CHAPITRE XXII
Second âge de la Fronde. — La cour, appuyée par la Fronde, chasse Coude. — 1650-1651.
Le héros sorti de la scène, elle appartient aux héroïnes. Nous allons voir les femmes, à peu près seules, mener la guerre civile, gouverner, intriguer, combattre. Grande expérience pour l’humanité. Belle occasion d’observer celte translation galante de tout pouvoir d’un sexe à l’autre. Les hommes traînent derrière, menés, dirigés, en seconde ou troisième ligne. A la tête de chaque parti, je vois ces nobles amazones, les Clorindes et les Ilerminies.
S’il n’y a pas beaucoup de suite, si tout remue, varie, ne vous étonnez pas. Elles sont filles d’Éole et tournent volontiers au vent de la passion. Ne les blâmons pas trop. Le vrai tort est à la nature.
Ces brillantes guerrières n’en sont pas moins soumises aux révolutions de Phébé. La femme la plus héroïque est pourtant sous le poids d’une fatalité naturelle; délicate de corps, d’imagination vive, faible souvent, et parfois lunatique.
La première héroïne, comme toujours, est madame de Chevreuse, mère complaisante, qui, fournissant sa fille au jeune prélat de Paris, plus que personne mène la Fronde. A elle l’honneur principal de cet acte hardi, l’arrestation du grand Condé.
Mais la plupart des femmes sont du parti de celui-ci. Son malheur, un roman tout fait, remue les coeurs généreux et sensibles. La gloire sous les verrous ! Le héros pris en trahison et prisonnier de qui? De l’abbate Mazarini. Toute la dépouille des Condé distribuée aux sbires du favori, la Normandie à Harcourt, la Champagne à L’Hospital, etc. Une alliance monstrueuse entre le roi et le peuple. La reine maintient la Bastille dans les mains du fils de Broussel; elle donne aux magistrats les hauts emploits, et, ce qui est plus fort, aux rentiers même la surveillance des renies! Renversement de toutes choses! La noblesse de France ne va-t-elle pas se soulever?
Mais rien ne bouge. Ni les clientèles militaires de Condé, ni ses nombreuses seigneuries, ni ses places, ses gouvernements, ne prennent parti.
(MiôO)
Bien loin de là, madame de Longueville, qui croit remuer la Normandie, y est repoussée partout. Elle fuit aux Pays-Bas, tourne à l’est; elle englue Turenne, mais ni lui ni elle ne peuvent rien qu’en s’adressant aux Espagnols, pour qui madame de Bouillon travaille de sou mieux à Paris.
Pendant que la belle amazone perd son temps, chevauche et parade, un secours plus direct et bien plus énergique fut donné à Condé du côté où il eût espéré le moins, de sa maison de Chantilly. 11 y avait laissé sa vieille mère et sa jeune femme, son fils âgé de sept ans. Mazarin hésitait à faire arrêter ces deux femmes, craignant l’opinion. La mère vint se cacher à Paris, et, un matin, apparut dans le parlement, suppliante, versant force larmes, descendant aux prières, aux flatteries et jusqu’aux bassesses.
Mais le plus étonnant fut le courage inattendu de la femme de Condé, celte jeune nièce de Richelieu, tant méprisée, avec qui il coucha par ordre, et dont l’enfant fut fils des volontés absolues du ministre. Elle s’était confiée à un homme de capacité, l’auteur des beaux Mémoires, Lenet. Il la sauva de Chantilly avec son fils, la mena d’abord à Montrond, forte place des Condé, puis, craignant d’y être assiégé, droit à Bordeaux. Le parlement de Guienne était brouillé à mort avec le Mazarin, qui soutenait le gouverneur, cet Eper-
non à qui il s’obstinait d’allier sa famille. Grande fut l’émotion de la ville et du parlement de voir cette dame de vingt-deux ans, sous les habits de deuil, cet enfant innocent, qui, porté dans les bras, les prenait par la barbe de ses petites mains, leur demandant secours pour la liberté de son père. Le cortège de la princesse n’y gâtait rien, formé de grandes dames, jeunes pour la plupart et charmantes.
L’explosion fut vive, comme toujours, dans les foules du Midi. Mais le récit même de Lenet laisse voir parfaitement le peu de fond qu’avait ce semblant de révolution populaire. Le peuple misérable espérait avoir par les princes des débouchés à l’étranger qui feraient mieux vendre les vins et l’aideraient à vivre. Il domina le parlement, emporta tout par la terreur. Bouillon et la Rochefoucauld, les conseillers de la princesse, étaient d’avis de laisser mettre en pièces un envoyé du roi. Lenet craignit que cet acte, un peu vif, ne la rendît moins populaire. Deux ou trois fois le peuple faillit égorger le parlement, dont la minorité fut tenue sous le couteau. L’Espagne promettait de l’argent, cl l’on avait la simplicité de la croire. Elle donna à peine une petite aumône. Cependant Mazarin, ayant paisiblement occupé et la Normandie et la Bourgogne, les gouvernements des Condé, s’acheminait vers la Guienne avec
l’armée royale. Les Bordelais se montrèrent intrépides, un peu troublés pourtant de voir que les soldats allaient vendanger à leur place. Tout se mit à la paix. La princesse ne se maintenait plus que par l’appui des va-nu-pieds, qu’elle faisait boire et danser la nuit, et qui lui hurlaient aux oreilles cent choses sales contre le Mazarin; ils les lui faisaient répéter, à elle et à son fds. Cet avilissement où elle tombait lui fit désirer la paix à elle-même, accepter la permission de sortir de la ville qu’on lui donnait, avec de vagues promesses de la liberté de Condé (3 octobre 1650).
Bien loin de les tenir, Mazarin, au contraire, éloigna ses prisonniers de Paris, les transporta au Havre. La fortune semblait travailler pour cet homme. Dans cette année où il avait tout oublié, tout négligé pour l’affaire de Bordeaux, presque perdu la Catalogne, compromis la Champague même, délaissée sans défense, il fut sauvé de l’invasion par un événement fortuit, l’obstination héroïque d’un certain Marois, qui arrêta quarante jours les Espagnols devant Mouzon, une mauvaise place, à peine fortifiée. Ils rentrèrent en quartier d’hiver. Mazarin eut beau jeu pour guerroyer seul à coup sûr. Maître de tout, rien ne l’arrête. Il ramasse en décembre tout ce qu’il a de force au Nord, avec son armée de Guienne. Son homme.
Du Plessis, entraînant sous ses yeux cette grosse
avalanche, fond sur Rethel, la prend avant que les Espagnols eussent remué. Turenne, qui était avec eux, ne venait pas à bout de leur lenteur. Ils viennent tard et mal. Mazarin veut, exige que Du Plessis attaque; il lui faut, à tout prix, rapporter à Paris une belle bataille contre les amis de Condé. Dérision de la fortune : c’est Turenne qui est battu. Mazarin a défait Turenne (15 décembre 1650)!
Ingrat de sa nature, Mazarin s’était méconnu, avait tourné le dos aux frondeurs dès qu’il eut mis ses prisonniers loin de Paris. Son succès de Bordeaux, sa victoire de Rethel, lui portèrent à la tête. Il crut décidément qu’il n’avait que faire d’eux. Qui cependant avait gardé Paris pendant sa longue absence, qui, sinon les chefs de la Fronde, sinon Retz, la Chevreuse? Ils avaient endormi et trahi la révolution, sur l’espoir du cardinalat promis par Mazarin à l’amant de mademoiselle de Chevreuse.
Une chose parut cependant, c’est qu’à ce moment même où Mazarin paraissait le plus fort, rapportait dans Paris les drapeaux espagnols, il n’y avait de force réelle que dans la Fronde, trahie, vendue, tournant au vent des intérêts de ses chefs.
En un mois, ce vainqueur, ce héros monté sur sa victoire, a perdu pied; il glisse, il enfonce, il se noie.
Le 50 janvier 1651, sur quelques mots hardis du parlement, notre homme, sè croyant très-fort, compare cette compagnie au parlement de Londres; il s’emporte devant Monsieur, parle de Cromwell et de Fairfaix. La reine, violente d'ellemême et violente de sénilité pour son heureux vainqueur, folle de son laurier de Relhel, met les ongles au nez de Monsieur, qui se sauve éperdu, jure qu’il ne remettra jamais les pieds « chez cette furie. »
On saisit ce moment. Retz et les amis de Condé s’étaient réconciliés. Conti devait payer la liberté que lui rendrait la Fronde en prenant une fille salie, la jeune Chevreuse, avec qui vivait le coadjuteur. La vieille Fronde de Retz et des Chevreuse adopte la nouvelle Fronde des amis de Condé, des gens d'épée, des nobles. Ce monstre des deux Frondes, associant deux choses hostiles et inassociables, naquit dans le lit de mademoiselle de Chevreuse, par les soins de sa mère, qui la livrait et faisait de sa honte le lien des partis.
Quoi qu’il en soit, le monstre hétérogène n’en éclata pas moins avec une invincible force. Les gens d’épée, en nombre, s’assemblent. Au parlement, sur celte injure de Cromwell et Fairfaix, s’élève l’aigre cri des Enquêtes, et bientôt le tonnerre du peuple. Mazarin, sans savoir comment,
se sent levé de terre, et si léger, qu’il ne tient plus à rien. Bref, le 6 février, il perd la tête, il part seul du Palais-Royal; seul, lorsqu’il pouvait sans obstacle emmener le roi. Les portes étaient ouvertes, nul obstacle. Par excès de prudence, il jugea qu’une femme, un enfant, retarderaient sa fuite, en rendraient le succès douteux.
Comme on admire toujours ce qui réussit, plusieurs sont parvenus à trouver dans cette lâcheté une politique profonde. Qui ne voyait pourtant que les portes, ouvertes le 6, pourraient être fermées le 9, le jour où il avait remis la fuite de la reine et du petit roi?
En contant cette belle histoire, on est tenté de croire qu’il n’y a plus de mâles en France, plus de virilité que sous la jupe. Il faut une femme pour dire qu’on doit fermer les portes de Paris; c’est la jeune Chevreuse. Il faut une femme, celle de Monsieur, pour signer l’ordre; il n’ose le faire. On s’agite, on s’éveille, on s’arme la nuit du 9; on pénètre au Palais-Royal. Mais une femme suffit pour finir tout et endormir le peuple. La reine, avertie, a le temps de débotter l’enfant royal, de le remettre au lit. Il dort ou fait semblant. Les innocents bourgeois admirent ce bel enfant, leur roi (déjà si bon acteur); ils retiennent leur souffle, s’en veulent d’avoir troublé ce sommeil d’innocence, et, s’écoulant sur la pointe du
pied, maudissent ceux qui les ont trompés et leur font passer la nuit blanche (9 février 1651).
Mazarin courait vers le Havre, voulant devancer les frondeurs, et lui-même délivrer les princes. A quoi bon? Ceux-ci voyaient bien qu’il agissait contraint, forcé. Ils rentrent dans Paris, et ils le trouvent charmé de les revoir. Condé sortait refait et rajeuni par son malheur, embelli du roman de sa vaillante petite femme. Les plus hardis des siens lui parlaient d’enfermer la reine et de se faire régent, roi. Mais Mazarin en fuite avait,
comme les Parthes, décoché derrière lui un trait aigu qui vint passer à travers les partis, les disjoindre, les affaiblir tous.
Deux assemblées existaient à Paris, dont on pouvait tirer parti contre le parlement. La noblesse était réunie aux Cordeliers, et le clergé aux Augustins. La première assemblée comptait huit cents messieursdes plus gros bonnetsdu royaume, princes, ducs, seigneurs. Les voilà qui raisonnent, qui cherchent aux vieux temps, qui se rappellent les hauts plaids féodaux qui gouvernaient jadis, qui se demandent comment le gouvernement est maintenant aux mains sales des gens de chicane, des procureurs crottés. Ils en viennent à cet axiome : « La loi est au-dessus du roi, audessus de la loi les Étals généraux. »
Chose admirable. Le clergé fait écho. Il adopte,
sans sourciller, le principe révolutionnaire. Évidemment la facilité des États de 1614, le peu de peine que les privilégiés avaient eue à les éluder, les enhardirent celte fois, et ils n’hésitèrent pas à prononcer le mot qui, dans un autre temps, leur eût fait dresser les cheveux.
Mort, bien mort était donc le maître (nous voulons dire le peuple, nous voulons dire la France), pour que les valets orgueilleux, les dilapidateurs de cette pauvre maison ruinée, risquassent de prononcer le nom redouté du défunt et de danser sur son tombeau !
L’effet fut excellent. Le faquin l’avait bien prévu de la frontière, quand il envoya ce mot d’ordre. Le parlement informe sur les injures de la noblesse. La noblesse veut jeter le parlement à l’eau (mars 1651).
La reine prisonnière se retrouve si bien maîtresse, qu’elle ne daigne consulter Monsieur, et seule change le ministère (3 avril). Qui pourra y trouver à dire? Elle prend justement pour ministres les ennemis de Mazarin, entre autres Chavigny, un ami de Condé. Elle lâche aux Coudé la Guyenne, tout à l’heure la Provence. Elle lâcherait le royaume pour brouiller Monsieur et Condé, briser l’unité des deux Frondes.
Coudé, sorti de sa prison tel qu’il y est entré, borné, brutal, aveugle, aide à cela, bien loin d’y
mettre obstacle. Il oublie que la vieille Fronde lui a seule ouvert la prison. Il ne veut plus que son frère paye la rançon convenue, qui était d’épouser la maîtresse du coadjuteur. On rompt brusquement et avec outrage avec les deux Lorraines, les Chevreuse, mère et tille. Les valets, les agents populaires du parti Condé, un savetier, Maillard, à la vue de ces deux infantes, crient dans les rues ce que Paris savait. La demoiselle s’évanouit presque. Du sang, il faut du sang, et « le sang de Bourbon n’est pas trop pour laver l’alîront fait au sang de Lorraine. » Il eût fallu que le coadjuteur pût faire assassiner Condé. Il répugnait au guet-apens. Toute la réparation qu’il imagine, c’est de remplir le parlement de gens armés à lui et de coupe-jarrets, qui, au besoin, pourraient faire un massacre. Les Condé filèrent doux. Les deux dames aux tribunes purent à leur aise triompher. Conli plia les épaules en passant devant elles. Son savetier reçut quelques coups de bâton. Retz, en contant cet exploit immortel, termine par ce grotesque mot : « L’événement pouvait être cruel,me perdre de fortune et de réputation... Je ne m’en suis pourtant pas fait reproche. Car ce sont de ces choses que la politique condamne et que justifie la morale. »
Ce prélat respectable était alors de nouveau re-
cherché par la reine, qui le caressait fort dans sa jeune Chevreuse, « qu’elle baisait sur les deux joues. » Il allait la nuit au palais en cavalier et en plumet. On le rattrapait par l’espoir du chapeau, et par une idée qu’on lui croyait fort agréable, comine devant venger les Chevreuse, l’assassinat du grand Condé. La reine n’était pas moins altérée de vengeance. Condé la jetait dans le désespoir en l’attaquant sur Mazarin, révélant ses correspondances, la montrant gouvernée par lui dans ses actes et dans ses paroles, cachant ses envoyés aux greniers du Palais-Roval.
Jusque-là, Mazarin n’avait jamais paru féroce, il semblait moins violent que la reine. Cependant la persévérance avec laquelle celle-ci négocia la mort de Condé avec la Fronde fait croire qu’il n’en repoussait pas l’idée. Elle ne faisait rien de sa tète, rien sans l’ordre du maître absolu. Ne pouvant vaincre les répugnances de Retz, elle lui envoya, pour le convertir, d’abord ceux qui s’offraient pour faire le coup, Hocquincourt et Plessis, enfin M. de Lyonne, agent direct de Mazarin, qui lui fit honte de sa timidité. Ces braves n’osaient agir, à moins que Retz n’assurât que son peuple, le peuple frondeur, les sauverait du peuple des Condé.
Au total, la manœuvre générale de la cour atteste la direction du grand maître en friponnerie,
(ifiôi)
qui du Rhin menait le Palais-Royal. La reine avait d’abord tout lâché à Condé pour le perdre auprès de la Fronde; puis, tourné aux frondeurs, pour tuer ou arrêter Condé. Retz ayant refusé, on fit croire à Condé que c’était Retz qui demandait sa mort.
D’autre part, celui-ci nous explique à merveille qu’il n’était guère moins faux et guère moins hypocrite. Il était prélat populaire tout le jour et frondeur; la nuit, il était cavalier empanaché et royaliste, conseillant au Palais-Royal les mesures qui devaient le lendemain annuler tout l’effet des mensonges et du bavardage qu’il allait faire au parlement.
J’ai trop grand mal au cœur à conter tout cela. Il faut lire les Mémoires du prélat, le voir triompher de sa honte, dire comment, sous les yeux de sa Chevreuse, il disputait le pavé à Condé. Où cela, je vous prie? Au sanctuaire de la Justice même, dans la première cour du royaume et sur les fleurs de lis. Le prince, retiré à Saint- Maur et ne se sentant plus appuyé dans Paris que par des criailleurs gagés, revient pourtant avec ses gentilshommes menacer le coadjuteur. Celui-ci est en force. Il ne craint pas de pousser aux dernières épreuves la patience de Condé. Quatre mille épées sont tirées. Les amis de Condé essayent d’étouffer, d’étrangler le petit prélat entre
un muret une porte. Enfin, par un miracle, les épées rentrent au fourreau. Le galant prêtre peut retourner vainqueur à Notre-Dame et triompher chez la Chevreuse.
Condé a perdu terre. Il ne lui reste plus que la guerre civile, l’appel aux révoltes de provinces, déjà manquées et improbables, l’appel à l’Espagne impuissante, à l’Empereur, à Cromwell ou au Diable.
La Fronde ayant rendu à Mazarin le service de chasser Condé, il pouvait à son aise se moquer de la Fronde, manquer aux paroles données, bafouer Retz et le parlement, rire du public, à qui on a promis les Etats généraux.
Ces tours de gobelet n’étaient pas difficiles. La fatigue était excessive. La France, accablée, alourdie, ne sentait plus sa tête, n’avait plus conscience d’elle-même, et de bon cœur consentait à être trompée. Jamais escamoteur n’eut spectateurs si débonnaires.
A treize ans et un jour, le roi était majeur et capable de gouverner. Précocité miraculeuse de la dynastie des Capets! Louis XIV, né le 5 septembre 1638, a atteint ses treize ans. Il entend régner désormais. Quel besoin d’Etats généraux? Un bon roi, pour son peuple, est la première des libertés.
Le 8 septembre 1651, grande fête. Amples distributions de vivres. Le vin pleut sur les places,
et les saucissons pleuvent; on se bat pour les ramasser. Le beau jeune roi, à cheval, ayant son petit frère à côté (un joli visage de fille), s’en va au parlement avec la reine, Monsieur, toute la cour. 11 remercie la reine, la fait chef du conseil, innocente Condé (absent cependant par prudence), mais déclare Mazarin coupable et seul coupable. Lui seul a fait le mal dans la régence. Défense au susdit Mazarin de revenir jamais dans le royaume. Le roi entend qu’il soit banni et proscrit éternellement.
Le second acte de la Fronde finit en 1651, comme le premier en 1649.
Impuissante deux fois, la cour n’a garrotté le lion à la première, ne l’a chassé à la seconde, que par le secours des frondeurs. C’est la révolution, quoique avortée au premier acte et agonisante au second, qui reste encore plus forte et plus vivace, plus prêle à l’action. C’est par elle que l’enfant royal peut rentrer dans Paris, et, par ordre de Mazarin, amuser les frondeurs de la proscription de Mazarin.
Douce situation pour celui-ci, qui, d'avance, * par la force du peuple, a brisé l’épée de Condé. Que lui reste-t-il, sinon de faire encore comme il a toujours fait pour ceux qui l’ont servi, de perdre Retz et d’être ingrat?