Ainbass. Horent., 23 mars
2. Ambass. tiorent., 23 mars 1622. — Les informations diverses et contradictoires que nous trouvons en divers endroits sur cet événement montrent combien la vérité des faits historiques est
L'indisposition de Monsieur et le fâcheux état de la reine firent qu'on s'arrêta précipitamment aux dispositions suivantes : la reine régnante dut rester à Paris, ainsi que son beau-frère, et gouverner d'un commun accord avec lui sous l'assistance de deux vieillards d'expérience, le chancelier Brûlart et le président Jeannin, qui constituèrent la fraction du conseil résidant à Paris. Le commandement militaire, au lieu d'être confié au seul duc de Montbazon, gouverneur de la capitale, beau-père de madame de Luynes, fut partagé entre lui, le maréchal de La Châtre et le marquis de Cœuvres, lieutenant du roi dans F Ile-de-France ; ces trois personnages furent d'ailleurs subordonnés au gouvernement '.
Le roi était arrivé à Orléans; dans cette ville, il procéda à une exécution que les événements intimes qui venaient de
difficile à établir dans le détail. Il y a sur l'accident de la reine quatre versions différentes : i» Celle que l'on vient de lire et qui nous paraît avoir une assez grande vraisemblance, étant écrite à un moment très rapproché de l'événement. — 2" Celle de Bassompierre (tome III, page i5), qui place la chute d'Anne d'Autriche après une soirée passée chez madame la princesse : « Quand la reine s'en retournant coucher et passant par la grande salle du Louvre, madame la connestable de Luines et Mlle de Verneuil la tenans sous les bras et la faisans courir, elle broncha et tomba en ce petit relais du haut dais, dont elle se blessa et perdit son fruit. 0 Bassompierre ajoute qu'on cacha l'affaire au roi, tant qu'il fut à Paris, et qu'on ne l'en instruisit qu'après son départ. Nous ajouterons plus de créance au témoignage du résident florentin, écrivant sous le coup de l'accident, qu'aux souvenirs sans doute un peu obscurs du maréchal. — 3" Celui d'Héroard, assez succinct d'ailleurs : « Mercredi 16, le roi va chez la reine, à ses oiseaux, au conseil. Sur les trois heures, la reine accouche d'un embryon de quarante ou quarante-deux jours; il va chez elle à six heures trois quarts. » L'édition de M. Eud. Soulie ne porte pas la mention suivante, donnée par le marquis de Chanterac dans son édition de Bassompierre : « Lundi 14, la reine xaxaaÉvy;, laissée choir), 0 ce qui prouverait qu'il y eut un intervalle de deux jours entre la chute et l'accident qui en résulta, circonstance qui rendrait encore plus improbable l'ignorance dans laquelle aurait été tenu le roi. — 4° Celle du nonce, qui, à la date du 5 avril, parle d'une chute faite par la reine en jouant dans un escalier avec la connétable de Luynes et Mlle de Verneuil. Le nonce attribue aussi la disgrâce qu'encourut bientôt Mme de Luynes au ressentiment que cet accident aurait fait éprouver au roi.
I. Ambass. tiorent., 23 mars. — Ambass. vénit., n" 33, i'"' avril
70 LA CAMPAGNE DE l622
se passer avaient sans doute provoquée et dont son éloignement lui rendit l'accomplissement moins pénible. Il fit écrire trois lettres par M. de Puisieux : l'une à la reine sa femme, l'autre à M"'' de Verneuil, sa sœur bâtarde, et la troisième à la connétable de Luynes. A la reine il fit savoir que, « pour se conformer à l'intention qu'il avait de nettoyer sa maison^^ elle eût à se débarrasser de ces deux dames, auxquelles il commanda personnellement par ses deux autres lettres de se retirer du Louvre , la connétable en son hôtel , et M"^ de Verneuil auprès de M™'^ d'Angoulême, sa tante. » Louis XIII avait affaire à forte partie ; la reine se trouva naturellement off'ensée ; elle répondit au roi qu'elle avait tenu sa maison avec modestie et bonne renommée, et elle supplia Sa Majesté de vouloir bien lui faire connaître les fautes de ces dames, afin qu'elle pût d'elle-même en venir à la résolution qui conviendrait, et les dames, de leur côté, répondirent à Sa Majesté qu'elles étaient prêtes à lui obéir, mais en suppliant le roi de les laisser se disculper; en attendant, elles tinrent bon et restèrent au Louvre.
Le roi écrivit de nouveau qu'il voulait être obéi, et il maltraita vivement en paroles le duc de Montbazon, qui était allé le trouver pour tâcher de remédier à cette situation fâcheuse et délicate. Le pauvre duc s'en retourna plein de mortification. Anne d'Autriche ne se découragea point; elle expédia Bonneuil pour représenter de nouveau à Louis XIII la gravité de l'offense et pour lui dire qu'elle ne pouvait croire que Sa Majesté eût donné des ordres pareils de son propre mouvement, et que le roi avait certainement agi sous l'inspiration de quelque personne mal intentionnée. L'affaire fit beaucoup de bruit; on parlait du prince de Condé, de M. de Puisieux comme étant les auteurs de cette petite révolution domestique.
Il est assez difficile de pénétrer le secret de Louis XIII, dont le cœur sensible cependant aimait si peu à s'ouvrir.
LE COMMANDEMENT DU PRINCE DE CONDÉ '] l
Il est certain que les familiarités du prince de Joinville avec la veuve du connétable de Luynes, vis-à-vis de laquelle on sait que Louis XIII avait déployé autrefois quelque inoffensive coquetterie, l'avaient froissé, et nous croirions volontiers que son âme délicate souffrit de l'oubli si prompt dans lequel était tombée auprès de sa veuve la mémoire du connétable. L'honneur de la maison royale ne lui semblait pas non plus assez bien gardé; et peut-être cédait-il aussi au dépit d'une vague jalousie qu'il ne s'avouait point à lui-même. Quoi qu'il en soit, pour sortir d'une situation qui manquait de netteté et pour faire tomber les ombrages du roi, le prince de Joinville se rendit auprès du roi afin d'obtenir la permission d'épouser la connétable; son intention n'était pas^ disait-il, de conclure immédiatement le mariage, dont il ne paraît pas douteux qu'il goûtât les charmes par avance, en attendant les gros profits qu'il devait lui assurer; mais il voulait faire connaître que c'était avec cette intention qu'il avait mené une conduite assez libre dans le cabinet de la reine. Le roi ne céda point encore ; il persista à vouloir être obéi, au grand mécontentement de la reine. M^'® de Verneuil et M"'^ de Luynes consentirent enfin à se soumettre et à se retirer du palais, mais pour aller dormir seulement; et elles continuèrent à voir et à servir la reine pendant le jour.
« M""^ de Luynes, dit l'ambassadeur vénitien, a offert deux cent mille écus de dot au prince de Joinville, et ainsi vont continuant les plaisirs et les espérances de noces ^ » Fontenay-Mareuil donne aussi quelques détails sur ces petits événements, dont il raconte la conclusion en disant que le roi, « qui estoit bon etavoit la conscience tendre, se laissa persuader : et comme, dans ces sortes d'accidents, le temps est le plus grand remède, la chose, s'estant par ce moyen-là différée, ne se fist à la fin point du tout, ny pour la connes-
Ambass. venit., n°' 33 et 33, i"^' et 6 avril 1622,
table ny pour mademoiselle de Verneuil '. » Le prince de Joinville ne tarda pas d'ailleurs à s'exécuter, et l'on ne s'étonnera pas de son empressement en lisant les lignes suivantes de l'ambassadeur vénitien : « Le roi a écrit des lettres au prince de Joinville et à la connétable, maintenant duchesse de Chevreuse, pour les féliciter de leur mariage, lequel n'est cependant pas pour plaire, attendu que, par ce moyen, la maison de Guise s'unit à celle de Montbazon, ou, pour mieux dire, à celle deRohan; en outre, les princes de ces deux maisons, unis aux anciens favoris, possèdent plus d'or que la couronne, et sous la main; on peut se faire une idée de leur richesse d'après le contrat de mariage de la connétable, qui a promis six cent mille écus d'argent comptant, et fait don de deux cent mille écus de joyaux à son mari, après la consommation du mariage, avec adjonction d'autres biens s'élevant à une valeur d'un million quatre cent mille écus -. »
Au commencement de la campagne de l'année 1622, Louis XIII, partagé entre le souvenir du connétable de Luynes encore puissant sur son esprit, l'ambition inquiète de sa mère et l'influence des dispositions belliqueuses du prince de Condé, pencha plus sensiblement que jamais du côté de ce dernier. « Le prince de Condé, écrit l'ambassadeur vénitien, a reçu de Sa Majesté une gratification de cent mille écus; c'est là une preuve certaine de son inclination pour le prince ; on ne croit cependant point que Sa Majesté se porte entièrement vers lui, car il semble qu'elle ne veut point que toute l'autorité lui soit dévolue '\ » D'autre part,