir que le roi n'attendrait pas plus tard que le mois d'avril, et que déjà on acheminait quatre régiments à la frontière de Flandre. Il lui
I. Agucchia, i5 janvier et i3 février iGili. •2. Agucchia, 14 février 162?.
annonça en même temps la signature prochaine et définitive de la ligue (7 février).
L'ambassadeur vénitien nous montre le roi donnant enfin un libre cours à ses sentiments dindignation. On savait que les Espagnols faisaient aussi des concentrations de troupes dans les Pavs-Bas; quelqu'un de l'entourage de Louis XIII lui ayant dit que les Espagnols taisaient mine de lui mettre en face le Roi Catholique, le roi lui répondit tout rougissant de colère : « Je le voudrais, car je le battrai bien. » Peu de jours après, raconte encore le même ambassadeur, le roi dit de son propre mouvement à la reine, sa femme : «Ecrivez au roi votre frère, et dites à l'ambassadeur d'Espagne que je suis résolu à vouloir l'exécution du traité de Madrid; autrement j'engagerai toute ma puissance. » La reine, après avoir un peu réfléchi, lui répondit que Sa Majesté commandait; donc elle écrirait au roi et parlerait à l'ambassadeur; mais elle suppliait Sa Majesté de croire qu'elle n'était point Espagnole^ mais toute Française ' .
La ligue élaborée à Avignon et à Lyon fut enfin définitivement conclue à Paris le 7 février. Suivant l'ambassadeur vénitien, le roi, en assistant à la signature, prononça quelques paroles énergiques -. L'aUiance était ofliensive et défensive et conclue pour deux ans au moins entre la France, Venise et la Savoie '^ ; elle restait ouverte pour le pape, les