Voir au chapitre I
a dépêche du nonce citée plus haut. Corsini, dans l'intervalle, avait-il reçu du gouvernement français des instructions favorables ou défavorables aux prétentions de RicheHeu? Nous ne trouvons rien de semblable dans sa correspondance. Il est vrai que le nonce ambitionnait fort la pourpre romaine et qu'il n'était pas porté, de son propre mouvement, à pousser l'évêque de Luçon à la dignité dont il était plus désireux pour un Italien et surtout pour lui-même que pour un Français et pour Richelieu. Aussi, comme, en maint endroit de ses lettres, il insiste sur l'antipathie non dissimulée des ministres à l'égard de l'évêque et sur le peu de crédit de la reine mère, il est vraisemblable qu'il cherchait à écarter les vues de la cour de Rome d'un prélat qu'il représentait au Vatican comme étant si mal en cour.
Si le nonce est, par intérêt personnel, secrètement hostile à la promotion de Richelieu, la volonté du roi lui-même ne laisse-t-elle pendant longtemps place à aucun doute ? Les ministres, de leur côté, tiennent-ils une conduite exempte d'équivoque ?
Pour trouver les premiers S3'mptômes d'intentions plus favorables à Richelieu, nous devons remonter jusqu'au mois de mai. La reine mère est malade h Fougues, et l'évêque est auprès d'elle. D'autre part Louis XIII commence à se lasser des hauteurs et des prétentions du prince de Condé. Une réaction très naturelle, et conforme à la sensibilité du roi, le ramène vers sa mère malade, en même temps qu'un mécontentement de plus en plus prononcé Féloigne du premier prince du sang. Dans cette situation, si le roi n'est pas encore décidé à rendre Tinfluence poHtique à sa mère, il incline au moins à lui donner la satisfaction qu'elle réclame depuis longtemps en fcweur de Richelieu. C'est le sens exact des premières communications adressées à ce sujet par le ministre des affaires étrangères à l'ambassadeur de France à Rome.
Sa dépêche du 30 mai recommence, en effet, à donner quelque précision aux vœux de la cour de France, restés jusqu'alors dans le vague relativement à l'évêque de Luçon :
« Voilà trois places vacantes par la mort du cardinal Tontij écrit-il. Il faut essayer surtout de divertir Sa Sainteté par considération de son honneur propre, et par Taffection des princes, qu'il luy convient ménasger, de les remplir de ses créatures, mais attendre plustost qu'il y en ait assez pour en donner aux princes. Je scay queLa Houssine (Richelieu) et celuy qui fait pour luy presseront vivement. Il faut monstrer que vous avez commandement d'avancer, en ce qui se pourra honnêtement, leur satisfaction^ et que vous avez mesme cette inclination; car la Porte (la reine mère) se conduit bien avec le Pied d'Estail (le roi), et, en ce faisant, il est bon de la contenter en son temps '. »
Rien de moins formel ni de moins pressant que cette instruction. Tandis que Richelieu fait agir vigoureusement par son agent, l'abbé de La Cochère, évêque d'Aire, le secrétaire d'État, qui assiste au revirement du roi en faveur de sa mère, fait cependant comprendre à Tambassadeur son oncle qu'il peut encore attendre pour donner à Marie de Médicis la satisfaction qu'elle attend, et qu'elle réclame par la lettre suivante :
« Monsieur de Pizieux, aiant esté advertie, par le sieur Evesque d'Ayre, de l'afFection que luy a tesmoignée à son arrivée à Rome le sieur commandeur de Sillery, ambassadeur du roi monsieur mon filz, pour la promotion du sieur Evesque de Luçon mon grand Aumosnier et de la disposition en laquelle il est d'agir en cet affaire suivant les ordres que vous luy en avez donné, je n'ay voulu différer davantage à vous tesmoigner par ces lignes le gré que je vous en sçay. Je m'asseure que vous les continuerés, puisque c'est la volonté du Roy, qu'il y va de l'honneur de la France de demeurer si longtemps à obtenir une chose juste, en cette saison que le Roy monsieur mon fiiz rend des preuves si signalées de son zèle à l'Eglise, et que le suiect qu'il propose est très digne de cet honneur. Je vous prie de croire que comme en cela vous faictes chose qui m'est très agréable, aussi ne se présentera-
I. Extrait du recueil d'Aubéry. Puisieux à Sillery, 3o mai 1622.
t-il point d'occasion de vous en tesmoigner mon ressentiment que je ne le face de très bon cœur.
« Priant sur ce Dieu, monsieur de Pizieux, qu'il vous ayt en sa sainte et digne garde. Escript à Pougues le premier juillet 1622 '. Marie.
(Signature autographe.) Bouthillier. »
Le ministre et l'ambassadeur s'entendaient cependant encore à demi-mot pour tromper, sans en avoir l'air, l'espérance de la reine. Puisieux promettait plus qu'il ne tenait; Sillery marquait le pas sur place, tandis que Richelieu, bien qu'il prétende que la dignité à laquelle il aspirait « était au-dessus de ses espérances et de ses mérites », redoublait d'efforts, par l'intermédiaire de son abbé, auprès des familiers du Saint-Siège.
« J'ay passé un mot au pape pour la promotion, écrit l'ambassadeur. Je l'ai trouvé tout disposé à donner contentement au roy. J'ay icy monsieur l'évesque d'Aire, qui n'a que cette affaire. Depuis ma venue par deçà, il a, avec d'autres, tenu des conseils pour adviser si, avec l'intervention de Sa Sainteté, il y auroit moyen de faire revenir monsieur le marquis du Cœuvres, tout cela pour la crainte que pour les choses passées on ne soit contraire à ce bonnet rouge. Tout ce qui fait à considérer en cecy pour le service du roy, est que ce qu'ils remettent la promotion, n'estant que pour attendre la vacance des places qu'ils puissent remplir de leurs créatures, s'ils voyoient le pape en danger ou plustost prest à mourir, ils ne craindroient point de passer outre et de prendre les trois places pour eux. Voilà le hazard qu'il y a de différera » La candidature de Richelieu ne paraît donc que d'un intérêt secondaire à l'ambassadeur. Les choses restent en l'état jusqu'au moment où le roi, comme le nonce s'est empressé d'ailleurs (dép. du 4 juillet) d'en informer sa cour, se prononce pour RicheUeu.
1. Suscription : A mons. de Pizieux, cons. d'Estat du roy monsieur mon filz et secrétaire de ses commandements (inédite, coll. Godefroy).