‹ Richelieu et la frondeChapitre 8 sur 40 · IC30-IG · texte numérisé non relu

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barrasse, insinua que la vraie médecine, c’était mademoiselle de Haulefort.

Bouvart était un sot. Un homme que lui-même purgeait, dit-on, deux cents fois dans un an. était bien à l’abri de ces basses tentations. Il fut scandalisé. C’est tout ce qu’on gagna.

Cependant les choses pressaient. On fit un essai plus direct. Le fait est très-connu, mais de date incertaine. Je n’hésite pas à le placer au moment où la reine, dans une situation urgente, eut besoin d’emporter la chose.

lin jour, en souriant, mademoiselle de Ilautefort tenait, laissait voir un petit billet. Voilà le roi curieux. Il veut savoir ce que c’est. En badinant toujours, elle recule, et le roi avance, curieux et intrigué de plus en plus. Il la prie de le laisser lire, avance la main pour le prendre. Elle le cache dans son sein. Le roi est arrêté tout court et ne sait plus que faire. Cela se passait devant la reine. Elle fit une chose hardie, et qui pouvait avoir de grandes conséquences. Elle prit les mains de la jeune fille, et la tint pour que le roi pût la fouiller.

Mais Louis XIII fut plus embarrassé encore. Il recourut à l’expédient (ridicule, excellent) de prendre de petites pinces d’argent qui étaient là, et, chastement, de ce lieu délicat, sans contact, enleva la lettre.

Que serait-il arrivé si les choses s’étaient passées autrement? On rira si l’on veut, on se moquera de ceux qui donnent aux petites causes une grande portée. Il n’y a rien de petit au gouvernement monarchique.

Si les pincettes ne s’étaient trouvées là, si Louis XIII n’eût pas été homme à les prendre, il serait arrivé que le roi eût senti la débonnaireté de la reine, goûté sa complaisance, compris ce que dit madame de Motteville : « Que la reine désirait qu’il aimât mademoiselle de Hautefort. » Enfin sa conscience dévote eût cédé étouffée par celte connivence de la personne intéressée.

Mademoiselle de Hautefort ne se fût pas sacrifiée pour n’en retirer rien. Aussi ardente et résolue qu’elle avait été vertueuse, le pas fait, elle aurait mené bien loin le roi dans le sens de la reine. Victoire complète de l’Espagne et du pape. Chute et procès de Richelieu. Nulle alliance avec Gustave-Adolphe.

Mais Louis XIII ne fut pas assez inintelligent pour ne pas comprendre. Il méprisa ceux qui l’entouraient, et se donna solidement et fortement à Richelieu.

Celui-ci, qui connaissait mieux son homme et son malade, en contraste avec l’impuissante corruption de la cour, réussit par l’austérité. Le roi aimait le capucin Joseph. Richelieu, non-seule-

ment rappela Joseph, mais lui organisa un ministère de capucins. Joseph eut quatre principaux secrétaires de son ordre, un étal de maison, des chevaux, des voilures, des logements aux résidences de la cour. Mais rien ne lit meilleur

effet auprès du roi que de voir le ministère peuplé de ces robes grises. Bien n’affermit mieux sa conscience et dans ses sévérités pour sa mère, et dans ses résistances au pape, dans l’alliance avec Gustave. Il crut que beaucoup de choses étaient permises à un roi qui faisait aller les capucins en carrosse.

Du reste, Richelieu, qui connaissait Joseph et l’avait expérimenté le premier fourbe de la terre, tout en le grandissant ainsi, le mit parfaitement dans sa main. Il dit aimer tant ce cher frère, qu’il ne le logerait qu’avec lui. Lui et ses capucins, ses employés, son petit ministère, tout fut établi chez le cardinal, au même étage, dans sou appariement et sous ses yeux, de sorte qu’il put toujours lui-même espionner ce chef des espions.

Le tenant de si près, il l’employa à dire au roi certaines choses difficiles, à ouvrir certains avis violents, se réservant pour lui des dehors de modération. Le capucin, né homme d’épée, passait pour en garder l’esprit, et on en faisait cent histoires plaisantes. On disait, par exemple.

qu’un jour, disant sa messe, il reçut un officier qui venait prendre un ordre pressé pour une surprise de place : « Mais, s’ils font résistance? » dit l'officier. « Alors tuez tout, » dit le bon père, et il reprit sa messe interrompue.

Richelieu ne pouvait, sans une mauvaise couleur d’ingratitude, parler contre son ancienne protectrice, la reine mère. Peut-être iit-il parler Joseph, et par lui enleva la grande mesure de la séparation de la mère et du fils.

Monsieur, le 31 janvier, ayant repris la guerre par une sortie furieuse et une bravade qu'il vint faire chez le cardinal, on acheva de persuader au roi, excédé de ces orages, qu’avec sa mère et son frère il n’aurait jamais de repos. 11 alla à Compiègnc avec toute la cour, mais partit, y laissa sa mère sous la garde de M. d’Estrées, lui faisant dire qu’il la priait d’aller à Moulins, d’y rester. On lui enleva Vaultier, pour le lui rendre, disait-on, dès qu’elle serait à Moulins.

Le lendemain (25 février 1651), on mit son fidèle Bassompierre .à la Bastille. La sœur de Guise, princesse de Conli, fut exilée avec trois duchesses, dont deux étaient aussi de la maison de Guise.

Monsieur s’enfuit en Franche-Comté, sur terre espagnole, le 11 mars, avec le secours de sa mère, qui lui remit les pierreries de sa défunte

femme. Elle-même, laissée sans gardes à Compiègne, sur je ne sais quel avis qu’on lui donna, s’enfuit aux Pays-Bas (18 juillet 1651). C’est ce que voulait Richelieu.

Trois gouverneurs de provinces, Cuise, Elbeuf et Bellegarde, avaient quitté la France. On les fit condamner à mort par le parlement de Dijon, ainsi que la Fargis, et Senelle aux galères. Le roi lui-même avait etc à Dijon pour assurer la Bourgogne, gouvernement du fugitif Bellegarde.

Le roi fit ce voyage en mars, et partit de Dijon le 2 avril pour revenir. Ce fut en mars que la reine avorta.

Richelieu avait eu la complaisance de laisser revenir près d’elle la Chevreuse, qui promettait de le servir désormais. Monsieur en plaisanta. II dit dans son exil « qu’on avait fait revenir la Chevreuse pour donner plus de moyens à la reine de faire un enfant. » (Journal de Richelieu, Arch. cur.f t. V, p. 71.)

On lit dans le même journal, p. 41, celle note curieuse :

« Madame Bellier a dit au sieur Cardinal, en grandissime secret, comme la reine avait été grosse dernièrement, qu’elle s’éloit blessée , que la cause de cet accident étoit un emplâtre qu’on lui avoit donné, pensant faire bien. Depuis, Pa-

trocle (écuyer de la reine) m’en a dit autant, et le médecin ensuite. »

Le roi ignora-t-il celte grossesse? Et Richelieu fut-il tellement magnanime pour sa belle ennemie, jusqu’à la couvrir de son silence? Je ne l’imagine pas.

Je crois plutôt qu’il laissa ce triste secret arriver au roi, pensant ne pouvoir s’affermir sur une meilleure base que sur le mépris de la reine.

Ce qui est sûr, c’est qu’Anne d’Autriche avorta en mars, et que Richelieu, définitivement vainqueur et maître, osa, au mois d’avril, clore et signer son traité avec Gustave, dressé dès le mois de janvier.

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