‹ RichelieuChapitre 20 sur 196 · Richsl., Mém., p · texte numérisé non relu

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2. Il y a lieu de s'étonner, si Ton considère l'importance donnée par Richelieu à cette entrevue et à sa harangue, que ni Bassompierre, ni Fontenay-Mareuil, ni le médecin Héroard, qui signale l'arrivée à Orléans du comte de Soissons, ni aucun de nos ambassadeurs, n'ait fait la moindre allusion au fait en question.

ambassadeurs italiens accrédités auprès de la cour de France ' sur la rentrée de Louis XIII dans sa capitale attestent l'importance qu'attachait lopinion publique à cet événement. Le roi^ après une année d'éloignement, allait se retrouver en face de la reine sa femme, de la reine mère et d'une population dont le fanatisme catholique, violemment surexcité, avait compliqué récemment, par de sanglantes manifestations, les embarras qui provenaient de la guerre civile. Louis XIII arriva par la route de Bourg-la-Reine sous Paris le 27 janvier -. Les milices bourgeoises sortirent à sa rencontre en armes et au nombre de plus de 10 000 hommes, avec dix pièces d'artillerie, un corps de cavalerie^ et se rangèrent en bataille sous les murs.

« Les magistrats de la ville, dit le résident florentin, accompagnés d'une brillante et nombreuse cavalcade, se portèrent à une demi-lieue en avant et adressèrent à Sa Majesté une très belle harangue pour la féliciter de ses victoires. Car, bien que Sa Majesté n'ait point pris Montauban^ on ne peut nier cependant qu'elle soit retournée victorieuse. En réduisant sous son obéissance soixante-treize places, elle a délivré de la tyrannie des huguenots deux provinces entières , le Poitou et la Guienne^ et ce n'est point une petite alïliire. Hors de la ville sortit encore une multitude de personnes à pied et à cheval, en sorte qu'on estime que plus de la moitié de Paris est allée au-devant du roi. Sur les murs il y avait encore une grande quantité d'artillerie, et l'on tirait des pièces d'artifice. Le soir, il y a eu illumination par toute la ville. »

Louis XIII alla directement à Notre-Dame, accueilli par des cris universels de : « Vive le roi ! " pour entendre le Te

1. Fontenay-Mareuil, Bassompierre et Richelieu également sont muets sur les circonstances caractéristiques qui signalent le retour du roi à Paris et que nous rappelons, d'après les récits de nos ambassadeurs : Ambass. vénit., n° 19, 29 janvier 1622. Ambass. dorent., 29 janv. Nonce, 3o janv.

2. Le P. Griftet fixe au 22 janvier la rentrée du roi; Richelieu, au 28. Le résident tlorentin dit formellement, à la date du 21) : « avant-hier », cest-à-dire le 27. C'est la date exacte.

Deiim. Les deux reines le regardèrent passer d'une maison ■voisine où elles s'étaient rendues incognito ; Marie de Médicis put voir, avec une secrète satisfaction, les deux frères du connétable s'avancer tristement à la queue du cortège, au milieu des démonstrations peu sympathiques de la population parisienne. Les capitaines du peuple, si Ton en croit le résident florentin, leur avaient fait l'aftront, quand ils s'étaient présentés devant le roi entouré de sa suite, de ne point répondre à leur salut. Cette situation était d'autant plus pénible que les sentiments du roi à leur égard s'étaient singulièrement modifiés depuis le départ de Bordeaux.

Le roi se rendit ensuite au Louvre, où il avait été précédé par les deux reines, qui vinrent l'attendre à la porte du palais. « Le roi, reprend ici le résident florentin, leur fit à toutes les deux des saluts et des caresses également tendres. La reine mère lui dit qu'elle ne se tenait pas de joie de le voir de retour avec gloire et en bonne santé, après avoir couru tous les périls de la guerre et de la maladie et être devenu véritablement le maître. Le roi répondit d'une voix forte et de telle façon que chacun pût l'entendre : Madame, vous avez bien raison de vous en réiouir, car ie vous diray en peu de mots, n'estant pas bon harangueur, que ie vous feray paroistre par les eftects, que iamais filz n'ayma ny honora mieux sa mère de ce que ie feray. le le dis de cœur et d'aff"ection véritable et filiale. — Paroles qui sont d'une telle portée que je les ai voulu relater ici en français, pour ne leur rien enlever. — Le roi ajouta : Madame, allons à votre chambre, je vous entretiendray plus particufièrement '. Ainsi firent-ils, et ils restèrent ensemble plus d'une heure. » Le nonce dit une demi-heure, ce qui est sans doute plus vraisemblable, car la jeune reine était là et attendait. Le Florentin s'étend avec complaisance sur les détails qui

I. Ambass. florent., 29 janv. 1G22. Le nonce (3o janv.) et l'anibas- •sadeur vénitien {29 janv.) donnent la traduction textuelle de ces paroles en italien.

concernent Marie de Médicis ; le nonce du pape est plus curieux des particularités du tète-à-tête des deux époux : « Le roi, dit-il, accompagna ensuite dans ses appartements la reine sa femme, qui témoigna plus de hardiesse que d'ordinaire. Il s'y montra fort empressé vis-à-vis de madame la connétable, mère du duc de Montmorency, qui était bien mal en cour par le passé, puis il alla dîner, et à minuit se retira pour dormir avec la reine. Il y resta jusqu'à cinq heures, et, après s'être levé et avoir dit ses prières, il retourna voir sa mère, ce qu'il fit encore à l'issue du conseil tenu après déjeuner. » Ainsi l'arrivée du roi remit l'accord entre les deux reines , qui avaient depuis quelque temps laissé quelque aigreur se glisser dans leurs relations, et l'ambassadeur vénitien caractérise leur bonne entente nouvelle d'un trait leste et piquant : « Sono conconii uclla pacc, dit-il, la iiiadre per cloiiiinare, et la moglie per goder ratio et il letto ^ . »

Le contentement de l'une et de l'autre allait-il être de longue durée? La reine mère montrait un visage joyeux; elle pensait avoir reconquis tout son empire sur son fils et croyait n'avoir plus rien à dissimuler de ses anciennes haines. Les deux frères du connétable, à leur arrivée, s'étaient profondément inclinés et confondus en respect devant elle ; Marie de Médicis ne les avait honorés ni d'un regard ni d'une réponse. Elle triomphait trop tôt, par suite d'une confiance exagérée dans les symptômes de défaveur que le roi avait laissés paraître vis-à-vis de la fluiiille du duc de Luynes»

Avant son arrivée, Louis XIII avait fait dire à la connétable qu'elle eût à quitter le Louvre, où elle demeurait. Il n'était pas convenable, lui fut-il représenté de la part du prince, maintenant que son mari ne vivait plus, qu'elle fît ses couches, lesquelles étaient imminentes, dans la maison du roi, comme cela avait eu lieu les deux premières fois ; car c'était là un honneur qui n'était accordé ordinairement

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