Ambass. vénit., n" i32, 21 mars
3. « Qitesta carte costantissima al solito nclla sua incostan^a. » Nonce, 29 avril 162?.
bras de la reine mère et lui donner la haute main ^ns le gouvernement en s'unissant avec le cardinal de Richeliëlr,car il leur semble que cette protection peut les assurer contre les coups de la fortune ; et, en effet, les dispositions apparentes du roi à l'égard de sa mère sont aujourd'hui excellentes. Malgré tout, je ne puis me laisser aller à croire à ces on-dit, parce que le chancelier, bien qu'il soit prudent, tout en étant fort ambitieux, ne voudra pas se laisser en proie à l'esprit de RicheUeu et se livrer à une princesse qui autrefois l'a envoyé se reposer. On ne peut avoir aucune confiance dans l'humeur du roi, qui est entièrement adonné à la chasse, au point qu'il n'a cure ni du soleil ni de la pluie, ni de la nuit ni du jour, ni du chaud ni du froid, ni du manger ni du dormir. Le bon Dieu Tait en sa sainte garde! parce que je ne sais comment un corps humain peut se faire à une telle fatigue. Quant au reste, il ne s'apphque en aucune façon aux affaires, d'où il résulte que, s'il suit cette façon de vivre, il est impossible qu'il n'ait pas un favori, et il est même à désirer qu'il en ait Un; reste à prier Dieu qu'il le lui donne de bonnes moeurs et de bonne intention \ »
Laissons le roi chercher dans ses longues chasses une distraction aux tracas de la cour et aux ennuis du conseil et y tramer peut-être avec ses compagnons de fatigue quelque complot contre ses ministres, et recherchons quel intérêt pouvait encore rapprocher la reine des Brûlarts. Il y en avait un très réel, et c'était un intérêt d'argent, en vue duquel Richelieu servit sa maîtresse avec une âpreté au gain qui dut encore augmenter la confiance de la reine mère dans un homme capable de lui rendre tant de services. La maréchale d'Ancre avait placé à Florence, sur le monf-depiété, une somme de 200 000 écus, qui avait été réclamée par le roi en vertu de l'arrêt de confiscation prononcé par le
I. Nonce, 29 avril iGaS, de Moret. Le roi était parti pour Fontainebleau le lundi après Pâques.
Parlement de Paris sur les biens des Concini. Les difficultés opposées par le gou\ernement de Florence au recouvrement de cette somme, sur laquelle le fisc du grand- duc avait mis la main, durèrent pendant toute la vie du duc de Luynes, auquel avaient été attribuées les dépouilles du défunt maréchal d'Ancre; il avait été convenu toutefois entre les deux gouvernements que la somme serait partagée de la façon suivante entre le roi et le grand-duc : 120 000 écus pour Louis Xni et 80 000 pour Cosme IL Mais le gouvernement français était débiteur vis-à-vis du grand- duc de 500 000 écus; celui-ci entendait retenir comme a-compte sur sa créance les 120 000 écus qu'il consentait à abandonner sur la succession des Concini. Le gouvernement de Louis XIII s'opposa à cette prétention, en déclarant que, les 120 000 écus appartenant à Luynes et non pas au roi, il était injuste de récupérer sur un particulier des créances de la couronne. Après la mort du duc de Lujaies, Marie de Médicis visa les 120 000 écus et entra en négociation avec les tutrices du jeune Ferdinand II *, devenu grand-duc après la mort de Cosme II, par l'intermédiaire d'un certain Vincenzio Ludovici, et fit représenter que, le roi lui ayant restitué les bijoux appartenant à la maréchale d'Ancre, elle espérait qu^il lui ferait également don des 120 000 écus. C'est ce qui arriva. Richelieu réussit à obtenir du roi à Lyon, le 13 décembre 1622, une déclaration par laquelle il reconnaissait que cette somme appartenait à la reine Marie. Celle-ci envoya à Florence M. des Roches, lieutenant de sa garde, pour y porter la déclaration royale. La lettre suivante de la reine mère se rapporte au même objet :
I . Le grand-duc de Toscane était alors Ferdinand II , fils de Cosme II, cousin issu de germain de Marie de Médicis. Ce jeune prince, alors âgé de douze ans, était sous la tutelle de sa inère, Marie- Madeleine, sœur de Tempereur Ferdinand II, et de sa grand'mère, Christine de Lorraine, lesquelles gouvernaient le grand-duché en qualité de régentes. V. p. 49.
« Ma cousine,
« Le Roy Monsieur mon fils aiant esté pleinement informé que l'argent que j'avais fait mettre soubz le nom de la mareschale d'Ancre sur le Mont de Piété de Florence m'appartenoit, il a fait expédier les lettres patentes (dont je vous envoyé la copie collationnée) par lesquelles il déclare la chose ainsy, et veut que toutes les sommes de deniers et arrérages d'icclles me soient rendues et restituées. En attendant que j'envoie exprès un de mes domestiques pour cette affaire, je prens l'occasion de Jehan-Baptiste Gondy pour vous prier d'y donner ordre, afin que j'en reçoive le contentement que j'en espère comme s'agissant de chose mienne. Le soing que vous en aurez me donnera suject de redoubler mon affection en tout ce qui sera du bien et avantage de mon nepveu le grand-duc, que je désireray tousjours comme celuy de mes propres enfants, et vous feray voir en vostre particulier en toute occasion où je pourray que je suis véritablement <f Votre bien bonne et affectionnée cousine,
« Marie ' . »
Le gouvernement du grand-duc représenta que la déclaration du roi portant sur des biens existant dans le grandduché, et appartenant à des vassaux du grand-duc par leur origine, était de nulle valeur dans cet Etat, et qu'il fallait en venir à un accord, d'autant plus que le grand-duc était créancier de la France. C'est sur ce point que s'engagèrent des pourparlers relatés par le résident florentin dans des dépêches qui nous montrent le cardinal de Richelieu déployant tout son zèle obstiné pour la réussite de Taftaire ^ :
« J'ai beaucoup réfléchi, dit le résident, sur cette parole de Richelieu, qui m'a dit que de toute façon il faudrait bien que Leurs Altesses payent et peut-être le double et encore plus; et, comme Ludovici m'a dit ensuite la même chose, j'en suis venu à penser que l'on veut persuader à la reine mère (qui? je ne le sais pas encore, mais ce ne peut être que le cardinal) d'élever des prétentions sur une part du trésor, des meubles et immeubles particuliers laissés par le
1. Archives de Florence, Lettres de Marie de Médicis. Fil:^a 4729.
2. Voir plusieurs lettres de Richelieu dans les Papiers d'Etat, tome I, page 760 et sqq.
grand-duc François, son père. On veut donner à entendre que, avec cette prétention et celle qui concerne l'argent de la maréchale d'Ancre, on trouvera moyen de tirer de Leurs
Altesses une bonne somme d'argent comptant J'ai en
outre la certitude que, pour cet argent de la Concina, le cardinal fera en sorte que le roi mette la main dessus comme chose lui appartenant; car je vois, d'après les conversations de Ludovici, que l'on songe à se prévaloir de cet expédient, en disant que le roi a payé sa mère ou toute autre chose semblable. J'ai l'intention de suivre la reine à Villeroy, où elle doit se rendre dans un jour ou deux, pendant que le roi sera à Malesherbes, lieu voisin d'ici, où il va à la chasse pour sept ou huit jours. Pendant ce temps, on va laisser chômer toutes les affaires, et les ministres s'en iront également de ci et de là dans leurs maisons. J'essayerai pendant ce temps de mieux disposer la reine, d'autant plus qu'elle n'aura point auprès d'elle le cardinal, qui s'en va pendant ce temps à Limours, non loin d'ici, dans un comté qu'il a acheté il y a peu de temps. J'échapperai ainsi à l'obligation d'avoir à déclarer que je ne puis traiter ni avec lui ni dans sa maison, car il est homme à envenimer l'affaire en se portant encore davantage contre les intérêts de Leurs Altesses, quoique de toute fliçon la reine lui doive dire ensuite le tout; je sais en effet qu'il est plus que jamais dans la confiance de Sa Majesté et qu'il dispose absolument de ses intérêts, et j'entends dire que cela ne plaît pas beaucoup en cour et que c'est même un grand préjudice pour Sa Majesté, parce que, pense-t-on, sans cet obstacle, elle avancerait beaucoup plus ses affaires ; elle ne serait plus contrariée par les autres ministres, qui font tout leur possible pour n'avoir point à être sous la dépendance des manières superbes et indépendantes de ce cardinal, et qui le craignent en même temps qu'ils l'amadouent; Puisieux en particulier, homme fort avisé, ne laisse pas à tout événement de montrer qu'il désire marcher d'accord avec lui ; ils sont donc très unis en ce qui est
des intérêts de la reine mère, comme on a pu le voir dans cette affaire d'argent... Pour ma part, je m'attacherai à laisser le moins de prise possible aux malicieuses ficelles {rnalizjose rilortoJe) du cardinal ' . »
Le lendemain, le résident complète les détails qui précèdent par quelques informations non moins piquantes : « Après avoir écrit ma première dépêche, j'ai découvert que la reine mère ne veut pas prêter l'oreille à la belle prétention mise en avant, et qu'elle a répondu à peu près ceci : que, sa maison l'ayant faite reine, elle ne voulait pas qu'il fût dit qu'elle, la reine, l'avait payée de cette monnaie. J'ai été mis au courant de ce propos parle moyen de ses femmes et de son apothicaire, étant très familier avec ces gens de mon pays, pour les connaître depuis longtemps; cela fait qu'ils viennent souvent exhaler confidentiellement avec moi leurs passions et particulièrement celle que fait naître en eux la domination superbe et intéressée du cardinal, qui veut tenir bas, soit par ambition, soit par avarice, tous les autres serviteurs de la reine. Étant allé ce matin leur donner quelques lettres de là-bas, et à cette occasion leur ayant un peu demandé des nouvelles de la cour, ils commencèrent à me dire tout d'abord que ce cardinal serait encore la cause d'une nouvelle ruine pour la reine, parce que le roi ne pouvait pas le souffrir et qu'il lui déplaisait de voir que sa mère eût un favori alors qu'elle-même lui avait témoigné toute sa désapprobation quand il avait des gens de cette sorte, maîtres si absolus des esprits de Leurs Majestés. Ils me dirent aussi que le roi avait, à ce propos^ lancé de la belle façon quelque brocard à la reine, mais qu'elle ne veut pas comprendre. Et, pour m'apprendre une nouvelle étrange et qui touchait Leurs Altesses, ils me rapportèrent ce qu'ils avaient entendu dire de cette nouvelle invention, relative aux prétentions mises en avant, et la réponse de la reine vraiment digne de sa géné-