Nonce, 16 avril
5. Le grand ballet de la reyne, dancê au Louvre le 5 de mars de l'an 1623. A Paris, chez René Gift'art, rue des Carmes, MDCXXIII, avec privilège du roy. Les /estes du Junon la nopcière, ballet pour la reyne.
maient d'ailleurs fort bien le contraste de la situation arandissante de Faîtière Médicis et de l'effacement, pour ne pas dire de l'abandon où languissait la pauvre Anne d'Autriche :
Vous m'ostez ma gloire et mon nom,
Grande et favorable Junon
Qui présidez au mariage.
Puisque c'est de vos mains que je tiens mon époux, Ce bonheur assuré portera témoignage Qu'il n'est pas ici-bas d'autre Junon que vous.
Madame vint à son tour faire son compliment à la reine mère, sans se douter qu'elle était observée par celui que, devenue reine d'Angleterre, elle devait aimer avec tant de .passion et plus tard avec tant d'héroïsme. Le poète faisait dire à la jeune princesse :
Qu'on ne s'esmerveille pas De voir en moy tant d'apas ; Si l'on y veut prendre garde, J'ay, comme Iris, emprunté Mes couleurs et ma beauté Du soleil qui me regarde.
Le mystère qui enveloppait les deux cavaUers se dissipa dès leur départ de Paris. Des excuses furent présentées au roi de France par l'ambassadeur d'Angleterre, et le comte 4e Carlisle vint demander un passeport autorisant le prince à aller, à s'arrêter, à revenir par le royaume.
Le gouvernement français ne put dissimuler son mécontentement, fondé principalement sur deux raisons : le manque d'égards et le sans- gêne dont le gouvernement anglais avait usé en cette circonstance, et la crainte de voir définitivement décidé le mariage du prince avec l'infante. Louis XIII manifesta ouvertement son dépit, et l'on discuta dans le conseil des mesures que l'excès seul de la mauvaise humeur pouvait conseiller d'ailleurs. On parla d'arrêter le prince et de ne lui rendre la liberté qu'après lui avoir fait épouser Madame. « Il semble que la France ait souffert une bravade
et une atteinte à sa considération, par suite de ce passage, dit l'ambassadeur vénitien '. Le prince de Galles put néanmoins, sans être inquiété, gagner l'Espagne par Toulouse et Narbonne. Puisieux avait écrit au roi qu'il avait reçu de Rome et d'Espagne l'assurance formelle que le mariage espagnol ne se ferait pas; c'est là sans doute ce qui diminua les susceptibilités du gouvernement français.
La fugue de Charles d'Angleterre à Paris avait coïncidé avec le retour du prince de Condé en France. « En ce qui concerne le prince de Condé, dit l'ambassadeur vénitien, on a la nouvelle de son passage par Lyon et de son arrivée dans sa maison à Montrond. Il revient gratifié de quelque indisposition que lui ont procurée les plaisirs d'Italie -. » Condé avait pris la précaution de s'assurer auprès de Puisieux que ses dignités, places, pensions lui seraient maintenues; on lui envoya le gouverneur de Montargis pour l'assurer qu'il ne serait point inquiété. Le nonce lui écrivit à la date du 3 mars une lettre anonyme pour l'informer de l'état des partis à la cour, l'engager à se défier des Puisieux et à servir ouvertement le roi et la religion suivant sa conscience, sans s'attachera un parti plutôt qu'à un autre. Condé, se doutant des pièges qui lui étaient tendus, aima mieux intriguer de loin que de près, et, dans les solides murailles de Montrond, s'attacha à mériter les indulgences et les gratifications du Saint-Siège par un zèle de catholicisme poussé jusqu'à l'excès. « J'ai été requis de la part du prince de Condé, écrit le nonce, de faire savoir au Saint-Père qu'il y a beaucoup de diocèses en France où, quand la fête de Noël ou de la Purification tombe un samedi, on mange de la viande ce
1. « Par pero alla Francia di haver sofferto una bravata et un dispre:{^o grande di questo passagio. » N» i3o, 14 mars 1623.
2. Ambass. vénit., n° 129, 12 mars 1623. — Il y a dans les Mémoires de Richelieu une grande obscurité en cet endroit. Plusieurs pages séparent en effet la mention du retour du prince de Condé et celle de l'arrivée du prince de Galles; les développements qu'elles renferment laissent supposer un intervalle de temps beaucoup plus grand que celui qui sépara ces deux événements.
jour-là, et que dans le diocèse de Troyes particulièrement on use de toutes sortes de fromages pendant le carême '. » Le prince voulait encore se poser en réformateur dans des questions d'un ordre plus élevé, et le nonce était obligé de le détourner de mettre en avant la proposition de réunir les huguenots à l'Eglise catholique, moyennant la concession de la communion sous les deux espèces ■. Ce singulier apôtre donnait encore la chasse dans son gouvernement aux Carmélites % qui, refusant de se soumettre à une bulle pontificale, ne voulaient pas être gouvernées par le Père de Bérulle et ses compagnons. Trois ou quatre couvents se soulevèrent, notamment celui de Bourges, et les dames de ce dernier, poussant la révolte jusqu'à la désertion, abandonnèrent leur clôture pour se réfugier dans le château d'une de leurs protectrices, M"''^ de Montigny. Le prince de Condé ne devait pas les y laisser tranquilles; elles s'enfuirent jusqu'à Bruxelles '.
Pendant que le prince de Condé se fait théologien, et bientôt même redevient étudiant, le chanceUer et son fils profitaient du trouble jeté dans l'esprit du roi par les derniers incidents de cour pour reprendre pied. Le nonce constate avec douleur, au milieu du mois d'avril, qu'ils sont de plus en plus en faveur et que toute opposition est étouffée : « On croyait, dit-il, que Sa Majesté n'avait pas bonne opinion du chancelier, et bien des gens, en effet, n'ont pas bonne opinion de lui, non pas qu'il ne soit très