I. Ambass. vénit., n" 32, i" avril
Voilà un langage infiniment moins décidé que celui qui est prêté à la reine mère par le cardinal de Richelieu dans le discours en trois points que renferment ses Mémoires et que Marie de Médicis aurait prononcé devant le conseil lorsque s'imposa à ses délibérations l'alternative de la guerre au dehors avec la paix à l'intérieur, ou de la paix au dehors avec la guerre au dedans. La harangue des Mémoires trahit l'expérience consommée et la tranquillité d'esprit d'un homme d'État qui écrit après coup sur les événements. Nous ne savons pas si les hésitations et les ambiguïtés de la réponse de Marie de Médicis à l'ambassadeur vénitien, nécessitées peut-être par la réserve commandée vis-à-vis d'un diplomate étranger, n'infirment pas dans une certaine mesure la créance qu'on peut accorder à l'authenticité du discours composé par le cardinal '.
Les manœuvres tenaces et persévérantes de l'Espagne continuaient leur cours. Le duc d'Albuquerque, ambassadeur de Philippe IV à Rome, vint présenter au pape les capitulations faites par le duc de Feria avec les Grisons, comme si elles lui eussent été adressées non par le gouverneur de Milan, mais par le roi lui-même. Ainsi Philippe IV disait au nonce à Madrid le contraire de ce que son ambassadeur affirmait à Rome. La chancellerie du pape éventa le piège. L'ambassadeur d'Espagne ayant insinué au pape de remercier le duc de Feria par un bref, et d'écrire aux princes chrétiens pour approuver le traité de Milan et exalter les avantages qu'en retirait la religion catholique, Grégoire XV fit savoir à Madrid qu'il ignorait absolument la volonté du roi de France en ce qui concernait le traité et qu'il ne voulait point conséquemment que l'on pût faire considérer à la cour d'Espagne comme acquise l'approbation du Saint Siège. Le pape entendait en effet connaître les intentions du roi de France avant de manifester sa propre