‹ RichelieuChapitre 148 sur 196 · Ambass. vénit., n" i · texte numérisé non relu

Ambass. vénit., n" i

228 JOURNAL DES DERNIERS MOIS DE l'aNNÉE 1623

persuadé qu'il n'a jamais été mieux gouverné, parce qu'iî n'a jamais pu jouir plus tranquillement de ses plaisirs et parce que ses ministres d'autrefois n'ont jamais pensé à amasser une réserve d'argent comme on y pense maintenant.

« Le roi n'est point allé à la comédie ', empêché qu'il en a été par les ministres. Il a envoyé dire à la reine mère qu'elle vienne à la cour, c'est-à-dire à Saint-Germain; elle y sera à la fin de la semaine.

« On lui fait croire que le roi veut prendre avec elle des résolutions définitives, mais on n'usera pas à son égard d'une plus grande confiance qu'autrefois; ou bien on cherchera à couvrir de son nom et de sa responsabilité quelque événement que l'on prépare. Le cardinal de Richelieu est revenu immédiatement.

« Les ministres, tout en voulant rappeler le prince de Condé, ne lui ouvrent point la porte assez grande; la princesse est toutefois partie pour le décider à revenir en cour. On a répandu le bruit qu'il voulait partir pour s'aboucher avec Schomberg; le roi lui a expressément interdit ce voyage; on peut croire que c'est le cardinal de Richelieu qui a fait courir cette rumeur pour faire naître des inquiétudes et se rendre nécessaire. La reine s'aperçoit que, s'accommodant avec le prince, elle gâterait ses aflfaires avec le roi ^ »

I. 0 La reine étant à Monceaux, le roi la vint voir deux fois, et y fût venu la troisième si les ministres, par jalousie, ne l'en eussent ouvertement détourné. Il s'en plaignit à quelques-uns de ses confidents, dit à M. de Bellegarde : Ils sont plaisants, ils veulent que je ne bouge d'ici d'auprès d'eux, ou que je n'aille qu'aux lieux qu'ils me prescriront. Ils me veulent faire croire qu'il s'est fait dans cesvoyages de Monceaux des monopoles; mais je m'en moque, car, de moi-même, ils me veulent persuader que j'y ai eu des desseins auxquels je n'ai point pensé. » (Richel., Mém., p. 282.)

2. Ambass. venit., n° i85. — Voici ce qu'on lit à ce propos dans les iV/é"io/res de Richelieu : « Après avoir fait quelque séjour à Monceaux, le roi lui témoigna qu'il désiroit passionnément qu'elle revînt auprès de lui. Beaucoup pensoient que c'étoit pour l'avancer entièrement dans le maniement des affaires; mais elle ni les siens ne le

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• 23 octobre. — « La reine mère est venue s'installer à Saint- Germain ; le roi se prépare à faire une nouvelle promenade dédiasse, suivant son habitude, et, pour le jour de la Saint- Hubert, on prépare une chasse générale avec toutes les variétés qu'elle comporte; c'est au milieu des chiens et dans les forêts que Sa Majesté emploie le jour et la nuit, ayant commencé à courir le cerf, à la seule clarté de la lune '. »

27 octobre. — « La compétition entre la duchesse de Chevreuse et la connétable de Montmorency pour la charge de surintendante de la reine régnante a été dernièrement résolue en conseil par la suppression de ladite charge, afin que personne n'ait à se plaindre. On dit que la maison de Guise n'est point du tout satisfaite de cette décision ". »

30 octobre. — « La reine régnante a beaucoup pleuré quand on lui a enlevé M""" de Chevreuse; mais le roi, qui, dans ce qu'il entreprend, est extrêmement violent et obstiné, a maintenu sa décision envers et contre tous ^.

« Le duc de Guise veut partir en voyage; le roi lui en refuse la permission en disant : Mon cousin, je ne veux pas que vous partiez maintenant, parce que vous êtes en colère. »

14 novembre. — « Finalement, l'affaire de la reine mère pour l'argent de Florence s'est arrangée '\ La reine fait abandon des intérêts ; mais, en considération de cette facilité, elle demande à Leurs Altesses de lui envoyer quelques

crurent jamais. » (Ch. XIV, p. 283.) Nous ne savons si Richelieu n'exagère pas dans ce passage, comme dans les précédents, la bonne entente du roi et de sa mère; on conviendra en tout cas qu'il se dissimule beaucoup trop lui-même, alors que nos fragments de l'ambassadeur vénitien lui attribuent dans ces intrigues un rôle ténébreux, mais certainement actif.

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