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I. Nonce, 9 avril

276 Lés affaires étrangères

dépêches du nonce Corsini, qui va laisser sa place à M"^' Spada, évêque de Damiette, alors en route pour la France. Le gouvernement avait sous la main Mansfeld; il continua à le tenir loin de la cour, sans le renvoyer cependant; le colonel Piblitz vint, au nom du célèbre aventurier, demander la permission de se présenter au roi; on ne la lui accorda point. On donna cependant à l'envoyé un collier d'or ; on assura son maître de la protection royale, et on lui promit une pension. Mais le nonce, qui se plaignit aux ministres, reçut d'eux presque des excuses ', et, quelques jours après, il pouvait se féliciter que ses réclamations eussent produit leur effet. « La Vieuville, écrit-il, s'étant abouché avec les ambassadeurs de Venise et de la Savoie, a déclaré que, si Mansfeld venait à la cour, il serait assurément fort mal reçu par Sa Majesté. Aussi lui a-t-on envoyé un courrier à Boulogne, où il était arrivé, pour lui dire de prendre un autre chemin. Il faut faire grand cas de cette démonstration, car il en résultera beaucoup de bien. En effet, les fauteurs de Mansfeld en Allemagne découvriront tous ses artifices et perdront toute confiance en lui. Sa venue à la cour pouvait produire d'autres mauvais effets; car il aurait aussitôt écrit à Gabor, et à ses autres correspondants du même genre, qu'il gouvernait le roi Très-Chrétien et qu'il aurait bientôt sur pied une grosse armée. Tout cela aurait donné du cœur aux hérétiques et aurait inquiété les catholiques. Maintenant il a le projet de passer par la France et d'aller en Savoie, et si les Genevois le lui permettent, ce que je ne crois pas, de séjourner un peu dans leur cité, afin d'y lever une armée de Bernois et de Français, et d'entrer avec elle en Franche-Comté et en Alsace, ce qui me paraît bien difficile; mais on saura bientôt ce qu'il veut faire. On ne saurait croire à quel point il est pauvre; car à Rotterdam, pour payer quelques dettes, il a été forcé de vendre le cheval

I Nonce, 22 mars 1624.

d'un de ses colonels, qui, dans son indignation, a révélé tous ses projets à une personne qui n'a pas manqué de nien informer '. »

La Vieuville était si incapable de prendre un parti quelconque, que, à la veille de partir, le nonce adressa une lettre au ministre et fit un discours au roi, pour les engager à ne pas prêter l'oreille aux suggestions du comte de Carlisle, ambassadeur extraordinaire d'Angleterre , qui allait sans doute les engager dans une ligue pour la restitution duPalatinat à Frédéric V; il leur recommanda aussi la protection des intérêts des catholiques anglais.

Corsini, qui avait toujours joué double jeu pendant sa nonciature, s'en alla sans savoir au juste quelle face allaient prendre les affaires. Intrigant jusqu'au dernier moment de son séjour, il vit, en passant à Montrond, le prince de Condé, que La Vieuville cherchait à ramener à la cour, pour l'opposer à la reine mère; et c'est là qu'il apprit que le roi venait d'admettre le cardinal dans son conseil étroit ^ Il se sépara d'ailleurs de Richelieu dans les meilleurs termes en apparence, comme le prouve cette lettre qui est la dernière du nonce que nous ayons à citer : « Je voulais supplier Votre Seigneurie, dit-il, de me remplacer auprès de Sa Majesté la reine mère, pour lui présenter en mon nom tous mes remerciements pour les honneurs qu'elle m'a faits, quand l'arrivée de votre secrétaire auprès de moi m'a imposé un nouveau devoir, celui de me tourner vers Votre Seigneurie même, pour la remercier du souvenir dont elle a bien voulu favoriser, dans sa libéralité^ une personne qui ne l'a jamais mérité que par son respectueux dévouement. L'horloge, la montre, les étuis, la boule contre la peste %

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