‹ RichelieuChapitre 147 sur 196 · Ambass. vénit., n · texte numérisé non relu

Ambass. vénit., n

226 JOURNAL DES DERNIERS MOIS DE l'aNNÈE 1623

14 septembre. — « Là fiiveur du chancelier et de M. de Puisieux est de plus en plus minée; on attend du nouveau. Le chancelier se montre disposé à céder les sceaux à M. de Champigny; mais le roi, averti, a déclaré qu'il ne permettra pas de faire un nouveau garde des sceaux qui ne soit pas uniquement dépendant de lui-même et non d'un autre. Ce roi redoute l'autorité de qui le gouverne; mais il n'ose pas changer^ et sa nature est de se mettre toujours sous quelqu'un.

« Une chose stupéfiante, c'est qu'il y a eu des pourparlers entre le chanceher et Puisieux, le fils cherchant à persuader au père d'amoindrir son autorité, et le père disant à son fils que ce serait plutôt à celui-ci de rechercher moins la faveur '.

« On se sert de Toiras pour faire parvenir au roi des plaintes sur son gouvernement. Toiras a certainement de hautes visées; car il fait donner à un gentilhomme qui le suit la charge de premier maître d'hôtel du roi, qui rend 12 000 écus par an, et il emploie l'autorité de Sa Majesté afin de forcer d'autres à se démettre de la charge pour la moitié de l'argent qu'elle vaut et qu'ils pourraient obtenir.

« Les voyages du roi, bien qu'ils le reconduisent toujours à Saint- Germain, commencent à inquiéter le chancelier, parce que Sa Majesté devient trop intime avec la reine mère, laquelle jusqu'à cette heure ne croit pas en son pouvoir et se tient de plus en plus retirée, pour ne pas éveiller la susceptibilité de son fils. Mais, dans chaque voyage, Toiras le conduit à elle doucement sans cause et sans qu'il y ait d'aff"aires , et maintenant la reine prépare une très belle comédie avec nombreux divertissements, qui sera récitée par Madame; le roi y ira et conduira aussi la reine sa femme,

« Le chancelier est entré en négociation avec un agent

I. Voilà des détails qui rappellent, dans une situation analogue et alors assez récente, la noii-e ingratitude du duc d'Uceda à l'égard de son père, le duc de Lerme, le célèbre ministre de Philippe III.

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du prince de Condé nommé Viguié; le roi a chargé ce dernier de porter au prince un salut courtois de sa part, accompagné de quelques paroles piquantes.

« M. le cardinal de Richelieu, qui, pour sa valeur personnelle, est très redouté, s' éloignant de la reine mère, a fait dire qu'il passait dans sa maison en Anjou pour y bâtir. Mais il n'a pas dépassé une abbaye dont il est titulaire près d'Orléans. La reine l'a rappelé par un courrier exprès; on n'a point l'explication de ce mystère K «

25 septembre. — '< Viguié est de retour de son voyage auprès du prince, porteur d'une longue lettre pour Sa Majesté, et dont le contenu n'a pas été encore publié; mais le prince a écrit une sorte d'apologie à un ami, dans laquelle il démontre que personne n'a à se plaindre de ses actions : il ne vit point, à la vérité, dit-il, suivant sa qualité ; mais il ne peut venir à la cour pendant que ses ennemis sont au comble de la puissance et qu'ils se sont emparés de l'esprit de Sa Majesté, au point que ses offices n'auraient point de crédit; il ajoute que le mauvais traitement qu'il a subi par suite de la diminution de ses pensions ne correspond point aux promesses que lui avait faites Sa Majesté; que de ses mœurs personne n'a à médire, parce qu'il n'a rien à se reprocher en ce qui est du service du roi, lequel n'a rien à lui réclamer que sur ce point; si sa conduite à l'égard de Dieu est détestable, cela ne regarde que lui seul. On croit qu'il s'accorderait plus volontiers avec la reine mère qu'avec les ministres -. »

2 octobre. — « Les menées et les cabales de cour continuent; mais elles paraissent devoir traîner plus en longueur qu'on ne le croyait; ce qu'il y a de difficile dans cette révolution, c'est de porter le coup de grâce au chancelier, auquel on ne peut donner un successeur qu'après sa mort. Aussi le roi flotte-t-il dans l'indécision , et maintenant il est

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