‹ RichelieuChapitre 59 sur 196 · LA CONVENTION D'OCCAGNA ET LE COMPROMIS DE BÉZIERS · texte numérisé non relu

LA CONVENTION D'OCCAGNA ET LE COMPROMIS DE BÉZIERS

La direction prise par les forces de Louis XIII vers le Poitou l'assure l'Espagne. — Mauvais accueil fait par Louis XIII dans la ville de Saintes aux députes des cantons helvétiques. — Convention conclue à Occagna par l'ambassadeur de France en Espagne pour rectifier et compléter le traité de Madrid. — Le nonce réprouve cette convention, mais il essaye de la faire accepter au gouvernement français. — Nouvelle prise d'armes des Grisons. — Ils repoussent les Espagnols et les Autrichiens. — Le gouvernement de Venise presse Louis XIII d'employer la force des armes pour rendre la Valteline aux Grisons, ses maîtres légitimes. — Appréhensions du Saint-Siège. — Les ministres de Louis XIII ne profitent point de la situation critique où se trouvent les deux branches de la maison d'Autriche au milieu de Tannée 1022. — Le roi refuse de ratifier la convention d'Occagna. — Le nonce Corsini propose un nouveau compromis relativement à la \'alteline.

(Mars — Août 1022.)

Au moment où le roi est sur le point de franchir la ligne des Cévennes pour continuer, en soumettant le Bas- Languedoc, un voyage militaire qui le rapproche insensiblement des Alpes, nous devons revenir sur les faits qui se sont accomplis dans la politique étrangère depuis le commencement de la campagne ; nous les trouverons en relation intime avec les événements intérieurs, et ils nous don-

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neront l'explication du dénouement maintenant prochain de la guerre civile.

La cour d'Espagne n'avait pas été sans inquiétude après l'aventureux traité de Milan ; elle avait des raisons de se croire visée par les préparatifs belliqueux de Louis XIII, qui pouvait se montrer justement inquiet, non-seulement de ce qui se passait dans les Alpes, mais de ce qui se préparait sur les bords du Rhin où le général de la ligue catholique, Tilly, uni au commandant des troupes espagnoles des Pays-Bas, Gonzalès de Cordova, se préparait à un suprême effort pour enlever à l'ex-roi de Bohême ce qui lui restait de Télectorat palatin. Les Espagnols furent bientôt rassurés. Avant même que le roi eût pris la route de l'Ouest, le secrétaire d'Etat du pape avait acquis la conviction que l'Espagne n'était pas sérieusement menacée : « La prise d'armes du roi, disait-il, a, suivant l'opinion générale, beaucoup plus de chance d'être dirigée contre les huguenots que contre l'Italie et en faveur des Grisons ; les Espagnols, paraît-il, en sont convaincus et croient fermement que les bruits venus de France à ce sujet ne sont autre chose que des bravades^ et encore ne sont-elles faites qu'à l'instigation des autres (les Vénitiens), lesquels euxmêmes ne se soucient point d'avoir la guerre dans ces contrées ; c'est pourquoi tout l'art des Espagnols s'emploiera, pour conjurer plus sûrement le danger, à amuser par de belles espérances les intéressés; car ils ont pour maxime que le véritable remède aux menaces, ce sont les paroles doucereuses. Nous n'en continuons pas moins à représenter vivement aux Espagnols le péril public; nous leur enlevons le masque de la religion, en montrant que tout se réduit pour eux à l'intérêt pur et simple. Nos lettres en effet feront bien voir s'il est vrai que, comme le pense Puisieux, les Espagnols et leurs artifices refroidissent notre ardeur; car, sauf en ce qui concerne le bien de la religion, en faveur de laquelle il nous convient de montrer plus de

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zèle que qui ce soit, nous parlons avec une liberté toute française '. « L'indépendance vraiment remarquable (singolare indipenden:(a di Nostro Signoré) que le secrétaire d'État attribue au Saint-Père et les protestations de dévouement personnel au roi de France par lesquelles il termine sa dépêche devaient-elles inspirer une confiance absolue au gouvernement? La conduite passée du Saint-Siège en présence des aft'aires de la Valteline pouvait en faire douter.

Les hésitations d'une bonne partie des cantons suisses à se porter garants de l'exécution du traité de Madrid avaient été une des causes principales de la situation critique où se trouvaient les Grisons, envahis de tous côtés par les Espagnols et par les Autrichiens. Le gouvernement français saisit la première occasion qui s'ofirit à lui de témoigner son mécontentement aux Suisses. Au moment où Louis XIII, ayant pris les armes contre les protestants, arrivait à Saintes, les députés des cantons hérétiques de Berne, Zurich, Claris et Schaftbuse, qui le suivaient depuis Niort, demandèrent avec insistance une audience, qui leur fut enfin accordée. Les envoyés firent part à Louis XIII de la terreur qui régnait dans leur pays menacé par les armées cathoHques et supplièrent le roi de couvrir leurs cantons de sa protection. « Ils n'ont pas été reçus avec de grandes caresses, écrit le nonce, parce qu'ils sont venus sans en demander préalablement la permission, comme il était d'usage. Aussi croit-on qu'ils partiront sans aucune sorte de présents, ce qui leur sera fort dur, parce qu'ils ont eu dans cette ville leurs malles et leurs vahses ouvertes par des voleurs, et qu'on leur a pris leurs bijoux avec tout l'or et l'argent qui s'y trouvaient ^ » Pour comble de malheur, M. de Puisieux refusa de défrayer ces pauvres gens, sous le prétexte que, étant simplement députés, ils n'avaient aucun droit aux privilèges des

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