I. Richel., Mém., p. 3oo
■2. Voir l'exposé des considérations que Richelieu aurait émises dans le conseil relativement à cette question, ch. XV, p. 28g.
3. La Brevis Descriptio, citée plus haut, dit : « Le comte de Carlisle et le vicomte de Kensington sont envoyés en France pour demander la main de la princesse. » Kensington est le capitaine des gardes dont il est ici question ; le résident florentin l'appelle Quinchenton; il y a évidemment une faute de lecture dans la forme Leusington donnée à ce nom par M. Avenel [Pap. d'Etat, t. Il, p. 3.|., note 3).
gleterre contre les catholiques déplaisent aux Français pour la raison religieuse d'abord et ensuite à cause de leur réputation; car on voit bien que les Anglais, en mettant les catholiques dans une si malheureuse situation, ont pour but de s'écarter à un tel point des conditions accordées naguère aux Espagnols, qu'il n'y ait plus d'espoir de s'en rapprocher jamais; mais les Français ne voudraient pas rester en arrière des Espagnols. » Voilà où en étaient les choses à la fin du mois de mai. Le gouvernement anglais, se rendant bien compte des incertitudes de la politique fi'ançaise, se montrait fort récalcitrant à l'égard des tolérances pour le catholicisme ; il retardait en conséquence l'envoi d'une ambassade extraordinaire du comte de Carlisle et se contentait d'entretenir en France un agent semi-officiel, le comte Kensinston, pour traîner en longueur les pourparlers.
Si nous nous reportons maintenant à la dépêche qui est écrite plus d'un mois après la précédente, nous verrons à quel point la négociation était restée stationnaire. Nous ne voulons pas retrancher de cette dépêche des détails qui, sans avoir directement trait au sujet particulier qui nous occupe en ce moment, n'en présentent pas moins un véritable intérêt.
« A la fin du mois dernier^ dit Giovanni-Battista Gondi, le roi est venu dans cette ville (Paris) ; il y est resté une heure pour la pose solennelle de la première pierre des fondations d\m bâtiment que l'on a entrepris d'élever pour la continuation du palais royal dit le Louvre \ Le roi est retourné tout de suite après à la campagne et est allé à Versailles pour y passer huit jours à la chasse.
1. « Le 28 vendredi. — II monte à cheval à onze heures, part du Blanc- Mesnil, arrive à Paris à une heure, va au Louvre pour mettre la première pierre du pavillon, du côté du jardin, avec une médaille de la face et du revers du pavillon, avec lettre faite par M. Grotius, Flamand, homme très docte. Au partir de là, il est allé à l'Hôtel de Ville, y a goûté, y met la première pierre d'une fontaine que l'on avait fait venir en la place des eaux de Roungy, puis, monte à cheval, va au galop à Versailles, y arrive à cinq heures, va à la chasse au renard, revient souper à huit heures. (Heroard, tome II, p. 2g5.)
« Les reines, désireuses de voir un peu Paris^ et particulièrement la reine mère, à cause de la construction de son palais, dont elle poursuit l'achèvement avec une grande sollicitude et qu'elle va souvent voir elle-même, afin d'ordonner en personne beaucoup de choses ' , sont également venues ici . Le duc d'Anjou, frère du roi, est resté à Compiègne, ainsi que le conseil. On attend le roi aujourd'hui ou demain, et, sans s'arrêter beaucoup, il reprendra le chemin de Compiègne, ainsi que les reines. Les ambassadeurs sont aussi tous venus à Paris; ceux d'Angleterre sont logés et défrayés avec la splendeur accoutumée. Quiant à l'affaire du mariage avec l'Angleterre, on attend des réponses par les courriers et par le secrétaire du comte de Carlisle - , expédiés à Londres relativement aux difficultés qui se sont présentées ici et qui doivent être, à ce que l'on dit, les suivantes : non seulement on ne veut pas rompre ouvertement avec les Espagnols par une ligue formelle contre eux; mais, en ce qui est des conventions pour la religion, on insiste fortement sur la prétention d'avoir les mêmes conditions que l'Angleterre accordait
j. On peut lire dans les dernières dépêches du résident tlorentin des particularités fort intéressantes sur les soins apportés par la reine mère à l'ornementation de son palais. Le choix des tableaux qu'elle fait venir d'Italie, l'indication des sujets qu'elle veut fait traiter donnent lieu à une correspondance active entre elle et les ministres du grand-duc. Elle veut que ses parents de Florence lui fassent peindre des tableaux représentant des scènes de nature à glorifier les bons rapports de la maison de France et des Médicis, et à l'immortaliser elle-même. Elle demande un tableau qui rappelle les fêtes données à Florence à l'occasion de ses noces (Voy. notre ouvrage, Henri IV et Marie de Médicis, Paris, Didier, 1877); un autre qui rappelle l'occupation du château d'Ift' par les troupes du grand-duc pendant les troubles de la ligue, et la restitution de cette forteresse à Henri IV. Elle apporte en somme dans ses commandes des préoccupations plus florentines que françaises, plus vaniteuses qu'artistiques. (Voy. l'appendice, n"* 8, 16, 17.)
2. Cf. Heroard, t. II, p. 294 : « Le 4, mardi. M. le comte de Carlisle, ambassadeur anglais, arrive pour le mariage de Madame, entre quatre et cinq heures. — Le 5, mercredi. A trois heures, le comte de Carlisle voit le roi à son audience première ; le soir, il va chez sa mère et chez la reine. — Le 6, jeudi. Il donne audience à M. le comte de Carlisle seul, après va au conseil, puis chez sa mère; le soir, il va chez la reine. 0
à l'Espagne, et les mêmes non seulement en apparence, mais au fond, et de plus, comme on ne veut pas rester en arrière des Espagnols, on veut que le prince de Galles vienne encore en personne pour épouser Madame. Et, comme il a dû sembler aux ambassadeurs que ces questions avaient besoin d'être traitées verbalement, ils ne se sont pas contentés de l'envoi du secrétaire qu'ils avaient expédié, et ont décidé entre eux que l'un des deux irait en Angleterre, ce qui est échu à milord de Kensington, qui est parti d'ici par la poste le premier de ce mois et dont on attend sous peu le retour'. » Le départ d'un des deux ambassadeurs ralentit encore la négociation, dans laquelle on verra bientôt que La Vieuville n'apportait ni clairvoyance ni fermeté. Les mêmes hésitations se reproduisaient dans une affaire qui était connexe à celle du mariage anglais. Que ferait-on de Mansfeld, choyé par l'Angleterre comme le vengeur désigné du Palatin? « Mansfeld, écrit le Florentin, a été en Angleterre ; il en est revenu chargé de caresses et de présents. On prétend ici à la cour qu'il a signé un traité avec le roi d'Angleterre, et qu'on lui a donné une somme d'argent pour lever une puissante armée qu'il conduirait en Allemagne pour le recouvrement du Palatinat. Quelques-uns veulent encore qu'on soit disposé à le laisser faire en France de grandes levées d'hommes, et qu'une des conditions du mariage avec l'Angleterre soit que cette couronne-ci donne également de l'argent à Mansfeld pour la même fin. Ce qu'il y a de certain, c'est que Mansfeld est à deux Heues de Paris, à Saint-Denis, et demain il doit aller à Grosbois, lieu de plaisance du duc d'Angoulême, et il attend la permission du roi pour venir voir Paris; jusqu'à cette heure, on n'a point voulu la lui accorder; on n'a pas voulu davantage lui permettre de se montrer à la cour, ni de voir Sa Majesté dans quelque endroit écarté. La plupart pensent qu'on n'use de cette sévérité que pour complaire aux ministres du pape et du roi