‹ RichelieuChapitre 76 sur 196 · I08 LESDIGUIÈRES CONNETABLE · texte numérisé non relu

I08 LESDIGUIÈRES CONNETABLE

diguières, tout prêt qu'il était à abjurer le protestantisme, ne voulait point user de l'épée, qui devait être le prix de sa conversion, contre ses coreligionnaires de la veille. C'était là chez le maréchal un sentiment ancien et respectable que Louis XIII connaissait. Rien ne pouvait donc être un indice plus sûr de l'inclination de Louis XIII vers la paix avec ses sujets protestants que les ouvertures faites au nom du roi par M. de Créquy à son beau-père le maréchal. L'ambassadeur vénitien fait connaître le succès qu'elles eurent dans les termes suivants : « Le maréchal de Lesdiguières s'est déclaré de vouloir faire profession du catholicisme ; on lui a envoyé Loménie, secrétaire d'État, auditeur de l'ordre du Saint-Esprit, avec le cordon bleu de cet ordre et le brevet de connétable. Bien des raisons ont concouru à la réussite de l'affaire : l'intérêt de Créquy, l'ambition de la maréchale d'être connétable de France, et, par-dessus tout, le désir du vieux de détourner d'une façon quelconque la pierre que ses ennemis voulaient jeter dans son jardin; car il s'est assuré de la sorte qu'il ne verrait point le roi dans sa province de Dauphiné '. « Lesdiguières abjura donc solennellement dans la cathédrale de Grenoble, mais il ne se pressa point d'aller recevoir l'épée des mains du roi et d'entrer ainsi en possession de sa charge, avant que Ton vît jour à conclure la paix sous les murs de Montpellier ^, L'affaire du chapeau de Richelieu est d'un éclaircissement moins facile. Le cardinal est trop discret sur cette

1. Ambass. vénit., n" b-j. 11 juillet 1622. — Le maréchal de Lesdiguières était le lieutenant du roi en Dauphiné ; il avait fait de cette province une véritable petite souveraineté ; les gentilshommes qui commandaient en son nom dans les places fortes étaient huguenots et dévoués à sa personne ; il pouvait craindre, s'il ne rompait ses attaches avec le parti protestant, que le roi ne voulût rétablir son autorité directe dans la province.

2. Voir, pour la promotion de Lesdiguières : Bassompierre, t. III, p. 88 et iio. — Yidel, Histoire du connétable de Lesdiguières, livr. XI, ch. IV, V, VI. — Levassor, Histoire de Louis XHI, t. IV. p. 433, sqq. — Fontenay-Mareuil, p. 168. — Rohan, A/cm., p. 537. — Mercure français, t. VIII, p. 683, 707.

matière pour que nous la trouvions traitée avec quelque précision dans ses Mémoires; il l'enveloppe tout entière dans une phrase vague ' qui se rapporte à une époque trop indéterminée pour qu'on en puisse tirer quelque lumière sur les détails de la négociation qui tourna enfin à son avantage. Il semble y confondre dans une même intrigue toutes les traverses que subit sa candidature avant et après la mort du connétable de Luynes; car s'il attribue au marquis de Cœuvres, ce qui est vrai, le fait d'avoir découvert au pape le double jeu qui consistait à faire demander officiellement le chapeau en sa fliveur et à détruire en même temps l'effet de cette demande par des lettres secrètes, il impute à tort cette manœuvre , qui est d'ailleurs très connue, au cardinal de Retz et à MM. de Vie et Schomberg, et cela après la mort du connétable. Or on sait qu'elle eut lieu du vivant et du fait du duc de Luynes. M. de Cœuvres avait quitté Rome avant la catastrophe de Monheur, pour se rendre à Venise, et de là en France; remplacé dans ses fonctions d'ambassadeur par le commandeur de Sillery, il n'était plus en situation de démasquer la dupUcité des ministres qui succédèrent au duc de Luynes; car il n'était pas leur agent. Il est pour nous hors de doute que, dans la susceptibiHté rétrospective de son amourpropre de grand homme, RicheHeu ne veut point convenir devant la postérité que son ambition a été par deux fois le jouet et du connétable qu'il affecte de mépriser souve-

r. « Le cardinal de Retz, de Vie et le comte de Schomberg", dès que le connétable de Luynes fut mort, craignant que ma promotion au cardinalat ne me facilitât l'entrée dans les affaires, dirent au nonce que le plus grand plaisir qu'il pourrait faire au roi serait d'empêcher que je parvinsse à cette dignité. Ce qui se découvrit par Sa Sainteté qui le fît connaître au marquis de Cœuvres, lors ambassadeur à Rome. Ce mauvais office ne porta point de coup; car Sa Sainteté reconnut bientôt que c'était un trait d'envie plutôt qu'une parole de vérité; de sorte que cela n'empêcha pas qu'elle m'élevàt à cet honneur, dont je reçus la nouvelle à la Pacaudiere, au mois de septembre. « (Richel., Mém., p. 267.)

IIO RICHELIEU CARDINAL

rainement, et, après le connétable, des ministres dont luimême prit la place. Cette préoccupation rend suspects sur ce point les Mémoires de Richelieu.

Les historiens les plus récents du cardinal ne se sont pas complètement tirés des ditticultés que présente ce moment décisif où l'ambitieux prélat arrive enfin au but si longtemps et si ardemment poursuivi. M. Avenel, qui, dans son introduction, passe en trois lignes de la mort du duc de Luynes à l'avènement définitif de Richelieu au pouvoir, donne, dans le corps de l'ouvrage, plusieurs lettres de l'évêque relatives au cardinalat; mais ses notes ne les commentent, qu'imparfaitement. M. Marins Topin, de son côté, cite deux lettres de Louis XIII à l'évêque de Luçon, dans lesquelles le roi consacre aux inquiétudes que lui cause la santé de sa mère , quelques lignes qui indiquent un retour d'aff'ection pour Marie de Médicis et de bienveillance pour Tévêque de Luçon ' ; il en infère un échange continu de bons rapports entre Louis XIII et Richelieu, même pendant l'èloignement de la reine mère du théâtre de la campagne de 1622; mais nous ne trouvons rien dans cet écrivain, qui a vu juste à tant d'égards, sur le sujet particulièrement intéressant de la promotion du cardinal. Nous essayerons, à notre tour, d'apporter quelques éléments nouveaux à l'histoire des faits qui précèdent et déterminent l'élévation de l'évêque de Luçon.

Evincé par le duc de Luynes, Richelieu, nous l'avons vu ', avait été mis en demeure par les successeurs du connétable *de se résigner à un exil à Rome en échange des honneurs du cardinalat ; l'évêque de Luçon ne voulut point les acheter à ce prix. A partir de ce moment, nous ne sortons de l'incertitude relative à cette affaire qu'avec

1. Avenel, Introduction aux lettres et papiers d'Etat du cardinal de Richelieu, p. lxxix. — Marius Topin, Louis XIII et Richelieu, p. 12g et suivantes.

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