‹ RichelieuChapitre 184 sur 196 · Voy. l'appendice, n» f · texte numérisé non relu

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résident, jugera que dans cette affaire cette prétendue préférence pour un genre de vie tranquille a été une nécessité qui provient d'autres causes. » Ainsi Richelieu a voulu composer son personnage non seulement pour les contemporains, m.ais pour la postérité.

On doit s'attacher d'autant plus au texte de ce document que celui qui l'écrit n'a aucune raison de rabaisser le cardinal et qu'il prévoit bien que, pour avoir été introduit dans le conseil par une petite porte, RicheHeu n'en était pas moins de taille à y prendre bientôt ses grandes entrées :

« Il doit lui suffire, dit-il, d'avoir été porté là; car avec le temps on acquiert beaucoup, et surtout quand on a son esprit. Sur ce sujet, voici ce que l'on pronostique : ou le cardinal de Richelieu trouvera bientôt le joint Qa gretola) pour devenir le maître de tous les autres ministres, ou, resté exclu de toutes choses, il sera bientôt ruiné lui et sa maîtresse. Mais ce qui est un signe favorable, c'est que le plus grand nombre est du premier avis, que l'on fonde sur la bonne intelligence qui est véritablement établie maintenant entre le roi et sa mère, sur ce fait qu'il est cardinal, et qu'ainsi la succession du cardinal de La Rochefoucault lui est dévolue d'avance, mais par-dessus tout sur la valeur de son esprit, qui est jugée sans égale '. »

La reine mère se montra naturellement ravie d'un témoignage aussi public de l'affection de son fils. Ce fut la signification principale de l'arrivée de Richelieu au conseil. Louis XIII parut préoccupé dans le même temps, sans doute pour complaire à La Vieuville et pour contrebalancer l'influence du surintendant de la reine mère, d'offrir au prince de Condé un retour honorable à la cour, et il envoya Tronçon pour lui faire part de ce qui s'était passé et lui dire qu'il serait bien reçu. Le secrétaire du cabinet était chargé d'une autre mission significative : il devait en passant par

i. Ambass. dorent.. 10 mai ihi^.

Sully voir le duc; le roi avait toujours l'idée d'appeler dans son conseil « ce grand homme d'État, ce grand ministre de feu son père. « On espérait toujours qu'il pourrait se faire catholique^ comme on s'y attendait presque depuis deux ans, « et quand même il ne se convertirait pas, dit le résident florentin, il n'y aurait pas du tout heu de s'étonner de le voir employé dans un temps où l'on va remuer tout ce que l'on pourra contre les intérêts de l'Espagne, et où l'on ne répugne pas à l'idée d'entrer en correspondance et union étroite avec les princes protestants d'Allemagne, et ce serait en même temps un moyen d'enlever aux protestants du royaume un puissant instrument dans le cas où, le roi se trouvant engagé dans des affaires au dehors, ceux-ci voudraient saisir l'occasion de troubler les affaires du dedans, pour se refaire de tous les dommages qu'ils ont récemment éprouvés. Tels sont les discours que l'on tient ; quant au prince de Condé, on dit qu'il ne viendra pas ^ »

Voilà un très curieux passage; il serait intéressant de savoir si l'idée de rappeler Sully provint de Richelieu; nous ne le croyons guère ; c'était depuis longtemps une idée toute personnelle de Louis XIII ; depuis qu'il raisonnait et comparait, la gloire du règne de son père lui semblait presque inséparable de la personne de cet illustre vieillard. Son nom en disait beaucoup plus que celui de RicheUeu, au moment où il s'agissait d'une alliance avec les protestants. Aussi inclinerions-nous à penser que l'entrée de Richelieu au conseil coïncida avec le changement déjà arrêté dans l'esprit du roi, relativement à la direction des affaires étrangères, mais ne le détermina point. On vit arriver au commencement du mois d'août le duc de Sully à l'Arsenal où il fut reçu au bruit de salves d'artillerie. Mais tout se borna •en somme à des démonstrations honorifiques. Richelieu,

i.Ainbass. Horent., 10 miii 1Ô24. — Cf. Lettres de Richel.à Condé, 1 1 mai dans les Pap. d'Etat.

en s'appropriant la politique de Henri IV et de Sully, s'arrangea de façon à laisser retourner dans sa retraite le vieux ministre du père de Louis XIII.

Le cardinal, une fois admis au conseil, ne tarda pas à prendre une revanche énergique de la façon peu brillante dont il y était entré; il prétendit avoir le pas sur le chancelier et le connétable, et présenta à ce sujet un mémoire plein de faits et de raisons; il obtint gain de cause auprès du roi. Cette première victoire fut-elle aussi complète pour son amour-propre que le désirait le cardinal? On pourrait en douter, si l'on considère que le roi, pour régler le différend, signa un brevet dans lequel il était dit « qu'il commandait au connétable de céder la place qu'il prétendait au conseil, sur la très instante prière de la reine sa mère, à condition que cela ne serait point tiré à conséquence à l'encontre de lui ni de ses successeurs connétables, et et, à un seul des cardinaux. » Richelieu dit que ce brevet (9 mai 1624), fait à Tobscurité, ne vit point le jour et fut sans effet. Nous ne pouvons pas croire qu'il ait seulement vu le jour dans V Histoire de Louis XIII par Lecointe ; Richelieu s'en montre trop offensé '. Mais les occasions de faire voir où était sa véritable place ne devaient pas lui manquer.

Au milieu de mai, le roi partit chasser à Compiègne, et la reine mère fit un pèlerinage d'action de grâces auprès de la Madone de Liesse. Les anciens ministres cherchèrent à rendre le cardinal odieux par le renvoi du gouverneur de Monsieur, le colonel d'Ornano ; c'était la dernière créature du duc de Luynes qui fût encore en possession d'une charge importante à la cour. Il était bien vu dans l'entourage du roi et fort aimé du duc d'Anjou. Cette rigueur semblait une concession faite aux rancunes de la reine mère; mais, si l'on en croit Richelieu, La Vieuville seul fut l'auteur de cette disgrâce, qui d'ailleurs dura peu cette fois.

I. Voir dans les Pap. d'Etat, t. I[, p. G sqq. Mémoire pour la préséance des cardinaux, puis le brevet dont il est ici question.

Pendant le temps que La Vieuville reste encore au pouvoir, il est évident qu'une main ferme ne dirige pas les affaires. Richelieu exprime d'un mot bien juste l'allure du gouvernement pendant cette courte période : « Toutes ses entreprises, dit-il en parlant du marquis de La Vieuville, se contredisoient les unes les autres, et comme un ivrogne il ne faisoit plus un pas sans broncher '. » Le ministre principal .manquait en effet de netteté dans les vues, comme d'énergie dans les résolutions; le voisinage et la surveillance de Richelieu le gênaient et le paralysaient. C'est l'impression qui restera d'un examen attentif de la manière dont furent traitées les principales aff"aires sous son administration.

En eff"et, si nous envisageons d'abord la question du mariage espagnol ", on verra, d'après les renseignements que nous allons extraire du résident florentin, que les résultats obtenus furent à peu près nuls. Le résident écrit le 24 mai : « On a d'Angleterre des nouvelles qui ne plaisent point, celles de nouvelles rigueurs exercées contre les catholiques. On n'en désire pas moins ici l'union avec la couronne d'Angleterre, afin de rompre tout ce qui peut rester d'intelligences entre cette couronne et celle d'Espagne. On dit que l'ambassade extraordinaire qui doit venir ici pourrait être encore diff"érée quelque temps. En attendant, restera ici le capitaine de la garde du roi d'Angleterre, et Ton pense qu'il ne produira point la déclaration de sa qualité d'ambassadeur jusqu'à Tarrivée du comte de Carlisle ^ L'ambassadeur ordinaire s'en retournera aussitôt qu'il aura présenté ces deux ambassadeurs extraordinaires. Les rigueurs exercées en An-

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