LES AFFAIRES ÉTRANGÈRES AVANT ET APRES BRÛLART
ont été pour moi des cadeaux d'autant plus agréables , que dans chacun d'eux et dans leur bizarrerie même, je reconnais toute l'élégance d'esprit de Votre Seigneurie. »
On a peine à se figurer le cardinal de Richelieu sous l'aspect d'un homme qui aime à rire; n'}- avait-il pas toutefois dans le choix de ces singuliers cadeaux, dont le sens nous échappe quelque peu, une ironie à l'adresse d'un personnage plus craintif qu'habile et qui, au moment où il quittait la France, paraissait, en allant flatter le prince de Condé, ne pas se douter que l'heure du pouvoir était sur le point de sonner pour Richelieu.
Le cardinal de Richelieu entre au conseil étroit. — Il n'a ni toutes les prérogatives ni toutes les obligations des ministres. — Richelieu revendique et obtient la préséance sur le connétable et sur le chancelier. — Faiblesse de l'administration du marquis de La Vieuville. — Les négociations pour le mariage d'Angleterre demeurent stationnaires. — Mansfeld à Saint-Denis. — Le gouvernement hésite à l'engager au service de la France. — Traité de subsides avec la Hollande. — Le marquis de Cœuvres envoyé en Valteline. — Le libelle La voix publique au roi attaque violemment le marquis de La Vieuville. — La disgrâce du marquis de La Vieuville. — Richelieu prend déhnitivement possession du pouvoir. — Résumé et conclusion.
(Avril. — • Août 1624).
Nous touchons à la crise qui doit servir de dénouement à cette étude; il s'agit de préciser les circonstances au milieu desquelles Richelieu força l'entrée du conseil et s'éleva ensuite d'un bond jusqu'au poste de premier ministre.
Il n'y a guère dans l'histoire de morceau plus célèbre que le début du livre XV des Mémoires du cardinal. Richelieu expose que, après avoir refusé la présidence d'un conseil des dépêches pour les affaires étrangères composé de personnes qui n'entreraient point au conseil étroit, il se défendit également d'accepter le pouvoir lorsque le roi lui proposa l'en-
trée du conseil étroit même. On connaît les raisons et considérations qu'il déduit au long pendant plusieurs pages. Il faut en venir à la vérité même des faits. On ne saurait trouver de témoin mieux informé à cet égard que le résident florentin. Voici sa relation officielle ' : « Le roi a ajouté dans le conseil étroit un nouveau ministre; comme de graves résolutions se préparent pour les affaires étrangères, Sa Majesté a voulu fortifier ses autres ministres, qui sont tous nouveaux, de l'intervention et de l'assistance de M. le cardinal de Richelieu, comme étant un personnage de grande vertu et d'une grande valeur en général, mais aussi tout particulièrement doué d'une vivacité d'esprit, d'une prévoyance et d'une dextérité singulières, et parce qu'il est en outre homme d'expérience, ayant non seulement dirigé les afl^aires particulières de la reine mère, niais ayant encore auparavant, lorsqu'il était évêque de Luçon, exercé quelque temps, sous le gouvernement de la reine mère, la charge de premier secrétaire d'État de ce royaume. Cette résolution a été prise lundi matin 29 du mois dernier, Sa Majesté étant dans la chambre de la reine sa mère, seul avec elle, car c'est son habitude d'aller au lever de la reine pour la saluer et pour traiter secrètement des affaires avec elle. »
Voilà le fait apparent, tel qu'il fut connu au commencement du mois de mai. Mais, en même temps que cette information, le résident adresse à son gouvernement, sur une feuille à part, le détail intime, tel qu'il a pu le pénétrer, de ce grand changement :
« Le cardinal, dit-il, dès qu'il a eu la barrette rouge^ a toujours été dans le désir d'entrer au conseil ; mais le chancelier et Puisieux, adversaires de la reine, craignant la dextérité et l'esprit dominateur de cet homme, l'ont toujours écarté. Qiiand ils furent tombés par le fait de la reine, celleci redoubla d'efforts vis-à-vis du roi, particuHèrement depuis