Agucchia, 10 février
traité de Madrid et qu'il a donné ses ordres dans ce sens au gouverneur de Milan. Dans la situation actuelle, le Saint-Père est d'avis qu'il n'y a point lieu de presser auprès du roi d'Espagne la ratification du traité fait par le gouverneur. Car on ne saurait se dissimuler qu'il y a là un cas de guerre avec la France. »
La cour de Rome, qui tenait surtout à éviter les hostilités en Italie, était encouragée dans cette attitude hésitante, qui faisait si bien le jeu de l'Espagne, par la conviction où elle était que la France ne pouvait point faire la guerre au dehors et que par conséquent l'Italie ne serait point appelée à devenir un champ de bataille. Il faut convenir que c'était là le souci principal du Saint-Siège et d'une autre puissance italienne aussi intéressée que la papauté à ménager les intérêts de la France, c'est-à-dire la Toscane. C'est ce qui ressort de la dépèche suivante, du 13 février, écrite par le résident florentin et qui complète la précédente :
« Il semble bien que le fait seul de montrer des dispositions résolues suffise de la part de Sa Majesté, sans qu'il soit presque besoin de tirer l'épée. Le plus grand nombre est d'avis que les circonstances ne comportent pas que Ton fasse autre chose ; ainsi le fait présumer la fortune présente des Espagnols, laquelle finalement n'est pas grand'chose en substance, mais vaut par l'apparence et le bruit qu'on en •fait; si bien qu'elle en viendra à attirer sur elle tant d'envie et de haine que nous en verrons, dans un certain temps, les effets. Pour le moment, les Altesses de Toscane ne voudraient point faire les dépenses auxquelles elles seraient obligées, si la guerre se faisait en Italie, et surtout durant la minorité du grand-duc; aussi doivent-elles fliire tous leurs efforts par le moyen de la reine mère, pour écarter de l'esprit du roi les idées de guerre en Italie, et pour que les choses restent en paix de ce côté-ci des monts. Leurs Altesses voulaient envoyer en France le chevalier Guidi;
mnis^ pour ne point donner d'ombrage, elles se sont résolues à faire faire les offices en question par lettres et se persuadent qu'elles réussiront, dans la pensée que la reine mère est sur le point de revenir dans son premier état de grâce et d'autorité. »
Cette dépèche, qui remet en scène la reine mère, au milieu des complications de la politique extérieure, sera utilement complétée par le récit que fait l'ambassadeur vénitien d'un entretien qu'il eut avec elle au sujet des affaires de la Valteline. On y verra combien Marie de Médicis mettait d'art à s'abstenir de tout conseil compromettant. Au fond d'ailleurs, la reine mère inclinait à favoriser la politique pacifique de la Toscane alors gouvernée par deux femmes, les archiduchesses Christine et Madeleine, l'aïeule et la mère du mineur Ferdinand, grand-duc depuis 1621, après la mort de Cosme II. Giovanni Pesaro avait essayé, par toutes sortes de considérations politiques et morales, d'intéresser Marie de Médicis aux Grisons. « Sa Majesté, dit-il, se montra très sensible h la confiance que je lui témoignai de la part de Votre Sérénité. Elle me dit que quant à elle , elle était toute disposée à user de son pouvoir pour contribuer au bien et à l'avantage de Votre Sérénité; que le roi avait un bon conseil et qu'elle espérait qu'il serait bien guidé. Pour elle, elle ne manquerait pas de rappeler à son fils les maximes du feu roi, son seigneur, de glorieuse mémoire, lequel avait eu tant de sagesse qu'il était impossible de concevoir l'idée dune poUtique préférable à la sienne : Il est certain que, depuis quelque temps, les amis de cette couronne sont négligés, me dit-elle, et non pas un peu, mais trop. J'espère que le roi ne voudra pas que les Espagnols aillent toujours de l'avant, comme ils font, et, pour moi, je contribuerai au bien de tous et à la paix, jugeant que c'est là l'intérêt de mes enfants '. »