‹ Richelieu et la monarchie absolue: Administration générale, justice (suiteChapitre 17 sur 68 · IV · texte numérisé non relu

IV

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rÉtat prit à sa "charge la dépense mootant à trois millions (1625) y et le dessèchement des marais de Poitou, Saintonge et Auuis entrepris, ou mieux continue, par un ingénieur, à ses frais et pour son compte personnel, avec privilège d*exproprier ses voisins par simple jugement du tribunal le plus proche. La viabilité n^était qu'un chaos; les grands chemins ne donnaient nulle idée d'une vue d'ensemble ; sans tracé régulier, sans largeur normale uniforme, livrés à des juridictions multiples, ils étaient exposés aux usurpations des riverains et à toute espèce de dégradations ^

L'ouvrage capital de ce ministère, dans le domaine si intéressant des voies de communication, fut rachèvement du canal de Briare. Quand on vit des bateaux et des trains de bois venus de Roanae, de Tours, d'Angers et autres lieux, aborder aux ports de la ville de Paris, on témoigna dans la capitale une véritable admiration. Tout est tellement relatif en ces sortes de choses, qu'aux yeux de nos pères, fort peu blasés à cet égard, ce canal fit un effet aussi surprenant peut-être que celui du canal de Suez sur nos contemporains. Le trafic du midi de la France, d'Italie même ou d'AlIemague, venant par la voie des routiers ou des mulets, put ainsi transiter jusqu'à la mer, avec moins de frais et plus de sûreté que sur les routes de terre. Le canal, dit de a Loire en Seine » , allait sinvplement de Briare sur la Loire à Montargis sur le Loing, oii les bateaux empruntaient cet affluent navigable de la Seine. Par^uitedela différence de niveau entre les points de départ et d'arrivée, situés à environ quarante-sept kilomètres l'un de l'autre, et des pays accidentés qui les séparent, on ne parvibt à alimenter le canal qu'au moyen d'un grand nombre d'écluses, de déchargeoirs^ de conduites et de retenues. Corn-

^ Déclaration du 4 mai 1641. — Bail du 3 mars 1625. — V. Yigroit, Étude sur l'administration des voies publicfues, I.

mencé sous Henri IV, le travail avait été abandonné à la mort de ce prince, suivie à courte distance de celle de Tentrepreneur; la difficulté de fournir leau nécessaire à la navigatioa feisait désespérer du succès. Cependant, en 1638, m^ftres Guill. Bouteroue et J. Guyon, payeurs des reates à Beaugency et Montargis, offrirent de terminer le creusement à leurs frais, de payer même le terrain de leur poche, y compris l'espace nécessaire aux levées de terre et aux chemins de halage, de construire des ponts en nombre sulfisant et de mettre le canal en exploitation dans un délai de quatre an&. Le Roi, de son côté, leur ibisait cadeau des terrassemeotsetouvragesd'art antérieurement exécutéset les armait du droit d'exproprier, « à dire d'experts et gens à ce connaissants » , les maisons, terres et moulins qui « se trou* Taient sur leur alignement » .

Propriétaires du canal , les constructeurs furent en droit de l'exploiter à leur profit, comme une compagnie de chemin de fer de nos jours, sous cette réserve que les tarifs seraient approuvés par l'État. Ces tarifs, plus ou moins élevés, selon la nature des marchandises, étaient, en moyenne^ de douze livre» par mille kilos de Briare à Paris'; douze livres correspondent à soixante-douze francs : or, la compagnie de navigation Lyon et Rhône opère, aujourd'hui, par la même voie, les mêmes transports pour treize francs la tonne, et le chemin de fer Paris-Lyon-Méditerranée pour dix-sept francs environ. Les communications sont maintenant ici cinq fois moins chères et peut-être dix fois plus rapides; d'autant que le tarif de jadis ne comprenait pas le

• Dont 10 livres pour prix de transport et 2 livres pour droit de péafre. (Déclaration de septembre 1638; lettres patentes de décembre 1642 .)

On n'ouvrait les écluses que pour 25 tonnes de marchandises (50 miU Uers), à moins que les bateaux de tonnage inférieur ne consentissent à payer pour 25 tonnes.

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détail des péages successivement exigés à chaque écluse. L'exploitation ne tarda pas, d'ailleurs, à se transformer : les héritiers des fondateurs du canal, administrateurs médiocres sans doute, renoncèrent d'eux-mêmes, sous Louis XIV, au monopole qu'ils se sentaient incapables d'exercer. Jls représentèrent que leurs bateliers ne prenaient pas soin des marchandises, qu'ils les livraient à Paris mal conditionnées et « en moindre quantité qu'ils ne les avaient reçues » , mettaient plus de temps qu'il ne fallait à faire le trajet, « prenaient de plus grands salaires » qu'ils ne devaient, laissaient même les bateaux en détresse après avoir perçu le prix du voyage, volaient les voiles et cordages..., toutes choses qui obligeaient les propriétaires à soutenir contre eux une infinité de procès. Ils avouaient, en outre, n'avoir pas assez de bateaux pour assurer le service, de sorte que les faïences, huiles, vins, etc., qui arrivaient par la Loire, stationnant à Briare dans des magasins ou sur les quais, y subissaient de fortes avaries. Chacun devint libre par conséquent de voiturer lui-même ses marchandises sur le canal, en payant une taxe proportionnelle à la nature du chargement, et quoique cette taxe demeurât assez coûteuse, le commerce de plusieurs provinces n'en reçut pas nioins, par l'ouverture de cette voie nouvelle, un véritable bienfait.

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