‹ RichelieuChapitre 157 sur 196 · Ambass. vénit., n" 21 3, 26 janvier · texte numérisé non relu

Ambass. vénit., n" 21 3, 26 janvier

240 LA DISGRACE DES BRL'LARTS

ému. Il n'en resta pas moins au fond implacable; et c'est en vain que Bassompierre et peut-être le confesseur même du roi s'employèrent pour les ministres à la dernière heure.

Le nonce, constamment tenu en suspicion et humilié par les Brûlarts, pousse un cri d'allégresse, en faisant connaître à Rome la nouvelle de leur chute irrémédiable. « Triomphe! triomphe ! s'écrie-t-il ; le chancelier et Puisieux ont été chassés de la cour avec infamie; le commandeur de Sillery sera rappelé avec non moins de déshonneur ; leurs méfaits criaient vengeance au ciel, et le roi, s'en étant aperçu, les a chassés.- Il leur a bien offert d'entendre leur justification en parlement, mais ils ont mieux aimé s'en aller que de tenter une entreprise impossible '. »

Nous tenons encore du nonce le récit détaillé des circonstances de cette éclatante disgrâce. C'est le roi lui-même qui lui en fit part. Corsini lui ayant en effet demandé ce qu'il devait rapporter au pape : « Le roi me répondit aussitôt , raconte-t-il , qu'il voulait me faire savoir de point en point comment Taffiiire s'était passée et qu'il me commandait de l'écrire exactement comme il me la raconterait; il commença donc en ces termes : J'ai envoyé Tronçon, mon secrétaire, leur dire qu'il y a longtemps qu'on m'avait fait beaucoup de plaintes sur leur compte, et que je n'avais jamais voulu y prêter l'oreille; mais comme elles se multipliaient journellement, et sur des choses concernant mon service, elles m'avaient rendu fort perplexe, malgré tous les efforts que je faisais en moi-même pour n'y point croire; mais, à la fin, elles en étaient venues à un tel point qu'après les avoir bien vérifiées, et après avoir touché les choses avec le doigt, je ne pouvais faire autrement que de leur donner l'ordre de se retirer dans leur maison, hors de la cour; mais s'ils se sentaient innocents, s'ils

I. (( Le chancelier aima mieux se sauver avec honte dans sa solitude que se detfendre publiquement avec péril. » Richel., fragm. cit. de Ranke. — Nonce au card. Ubaldini, 10 février 1G24.

croyaient pouvoir se justifier, je les écouterais volontiers; dans ce cas, ils pouvaient rester à Paris, à la condition de s'adresser au Parlement, et je donnerais l'ordre de leur faire bonne et favorable justice. Le chancelier ne répondit autre chose, sinon qu'ils m'obéiraient; mon secrétaire ayant demandé ce qu'il devait répondre au sujet de leur justification, le chancelier répliqua simplement qu'ils m'obéiraient et qu'ils partiraient de Paris. C'est ce qu'ils ont fait hier matin, sans vouloir courir le risque de cette justification. En somme, les motifs qui m'ont poussé à cette résolution sont qu'ils m'ont caché la plus grande partie des affaires qui passaient par leurs mains, qu'ils ont retenu pour eux-mêmes une grande partie de l'argent sur lequel on devait payer des pensions aux étrangers, comme en Allemagne, en Flandre, en Italie, et beaucoup d'autres choses encore; voilà ce que vous écrirez à Sa Sainteté '. »

Le jour où la déchéance des Brûlarts fut consommée, la résolution en était déjà prise depuis Tavant-veille, et l'ambassadeur vénitien dit qu'elle avait été décidée dans un cabinet où s'étaient enfermés secrètement la reine mère, le cardinal de Richelieu et le marquis de La Vieuville ^ Ce renseignement donne à la chute des ministres toute sa signification. On crut pendant quelque temps que le roi ne s'en tiendrait pas là; on songea en effet à faire au chancelier son procès malgré lui. Les Brûlarts et leur famille s'étaient retirés à sept lieues de Paris, dans une de leurs campagnes en Brie; ils reçurent l'ordre de s'en aller plus loin, et ils gagnèrent leur domaine de Sillery, dans les environs de Reims. On envoya un commissaire au chanceher pour instruire son procès; le résident

1. Nonce, 10 février 1624. \'oir l'appendice, n" 7. — Les détails de cet entretien du roi et du nonce sont assez conformes à ce qu'on lit dans le fragment de Ranke ; on y trouve une énumération des sommes qui auraient été détournées par les Brûlarts et des affaires dont le roi n'aurait pas eu connaissance : par exemple, les négociations du capucin Valérian.

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