‹ Richelieu et la monarchie absolueChapitre 20 sur 38 · FORTUNE. — CAPITAL ET REVENUS · texte numérisé non relu

FORTUNE. — CAPITAL ET REVENUS

l'evenn des terres, le cens et le fcrmnge. — Produit des droits féodaux; il est assez mince. — Valeur des immeubles nobles ; elle est très-grande.

— Cesimmeublessont à peu près inaliénables. — Biens mobiliers. — Autres revenus nobles ; commerces et industries privilégiés par brevets spéciaux.

— Dons et pensions du Roi. — Autres biens; charges civiles et militaires; gouvernements de villes et de provinces. — Les dots. — Détail de quelques grandes fortunes. — Fortune de Richelieu.

La stabilité des biens et le flroit d'aînesse ne procuraient pas aux familles nobles une fortune en rapport avec leur situation. Les sources de la richesse se déplaçaient lentement depuis un siècle ; la terre n'était plus la seule propriété, on commençait à s'en apercevoir : la fortune mobilière venait de naître.

La terre noble, d'ailleurs, avec tous ses droits et privilèges nominaux, était moins productive de revenu que toute autre, et son mince rapport tenait à la forme même de sa location. Les biens féodaux avaient été affermés à perpétuité par les anciens propriétaires, moyennant une rente invariable nommée cens. Le seigneur censier s'était réservé et possédait le domaine direct de l'héritage donné à cens; néanmoins il ne pouvait user de son droit de possesseur. Il était vis-à-vis de son tenancier dans la situation d'un nu propriétaire vis-à-vis d'un éternel usufruitier.

' On peut consulter pour la fortune cl les revenus de la noblesse les chap. des finances : Pouvoir de l'arcjent, — Domaines et droits domaniaux, et Recettes extraordinaires. Ventes de charges. Voyez plus loin.

-390 l-A NOBLESSE ET SA DECADENCE.

A l'origine, le cens était le fermage effectif de la terre, les hommes du moyen âge ne donnaient pas leur bien pour rien ; les sous et les deniers avaient alors une valeur sérieuse. Avec l'abaissement incessant du pouvoir de l'argent, les cens finirent par ne plus constituer qu'un revenu insignifiant. On écrivait en 1780 : « Les censives affermées, il y a deux cents ans, au temps que quinze ou dix-huit sols valaient l'écu d'or, se trouvent réduites au quart. Celui qui devait recevoir cent écus, et qui avait donné sa terre à cette condition, n'en reçoit plus que vingt-cinq '.m La différence «st bien plus forte encore entre le treizième et le dix-sep- (ième siècle, qu'elle ne l'est entre le seizième et le dix-huitième. Un gramme d'argent, au temps de saint Louis, était une somme importante; au temps de François I", c'était une somme fort mince; au temps de Louis XIII, ce n'était presque plus rien. Le capital immobilier, ayant une valeur réelle, augmentait sans cesse. Un arpent de terre acquérait de siècle en siècle un prix plus élevé, mais l'intérêt restait stalionnaire, et comme toutes les marchandises se vendaient plus cher, le noble allait s'appauvrissant de plus en plus. On voit des arpents valant cent écus en 1C40, et ne payant qu'un denier de cens; autant dire qu'ils ne payaient rien, puisqu'ils rapportaient un intérêt de 0,1/56* 0/0 environ. Il était encore une autre cause de diminution des cens que l'abaissement du pouvoir de l'argent, c'était le changement de la valeur monétaire. Quand les contrats primitifs stipulaient des cens en sous et en deniers, les sous étaient une monnaie d'or, les deniers étaient une monnaie d'argent ; au quinzième siècle, les sous étaient devenus une monnaie d'argent ; au dix-septième, ils n'étaient plus qu'une monnaie de cuivre. En perdant sa valeur, la monnaie avait gardé son

' La Lourcée et Duval, Etals généraux, t. XVI, p. 177.

nom. Le débiteur se libérait doue avec du cuivre d'une créance qui, en bonne justice, eût dû se régler avec de l'or ou de l'argent. Si le changement de valeur s'était opéré brusquement, le créancier eût certainement réclamé contre ce marché de dupe; mais comme l'affaiblissement de la livre était l'œuvre de plusieurs siècles, la substitution d'un métal à l'autre s'était exécutée peu à peu et sans recours possible. Le gentilhomme n'avait pas la ressource de vendre ses terres, la loi de sa province ou les substitutions de ses aïeux ne lui en laissaient pas le droit ; les eût-il pu vendre, il n'aurait pas su faire emploi de son argent. Il n'aliène ses immeubles que pour en dissiper le produit. D'ailleurs, vendre ses biens, c'eût été s'amoindrir; la terre noble n'était pas seulement une propriété, c'était une dignité.

Dans quelques fiefs, le cens, au lieu de se payer en argent, se payait en nature. Avec cette combinaison, aucune dépréciation n'était possible; mais le nombre de ces fiefs était fort restreint, et il diminuait chaque jour. Beaucoup de redevances en nature se convertissaient en rentes pécuniaires, tandis quejamais on ne voyait une rente pécuniaire devenir une redevance en nature. Les seigneurs se prêtaient parfois à cette transformation, sans souci de l'avenir, pour réaliser un bénéfice immédiat. Parfois le gouvernement la décrétait à leur détriment, par mesure d'utilité publique. Depuis 1570 environ, on demandait en Dauphiné « le rachapt et la réduction des rentes en grains, parce que la modicité du prix de leur constitution, comparée à la valeur excessive des grains es années de cherté, rendait nos pères criminels de cruauté et usures. Le conseil d État ordonna que « toutes rentes en grains et autre espèces, assignées sur héritage, seront racheptables à perpétuité, en payant la somme pour laquelle elles ont été créées, s'il en appert; sinon à raison de 35 livres le setier de froment

(mesure de Grenoble), et des autres espèces à proportion ' » . C'était une mesure inique, puisqu'au mépris d'un contrat librement consenti, elle dépouillait les possesseurs de redevances en grains. On le savait si bien à Paris, qu'on exceptait du rachapt « les rentes dues au Roi à cause de son domaine, et celles des seigneurs hauts justiciers » , Le coup ne frappait ainsi que la petite noblesse.

La propriété affectait en quelques provinces d'autres formes que le bail à cens; tel était en Bretagne le convenantfrancJi et le domaine congéable. Pour être moins absolue, la dépossession du seigneur n'était pas moins à peu près irrévocable dans la pratique. Par le convenant-f ranch, le propriétaire avait livré le fonds au travailleur, pour en disposer à son gré, ne se réservant qu'une redevance annuelle, non sujette à augmentation ". Le cultivateur devenait auteur et propriétaire de tout ce qu'il créait à la surface, comme clôtures, édifices et cultures elles-mêmes avec leur ensouchement. Les redevances, très-faibles, et calculées sur l'état primitif du sol, plutôt que sur sa production après culture, devenaient peu à peu la seule propriété du foncier, à qui son bien échappait chaque jour davantage, pour passer entre les mains du super ficiaire '. Ce dernier, ainsi que sa famille, s'attachait au fond par la possession et le travail, de manière à n'en être jamais séparé. Quand les propriétaires voulurent reprendre leur bien par voie de congément, on vit des communes profondément troublées se mettre en état de révolte ouverte, he foncier n'avait qu'une chance de reconquérir sa terre, c'est que le détenteur vînt à mourir « sans hoir légitime et de corps « ; dans ce cas la lenurc

' Arrêt du conseil d'Etat du 25 juin 1636. — Un autre arrêt du conseil d'Étal tixa en 1642 le prix du u rachat par setier à cinquante livres ».

■^ A DU CeuïElher, le Convenant-franch et le domaine congéable en Bretagne. (Lecture faite à l'Académie des sciences morales et poliliques.)

' Ainsi nommait-on le seigneur et le tenancier.

lui revenait en entier, à l'exclusion de tous les collatéraux '. Le domaine congéable était plus favorable au propriétaire, en ce que le droit de congédier le fermier, dont il pouvait user à certaines époques, et sous de certaines conditions, lui permettait, sinon de ressaisir son fonds, du moins d'élever le chiffre du fermage. Aussi voit-on à Lamballe et à Guimgamp les terres affermées de cette manière, à raison d'une livre Tpnr journal (48 ares), dès le milieu du dixseptième siècle

Les droits féodaux, dont la pompeuse énumération pourrait faire croire à des revenus nombreux et variés, ne sont pas, à les examiner de près, aussi lucratifs qu'ils le paraissent. Ces droits variaient infiniment selon les provinces, et surtout selon les fiefs. Tel fief en avait beaucoup plus qu'un autre. Le champart était le seul vraiment profitable, mais à la condition que le gentilhomme résidât sur sa terre. Les droits de mutation sur les biens nobles {quints et requints) et sur les biens roturiers {lods et ventes)^ dont jouissait le seigneur dominant, se réduisaient à peu de chose dans les campagnes ^. Le quint était censé le cinquième du prix de la vente, et le requint le cinquième du cinquième; ces droits, en se cumulant, auraient donc formé un prélèvement exorbitant de 240/0; en réalité, ils ne înontaient guère qu'au treizième, au douzième, et seulement quelquefois au huitième

' Le tenancier éuit aussi obligé d'ensemencer et de labourer, chaque année, le tiers au moins des terres arables de sa tenure, pour assurer la redevance due au seigneur. Il ne pouvait dans aucun cas prendre l'exploitation de deux tenures, sous peine d'être débouté de l'une et de l'autre, en les voyant faire retour au seigneur sans aucune indemnité. Il avait rau*; de vassal lige, et faisait aveu de sa propriété à ce titre.

* Cette redevance était indépendante de l'hommage an hénor, consistant en un ou deux écus, souvent quelques sous, que le doraainier devait au propriétaire, et qu'il lui donnait encore il y a quelifues années, dans les tenures qui n'avaient point été remaniées.

' Quand les gens de mainmorte acquéraient des héritages dans inic seigneurie, ils payaient à titre d'impôt un tiers du prix d'acquisition.

400 LA NOr.LESSE Eï SA DECADENCE.

du prix total. Sur les biens non nobles il était de 8,33 0/0 '. il n'est pas possible d'évaluer le produit de ces droits pour l'ensemble des fiefs. On ne peut pas non plus donner le chiffre approximatif de ce que les corvées seigneuriales pouvaient rapporter. En 1776, époque où la statistique commençait pourtant à se développer, on ne parvient même pas à fixer la valeur des corvées générales, dont profitait l'État. — L'Encyclopédie les évalue à quatorze millions, Necker à vingt millions, et l'auteur du mémoire sur la vie de Turgot à quarante. Il est donc tout à fait oiseux d'essayer d'en déterminer le montant un siècle plus tôt. Tout porte à croire qu'il était peu élevé.

D'autres prérogatives ne procuraient qu'un semblant de revenu. En faisant le bilan du droit de justice, le seigneur pouvait constater qu'il ne rentrait pas dans ses frais. Il profitait des amendes infligées par ses magistrats, mais il devait faire face aux dépenses des procès. Ces dépenses étaient énormes en matière criminelle; en cas de condamnation à mort, elles étaient ruineuses. Le haut justicier y regardait donc à deux fois avant de poursuivre un malfaiteur. Sollicité d'agir par la vindicte publique, poussé à fermer les yeux par le soin de ses finances particulières, il préférait souvent laisser à la Providence le soin de châtier les assassins. « Je connais des seigneurs, dit Renauldon, à qui le revenu de leur terre pendant trois ou quatre ans n'a pas suffi pour fournir aux frais de procédures criminelles. » Tenus d'entretenir à leurs dépens juge, procureur d'office, greffier, sergent et prison « sûre et raisonnable » avec un geôlier, les propriétaires de hautes et moyennes justices ne trouvaient qu'une faible compensation dans la vente de ces charges, qui variait entre cent cinquante livres et quatre

' BiiLLT (Hi<:toire financière de la France) évalue le produit de ce droit à 37,800,000 livres au profit du Roi dans ses fiefs.

mille au maximum dans les grands fiefs '. Le droit de justice ne paraît pas, d'ailleurs, être fort avantageux, puisqu'il ne s'achète pas plus de deux cents à deux mille livres dans les seigneuries dépendant du domaine royal.

Une preuve du médiocre bénéfice que Ton tirait de l'ensemble des droits féodaux, c'est le chiffre auquel ils sont aliénés à perpétuité. Haute justice, censive, lods et ventes, amendes, champarts au village de Junquières ', sont vendus deux mille huit cent deux livres à Anne de Dampierre en 1620. En 1611, les droits du domaine de Dreux, — tout un bailliage, — sont acquis par le comte de Soissons pour 16,906 écus \ Quelques fiefs joignaient aux profits ordinaires des droits de travers (passage) par terre et par eau, forage de vin, poids du Roy, barrages, pêcheries sur les rivières, mesurage des graius, etc. Peu de terres particulières avaient tous ces droits à la fois; nous en voyons cependant vendre une qui les possède tous : la capitainerie du Pont-Saint-Maixence, située dans le comté de Senlis, cédée pour dix-neuf mille cent vingt-six livres à J. de Madailian ^ .

Les droits aristocratiques doivent donc être assez minces comme rapport, puisqu'ils se négocient à si bas prix. Les terres nobles sont pourtant fort chères, et d'autant plus chères, que leur dignité est plus élevée. Alors que l'intérêt

' L'office d'un bailli pouvait valoir en moyenne quatre mille livres ; d'un lieutenant, quinze cents; d'un procureur fiscal, deux mille; d'un greffier, deux cents; d'un notaire et tabellion, cent cinquante livres. Ils étaient aliénés à vie. ( Mss. Godefroy, CXXXV, fol. 204.)

* Cliàtellenie de Compiègne.

5 Mss. Godefroy, CXXXIII, fol 188.

* Ibid. — Jean de Madailian, sieur de Montataire, capitaine calviniste, mort vers 1624 Son fils s'attacha à M. de Liancourt. Tallemant en parle (t. II, p. 174). On voit en 1641 un Madailian, gentilhomme de Guyenne, perdu de crimes, accuser le duc d'Epernon d'avoir voulu assassiner Richelieu. De la maison de Madailian sont issus les seigneurs de Lesparre.

des immeubles roturiers n'est pas de beaucoup inférieur à 5 0/0, les fiefs d'importance ne rapportent pas plus de 2 ou 2 1/2 0/0, et les fiefs souverains descendent souvent jusqu'à 1 1/2. Il en résulte qu'un grand seigneur n'est pas si riche qu'il paraît l'être, à qui connaît seulement le capital de son bien, parce que le revenu dont il jouit n'est pas plus élevé que celui du bourgeois ou du financier qui possède une fortune moitié moindre de la sienne. En Italie, les souverainetés s'acquéraient souvent à 1/2 0/0, — témoin le duché de Guastalla '. — Pour avoir 1,000 écus de rente dans ces conditions, il fallait en débourser deux cent mille. Le duc de Savoie ne demandait que quinze mille écus de rente pour toutes les prétentions qu'il pouvait avoir sur le duché de Montferrat'. Le Roi de France acheta au duc de Lorraine le comté de Glermont, à raison du denier 50 (2 0/0) ^ . Souvent même le revenu réel, déduction faite des charges, n'atteignait pas ce taux *. Le duché de Nemours avait été évalué sous Louis XII à neuf cent cinquante mille livres, qui faisaient, sous Louis XIII, plus de quatre millions '\ Le vidamé de la Ferté valait presque trois cent mille écus ®. Concini avait payé le marquisat d'Ancre trois cent trente mille livres ^

Et cependant toutes ces grandes terres ne sont pas d'un rendement considérable. Pour un domaine comme celui

' Richelieu, Mémoires, t. II, p. 289.

^ Ibid., t. II, p. 155.

'^ Ibid., t. II, p. 388. — Le Clermontois, qui appartenait au prince de Condé en 1789, contenait quarante mille habitants.

^ Le domaine de Château-Regnault, payé 1,720,000 livres en 1629, et que l'on supposait rapporter quarante trois mille livres, n'en valait pas plus de treize mille trois cent cinquante-deux en 1C44. (Mss. Godefroy, CXXXVI, fol. 449.) Voyez plus taut. Hiérarchie nobiliaire.

^ Ibid., CXXXIII, fol. 5. — Il avait été donné <\ Castor^ de Foix en échange de la vicomte de INarbonne.

Sully, Mémoires. En 1608.

" PosTcninTRAiN, Mémoires, p. 304.

d'Uzès, qui rapporte à son propriétaire plus de quatre-vingt mille livres de rente, on voit d'autres duchés, également étendus, qui ne valent pas le produit d'une riche abbaye, ou d'une grosse charge de cour ' . Les duchés d'Orléans et de Chartres, unis au comté de Blois, ne rapportaient pas tous ensemble cent mille livres par an au frère du Roi. Le duché d'Angoulême et le comté de Ponthieu ne produisaient pas plus de quarante à cinquante mille livres au bâtard de Charles IX ". Mademoiselle de Montpensier avec sa souveraineté de Dombes, le dauphiné d'Auvergne, la principauté de la Roche-sur-Yon et trois duchés, la plus riche princesse de France, n'avait pas plus de trois cent trente mille livres de rente, encore en y comprenant ses biens meubles '. Le ducbé d'Épernon ne rapportait que vingt-quatre mille livres, le duché de la Valette que onze mille livres '. Le duché de Richelieu, auquel le cardinal avait adjoint une dizaine de seigneuries importantes, ne lui donnait pas annuellement plus de seize mille livres '. Presque toute la fortune noble consistait ainsi en fiefs magnifiques, mais d'un petit rapport; endroits superbes, mais dun profit douteux. De fortune mobilière , les gentilshommes en avaient peu ou point. Quelques-uns possé-

1 Le duc d'Uzès avait en 1577 plus de quarante mille livres de rente environ dans son duché. (A de Boislisle, Chambre des comptes, pièces justificatives, 134-) Cette somme équivaut au double vers 1640, et représenterait aujourd'hui près de cinq cent mille francs.

* Créance de la chambre des comptes, P. 2649 ter (non paginé). Il avait pourtant une sénéchaussée, une élection et un grenier à sel, qui étaient d'un bon revenu.

3 Dec D'ORLÉA^•s, Mémoires, p. 570. — Le marquis d'Hamilton se trouvait suffisamment indemnisé du duché de Châtellerault par une pension de douze mille livres. (Fostesat-Mareuil, Mémoires, p. 288.)

'' Mss. Godefroy, CXXX, fol. 2.

^ Ibid. — Il en était de même à l'étranger, puisque le duché de Mecklembourg, un petit État, constituait seulement quarante mille risdales de revenu (soixante-quinze mille livres). (Righelied, t. II, p. 543.) Le rixdale était le reisch thaler.

daient uniquement des biens roturiers ou des rentes d'État, mais ils faisaient exception '. Les rentes sur l'Hôtel de ville, origine de la rente française actuelle, étaient aux mains de la bourgeoisie. Aussi le gouvernement put-il plusieurs fois, sous Louis XIII, et durant la minorité de Louis XIV, faire une banqueroute partielle, sans que la noblesse s'en émût. Les réductions des rentes nationales provoquèrent des séditions exclusivement populaires.

En Italie, existaient depuis le siècle précédent les montsde-piété, sortes de banques publiques, où l'on plaçait son argent à gros intérêt -. Le maréchal d'Ancre avait acheté durant sa faveur pour quatre ou cinq cent mille francs de lieux di Monti. Fontenay-Mareuil parle de cent mille écus à mettre en lieux de Monts ^. On nommait ainsi les actions de ces premiers établissements de crédit. Mais les lieux di Monti étaient encore un placement aventureux. Les Montistes risquaient fort de voir s'évanouir leurs capitaux dans ces entreprises, qui ressemblaient un peu à certaines compagnies financières ou à certains fonds d'États exotiques de nos jours.

La noblesse préférait employer son argent à l'acquisition de quelques-unes de ces nombreuses charges que le besoin d'argent faisait créer au gouvernement. Certains seigneurs les achetaient en bloc, à bas prix, et les revendaient ensuite en détail avec bénéfice, à moins qu'ils ne préférassent se faire payer les gages attribués à ces fonctions fantaisistes, ce qui n'était pas une mauvaise spéculation. Le duc de Longueville était ainsi propriétaire des offices de regratiers du grenier à sel de Paris * . La veuve du maréchal d'Effiat

' Règlement du 30 juillet 1635.

^ Voyez Finances. La valeur monétaire et le pouvoir de C argent.

'^ FoNTENàv-MiHKUiL, Mémoires, p. 122, 269, 281.

♦ Plumitif, P. 2764, fol. 92. Le regrattier était le détaillant du sel.

ÉTAT SOCIAL ET FI^'AîiClER. 405

avait une douzaine d^ofBces dMntendants des deniers communs ' . Richelieu se disait payer une somme de cent cinquante-quatre mille sept cent quatre-ringt-deux livres, qu'il avait déboursées pour trente offices de vendeurs de coirs aux halles de Paris *.

Souvent, au lieu d'être achetés par les gentilshommes comme placement, ces offices leur sont donnés par le Roi à titre gracieux.

Pour combler les vides de leur caisse, les nobles vont avoir besoin des largesses du souverain. Le chef de TÉtat tiendra ainsi le premier corps de FÉtat par la bourse. Donations, pensions, gratifications en argent ou en nature, offices et gouvernements, c'est lui qui pourra tout donner, c'est de lui qu'on s'habituera à tout attendre. Malheur aux patriciens indociles, le monarque sera en mesure de leur couper les vivres, comme un père de famille mécontent peut le faire à un fils indiscipliné. Mais aussi les bienfaits sont variés, et revêtent toutes les formes, jusqu'aux plus bizarres. Le droit de tenture pur les funérailles des bourgeois en la ville de Paris appartient à Françoise de Souvré, veuve d'Arthur de Lusignan, seigneur de Lansac '. Le chancelier Séguier tire six ou huit écus en moyenne de chaque jeu de boule, qu'il autorise en vertu d'un privilège spécial. La duchesse d'Aiguillon avait le monopole des coches; madame de Cavoye, femme du capitaine des gardes de Richelieu, avait celui des chaises à porteurs *. Tous ces

• Un à Moolins, un à Châteaoroax, un à^oignj, un à Rozoy, et sept on huit autres. (Plumitif, P. 2762, fol. 106.)

^JbU., P. 2763, fol. 51.

-' Arrêt du conseil privé du 5 décembre 1634.

■* Edit de mai 1635. Mademoiselle de Sérignan, ▼euve d'un gentilhomme nommé la Croix, avait épousé M. de Cavoye, qui mourut sous le ministère du Cardinal. — Pour ces spéculations privilégiées, cf. aussi DncLOS, Mémoires secrets, p. 543.

monopoles étaient très-appréciés. C'était pourtant de véritables commerces, fort précaires, puisqu'ils dépendaient de la seule volonté du Roi. On s'étonne que les gentilshommes qui les exercent, et en tirent profit, ne se livrent pas à quelque libre entreprise industrielle, à quelque trafic indépendant de tout privilège ; mais c'était justement le privilège, et la faveur de la cour dont on le tenait, qui faisait l'honneur de ce commerce. Dès lors tout le monde désirait le faire, nul ne le trouvait au-dessous de soi. Ceux mêmes qui n'eussent point voulu L'exercer librement, en sollicitaient ardemment la concession. Un particulier haut placé imaginait un impôt nouveau, en faisait l'objet d'un petit avis au cabinet, et s'adressait à la générosité du Roi pour obtenir de le percevoir à son profit. « Madame la princesse ayant fait quelques dettes, et étant recherchée, trouve un petit avis de chose sans importance qui lui suffirait pour les acquitter '. ') Un gentilhomme de la chambre, une dame qualifiée, recevaient avec plaisir quelques brevets d'étaux de boucherie ou de rôtisserie, en blanc, à établir dans des quartiers fréquentés, comme aux abords des halles ou dans l'île du palais ^ La nourrice de Louis XIV en reçut deux au carrefour Saint-Paul à titre de gratification ^ . Le droit de chauffage et de pâturage dans les forêts royales était demandé par les grands seigneurs qui avaient des terres à proximité. Des chanceliers de France eux-mêmes le sollicitaient *. Gabriel de Rochechouart, marquis de Morte-

• Lettres et papiers d'Étal, t. VI, p. 869. — « Si madame la Princesse fait des dettes, répondit Richelieu, c'est à elle à les payer. Les petits avis qui se rencontrent peuvent faire un grand fonds au profit de l'Etat, «

2 Plumitif, P. 2762, fol. 57.

■' Conseil secret du Parlement, Archives nationales, X' a, 8387.

^ Plumitif, P. 2756, fol. 345. — Il est fait don à un secrétaire d'État, Phélipeaux de Pontchartrain, de « quinze pieds d'arbres chênes, à prendre en la forêt de Montfort, pour bâtir en sa maison de Pontchartrain » . (Ibid., P. 2757, fol. 91.)

mart, eut dix-sept arpents de terre près du Gours-la-Reine, hors la porte de la Conférence, c'est-à-dire un quart de nos Champs-Elysées actuels '. Sublet de Noyers, le secrétaire d'État à la guerre, fut gratifié de huit cent dix toises carrées (environ trois mille deux cent cinquante mètres) sur l'emplacement des anciens remparts, fossés et contrescarpes, près la porte Saint-Honoré, là où passe aujourd'hui la rue Royale *. Le duc de Nemours avait deux péages sur la Seine, l'un aux Andelys, l'autre à Vernon ^ Le cardinal de Guise recevait trois mille livres de pension « pour récompense du bac du port de Neuilly » dont il avait été privé *. Les pensions étaient, du reste, la grande ressource de la haute noblesse ; les courtisans appelaient bon temps le temps 011 elles étaient bien payées. La première chose que demande M. le prince, avant de se réconcilier avec la cour en 1623, c'est « d'être éclairci comment il sera payé de ses gratifications et pensions ' ». En 1613, le chapitre Pensions figurait au budget pour quatre millions six cent quatorze mille livres. S'il paraissait réduit à trois millions en 1640, c'est que les dépenses de ce genre étaient le plus souvent englobées dans les acquits au comptant, ces fonds secrets de l'ancien régime ". En six ans, de 1611 à 1617, neuf seigneurs reçurent à eux seuls près de quartoze millions de libéralités extraordinaires, sans compter leurs appointe-

1 En 1639. — Plumitif, P. 2763, fol. 14. — La chambre des comptes essaya de s'opposer à ce don.

2 Ibid. — A la charge de payer chaque année un écti d'or de cens (trois livres). — Charles de Lorme, trésorier de France à Bordeaux, reçut neuf cent toises carrées (trois mille neuf cent vingt mètres) hors du fossé de Paris, entre les portes Saint-Denis et Saint-Martin (sur l'emplacement du boulevard de Strasbourg), à la charge de payer par an six livres de cens.

3 Arrêt du conseil d'Etat, 21 août 1630.

1 En 1620. (Plumitif, P. 2757, fol. 373.)

5 l'iGUEnEU, Mémoires, t. I, p. 275.

û Voy. Finances. — Dépenses extraordinaires.

ments et les g^ages de leurs compagnies de gens d'armes '. La pension normale du prince de Gondé était de cent cinquante mille livres, du comte de Soissons cent vingt mille livres % des ducs de Beaufort et de Mercœur chacun quinze mille livres '. Mais ces pensions étaient peu de chose auprès des allocations spéciales que Ton ne ménageait pas aux personnes en faveur. En 1622, le duc de Vendôme et madame de Mercœur reçoivent cent cinquante mille livres pour payer leurs dettes; le duc de Nemours et le duc de Guise obtiennent pour le même motif, l'un quatre-vingtdix mille livres, l'autre cent mille livres. Joyeuse, Schom- Lerg et Bassompierre sont incrits chacun pour cent mille livres, « au lieu des domaines dont ils ont été dépossédés * > . Petits et grands avaient part aux largesses royales. Jean d'Armaignac, « l'un des premiers valets de chambre du Roy w , avait en pur don vingt mille livres, pendant que le duc de Rohan en avait cent mille. Les registres de la chambre des comptes accusent, pour l'année 1621, le chiffre de deux millions deux cent mille livres de dons vérifiés, c'est-à-dire avoués, sans parler de ceux qu'on négligeait de faire connaître, et qui ne laissaient pas de trace *. Quelques pensions, il faut le dire, tenaient

• Extrait du mémoire de Richelieu pour le comte de Schomberg, ambassadeur en Allem.i<;neeii 1617. Le prince de Condé reçut 3,66i),000 livres, le prince de Conti 1,400,000, le duc de Guise 1,700,030, le duc de Nevers 1,600,000, le duc de Longueville 1,200,000, le duc de Mayenne 2,000,000, le duc de Vendôme 600,000, le duc d'Épernon 700,000, le duc de Bouillon 1,000,000.

2 Richelieu, Mémoires, t. II, p. 290. — En 1609, Henri IV ne donnait à son cousin que 1 )0,000 livres par an. •■' Plumitif, P. 2762, fol. 334.

* Archives nationales. Comptes de l'Épargne, KK. 202 (non paginé). — Le duc et la duchesse d'Elbeuf reçoivent 100,000 livres à l'occasion de leur mariage en 1620; mademoiselle de Loménie en reçoit 10,000 pour le iii'me objet.

6 Plumitif, P. 2757, passim. — En voici le détail : « Au sieur de Bas-

lieu de gages ou de supplément de gages, pour des fonctionnaire» importants, dont les appointements réguliers n'étaient pas en rapport avec leur emploi : conseillers d'État, maréchaux de camp, cheTaliers de lOrdre '. Dautres élaient attachées par l'usage à certaines charges civiles et militaires , et indemnisaient les titulaires du prix exorbitant qu'il leur fallait mettre à les acquérir.

Les offices de cour, d'épée, de robe, attiraient, en vérité, la meilleure partie du capital noble. Une charge de premier gentilhomme était estimée deux cent soixante-dix mille francs '. Richelieu vendit à Tévéque d'Alep la grande aumônerie de la Reine trente mille livres '. En 1661, Colbert vendait cinq cent mille francs (pins vingt mille francs de pot-de-vin à madame Colbert) la charge de

sompierre (en deux fois), 424,000 livres ; sieur de Guerclieville et de Lianconrt, son fils, 36,000; duc de Ne vers (en deux fois), 46,000; marquis deVillars, 60,000; Arnaud, colonel général des carabins, 51,000; sieur de Boneuil, conducteur des princes étrangers et ambassadeurs, 30,000; prince de Coudé, 200,000 ; princesse de Conti, 146,000 ; duc de Bellegarde, grand écuyer, 36,000; à la Reine mère, 16),0K); au sieur de la Motte-Gondrin (VIontespan), 80,000; Antoinette de Lomènie, dame de la Cbâtaigneraye, l.'>,000 ; aux dames et demoiselles de Luxembourg, 50,000 ; au sieur d'Andelot, 60,000; Ch. de Loménie, secrétaire du cabinet, 9,000 ; duc de Chevreuse, 12,000; duc de Luxembourg, 100,000. duc de Mayenne, 26,000; duc d'Épernon, 180,000; comte de Rochefort, 50,000; an sieur Desplan, cajiiuiae du château de Morlaix, 30,000; duc de Montmorency, 170,000 ; sieur de Pom|>adour, 24,000 ; madame Lescalopier, 20,000 ; marquis de Mirabeau, 8,000; duc de Vendôme, 50,000; maréchal de Prasiin, 20,000 ; Gédéon de Vie. 18,000; Angélique de Courtenay, 12,000; comte du Lude, 45,t'00; sieur de la Ville-aux-Clercs, 36,000. »

> Les premiers, deux mille; les autres, trois mille livres. (Voy. Dépenses oïdinaires, aux Finances.)

- Bhieskb, Mémoires, p. 27. — On désirait « en limiter le prix • à deux cent quarante mille livres en 16^2; elle ne valait que cinquante mille écus en 1609. (Lettres et papiers d'Etat, t. VII, p. 93.)

•* Ibid., t. VII, p. 530. — En 1623. — Plusieurs compétiteurs proposent à Barbin de lui acheter cent mille livres sa charge de surintendant de la maison de la Heine, en 1617. ( Postchabtkaih, Jfemoù-ei, p. 474.) Elle valait quatre mille livres de gages.

secrétaire des commandements de la Reine '. Choisy paya cent mille écus pour devenir chancelier du duc d'Orléans ". Le marquis de Gœuvres tira cent mille livres de récompense de la charge de maître de la garde-rohe de Monsieur ^ La Porte achète cent mille livres la charge d'un des premiers valets de chambre du Roi. Madame de Chalais, en achetant à son fils l'emploi de maître de la garderobe, « avait engagé la meilleure partie de son bien, et il ne lui en restait quasi pas pour vivre * ) . Cette charge ne valait pas moins de trois cent mille livres, prix que le marquis de Rambouillet fit payer au comte de la Châtre. Ce dernier acquit plus taid celle de colonel général des Suisses, et dit « que la ruine de sa femme et de ses trois enfants était inévitable, si par sa mort sa charge se perdait sans récompense ' » . Bassompierre, qui en avait été longtemps propriétaire, en avait refusé plusieurs fois six cent mille francs ''. L'emploi de général des galères fut vendu par le duc de Richelieu, petit-neveu du Cardinal,

' Abbé de Choisy, Mémoires, p. 579. — Richelieu (1636) désire que la charge de greffier de l'Ordre ne dépasse pas vingt-cinq mille écus, et ne monte pas à des prix démesurés. (Lettres et papiers d' État, t. V, p. 632.)

2 Ibid. — Choisy était fils d'un partisan nommé Jean de Choisy, dont le marquis d'O, surintendant, avait fait la fortune, « l'employant dans les plus grandes affaires, sans que son nom parût jamais dans aucun traité » . Il fut déchargé par la chambre de justice, en 1624. Choisy, que Bassompierre appelle Choisy de Caen, était admis au grand jeu de Henri IV, avec les seigneurs les plus qualifiés de la cour. Son fils fut intendant de l'armée d'Allemagne (1639). Ses petits-fils furent l'abbé de Choisy, auteur «^es Mémoires, et le sieur de Caumartin, conseiller d'État.

" Celle de contrôleur général de la maison de ce prince valait soixante mille livres; celle de secrétaire de ses commandements, cent trente-cinq mille livres. (Duc d'Orléans, Mémoires, p. 564 et suiv.)

• Fontenw-Mareuil, Mémoires, p. 183.

^ La Châtre, Mémoires, t^. 272. — Edme de la Châtre, fils de Henri, maréchal de camp, bailli et capitaine du château de Gien, et de Marie de la Guesle, fille du procureur général au parlement de Paris. Il succède à Coislin comme colonel des Suisses. Il était neveu de Louis de la Châtre, maréchal de France (1616), mort en 1630.

^ Bassompierre, Mémoires, p. 125 et 329. Il en demanda 650,000, et

sept cent mille livres '. Les régiments atteignaient déjà un prix élevé. Celui de Picardie fut vendu soixante-neuf mille livres par Zamet au seigneur de Liancourt ". Une compagnie du régiment de Piémont se négociait à douze mille livres; une charge de major au même régiment, quinze mille livres; dans les gardes, la valeur des mêmes grades était de plus du double ' .

Les offices de judicature, les emplois administratifs depuis les plus vils jusqu'aux plus illustres, étaient des biens transmissibles à l'égal d'une pièce de terre ou d'un titre de rente. Le Coigneux reçut une charge de président à mortier au Parlement de Paris, que beaucoup estimaient cinq cent mille livres *. Dans la première période du règne

finit par la céder contre son gré à M. de Coblm pour 400,000 livres. Le Roi remboursa à M. de Yitry 200,000 livres son emploi de capitaine des gardes. — FojrrE5AY-MARECiL, Mémoires y^p. 122. — Le marqois de Brézé paya 90,000 livres celui de capitaine des gardes du corps chez la Reine. Celui de colonel général de la cavalerie légère ne montait pas, en 1609, à plus de 150,000 livres, mais il tripla en cinquante ans. (Bassompiemie, Mémoires, p. 54.)

' Choist, Mémoires, p. 585.

- PosTis, Mémoires, p. 490. (En 1622.)

•^ Une enseigne s'y vendait de 10,000 à 20,000 livres, une lientenance 24,000 livi-es. (Abbé AasACLD, Mémoires, p. 487. — Postis, p. 584.) Ce dernier paya 30,000 écus le commissariat général des Suisses. Les grades ne s'achetaient pas tous. Ceux de lieutenant-colonel, de sergent de bataille, de maréchal de camp et de maréchal de France ne se vendaient pas, parce qu'ils ne conféraient pas la propriété dtunt troupe. Ce qu'on achetait, ce n'était donc pas le grade de capitaine ou celui de mestre de camp, mais la compagnie et le régiment dont le cheF avait droit à ces titres. De même pour la noblesse, on n'achetait pas le titre de marquis, mais un marquisat. (Dec D'OiasAXS, Mémoires, t. V, p. 81. — Tallemast. — Bassoxpieub, p. 321. — Lettres et papiers SÉÀtU, t. IV, p. 154.)

^ Jacques Le Coigneux (on prononçait Le Cogneux), fils d'Ant. Le Coigneux de Lierville, maître des comptes,- fut d'abord abbé de Saint-Eusèbe à Orléans, devint président à la chambre des comptes et chancelier de Gaston ; joua un rôle dans toutes ses intrigues. Se réconcilia sur la promesse d'un chapeau de cardinal, que le Roi demanda pour lui à Rome, ce qui fit dire : « Voilà une jolie tête pour remplir un bonnet de cardinal. » Il fut en même temps créé président au mortier (1630). Il épousa plus

de Louis XIV, le même office se vendit près de deux millions; à la même époque, Fouquet cédait pour un million cinq cent mille livres- sa charge de procureur général, et Colbert offrait sept cent mille livres de celle de président des comptes ', L'office de secrétaire d'État allait Jusqu'à cinq cent mille livres, chiffre payé par M. d'Ocquerre. A sa mort, le vieux Blancmesnil, son père, demanda au cardinal la conservation de sa charge, « qui était la seule fortune de sa famille, afin que par ce moyen la veuve et sept petits enfants puissent éviter leur totale ruine ^ ). .

Ces placements d'argent en acquisition de charges avaient de quoi tenter; ils rapportaient de gros intérêts, ils illustraient la famille ; honneur et profit, — sans parler des perspectives qu'ils ouvraient à l'ambition. Mais aussi rien n'était plus précaire que ce genre de valeurs, qui éprouvaient, sous des influences multiples, de brusques mouvements de hausse et de baisse, dont l'intérêt, représenté par des appointements variables, était sans cesse en danger, que la disgrâce ou la mort du possesseur pouvait souvent anéantir. Beaucoup de ces charges étaient viagères ; plusieurs, comme celles des secrétaires d'État, n'étaient en réalité que de simples commissions; la vénalité aurait dû

tard Geneviève de Montholon. — Tallemantet Riclielieu l'accusent d'avoir fait assassiner la Hlle d'un sergent qu'il avait épousée secrètement. Sa fille épousa le baron de Semur; son fils, le marquis de Morfontaine (dit le président de Thoré), épousa mademoiselle Cerizier, fille d'un maître des comptes. Son autre fils fut le célèbre fiachaumont, connu pour son voyage avec Chapelle.

1 Choisy, Mémoires, p. 579, 585, 586. — Le contrôle général des finances valait 100,000 livres. (Arnauld d'Andilly, Mémoires, p. 437. — PosTCHARTnAiN, Mémoires, Tp. 471.)

2 Lettres et papiers d État, t.- III, p. 64. — Nicolas Potier, sieur d'Ocquerre, fils de Potier de Blancménil, fut père du célèbre Potier, sieur de Blancménil comme son grand-père, qui, avec liroussel, donna le signal de la Fronde. — Conseiller d'État, président de la chambre des comptes, 1614; secrétaire d'Etat, 1624, par la démission de son oncle, mourut en 1628. — Bichelieu prétend qu'il trempa dans la conspiration de Chalais.

en être exempte, et ne s'y était introduite que par corruption. Celui qui les avait acquises à prix d'or courait le risque d'en être très-justement dépouillé sans compensation, et de perdre ainsi sans retour les sommes immenses qu'il y avait englouties.

D'autres fonctions avaient les mêmes inconvénients : les gouvernements de provinces, de villes et de citadelles étaient aussi devenus de véritables propriétés. L'Etat permettait aux titulaires de les vendre, et indemnisait pécuniairement ceux qu'il révoquait. C'est ce qu'on nommait être récompensé, tirer récompense de sa charge.

Henri III fut «le premier Roi avec qui les gouverneurs de places capitulèrent, — deniandèrent de l'argent pour en sortir, — de celles même qui lui avaient toujours été fidèles ' » . Depuis lors, malgré les réclamations très-vives du tiers état % les gouvernements se résignèrent et s'achetèrent comme des offices ordinaires. Le duc d'Épernon eut cent cinquante mille livres de son gouvernement de Boulogne quand il fut contraint de s'en démettre ^, Sully eut trois cent mille livres de la capitainerie de la Bastille *. Le gouvernement du Havre fut vendu au Cardinal, par le duc de Yillars, trois cent quarante-cinq mille livres, et le petit-neveu du Cardinal le revendit plus tard cent mille écus '\ M. de Blérancourt acheta le gouvernement de

' HuRAUT, Excellent el libre discours (en 1588), p. 34.

^ Rapine, États généraux de 1614, p. 278.

* Le sieiir de Boësse en reçut autant pour la ville de Bourg. (PostcuARTRAiN, Mémoires, p. 311,317. — Fontenay-Marecil, Mémoires, p. 42.) — Autant le marquis d'Aubeterre pour sa démission du gouvernement de Blaye, et de plus la dignité de maréchal de France. (Bassompierre, Mémoires,^. 144. — Richeliec, Mémoires, 1. 1, p. 230.) — Pareille somme fut donnée à Toiras, quand on lui enleva la citadelle de Saint-Martin de Ré. (Richelieu, Mémoires, t. I, p. 553.)

^ Choisy, Mémoires, p. 585.

Péronne, et M. de la Curée vendit cent mille livres celui de Chinon '. ï.e cardinal de Lyon reçoit cent mille livres pour l'indemniser du château de Pierre-Encize. Le sieur de Ligny-Baricourt se fait donner une maison, halle, fours banaux, et divers terrains dans la ville de Yillefranche-sur-Meuse, dont il était gouverneur, pour le dédommager de ce que les fortifications en avaient été démolies. On n'eût pas agi autrement si la ville eût été son bien particulier -. Ces charges avaient ainsi un caractère héréditaire, le fils obtenait de droit ce qu'avait eu le père; à défaut de fils, le neveu, le frère, le cousin. Il semblait que ce ne fût que justice de leur conserver cet emploi, « qui était dans la famille >' ; c'eût été pour eux une disgrâce qu'il fût donné à d'autres '\ Des femmes étaient ainsi gouverneurs de ville par survivance. Madame Zamet avait conservé la capitainerie de la Conciergerie '. En 1617, Richelieu accorde à une madame de la Boulaye augmentation de cinquante hommes d'armes de garnison à Fontenay-le-Comte, où elle commande pour le Roi ^.

Les gouvernements, les lieutenances générales de province étaient l'objet de semblables marchés. Le duc de Ghaulnes donne cinquante mille écus à M. le Prince pour

1 Foktenay-Mareuil, Mémoires, p. 105, 112. — Bernard Potier, sieur de Blérancourt, maréchal de camp, lieutenant général de la cavalerie légère (1625), cadet de M. de Tresmes, trempa dans le complot de Montrésor, et mourut en 1662, à Rome. Il avait épousé, en 1600, Charlotte de Vieuxpont, dame d'Annebault, qui n'avait que neuf ans.

Gilbert Filhet, seigneur de la Curée et de la Roche-Turpin, conseiller d'État, maréchal de camp, mort en 1633, à soixante-dix-huit ans.

2 Plumitif, P. 2762, fol. 60. — On songea à récompenser la ville de Concarneau à son gouverneur M. de Lizonnet, alors même que celui-ci était poursuivi criminellement devant le Parlement. (Pontchartrain, p. 408.)

'^ Il en était ainsi même pour les abbayes et les évêchés. * Arnaud d'Asdilly, Mémoires, p. ^52.

s Lettres et papiers d'État, t. I, p. A 34.

avoir de lui le gouvernement de Picardie '. Le baron de la Châtre, pour récompense du Berry donné à Condé, eut soixante mille écus et le bâton de maréchal *. Pour avoir l'Anjou, où commandait le maréchal de Bois-Dauphin, il fallut lui donner cent mille écus *. Dans ces conditions, on ne peut s'empêcher de sourire, si on lit dans les faits divers de la gazette que Louis XIII donna gratis une lieutenance du Roi en Bresse, en disant cette généreuse parole de l'Empereur Alexandre Sévère : « Je ne souffrirai point que mes gouvernements entrent en commerce *. »

Si les gouvernements se vendaient si chers, c'est que leurs titulaires v trouvaient, indépendamment des gûges, l'occasion de nombreux bénéfices*. Richelieu rapporte que le gouvernement de l'ile de Ré valait à Toiras 2<X),000 firancs (par an) ; « car il prenait un écu de tous les tonneaux de vin qui se vendaient en l'île, et autant de chaque muid de sel; et dès que la récolte des grains était faite en Ré, il les achetait de tous ceux qui voulaient vendre, les gardait six mois, jusques au temps que la cherté vînt, puis les vendait bien cher, les avant payés à bon prix' s . En faisant la part de

= RicHELicr, t. I, p. 253.

D'Albert, dnc de Chaalnes, frère cadet de Lnynes, s'appelait Cadenet, et grâce à la faveur de son frère, époasa la fille du vidame d'Amiens, héritière de Pecquigny, qui avait été refusée au duc de Fronsac, et que l'on destinait au comte de Canaples. Maréchal 1619, dnc 1621, mort 1649.

- D'EsTBÉES, Mémoires, p. 411. — On conféra la même dignité à Saint- Luc, accompagnée « de beaucoup d'ajigent », pour qu'il rendit le gouvernement de Brouage. (Fostesat-Mareuil, Mémoires, p. 155.)

Timoléon d'Espinay Saint-Luc, 1580-1644. D'une bonne famille de Normandie, lieutenant général de Guyenne 1628, maréchal de France, vice-amiral de la flotte, épousa Marie-Gabrielle de laGuiche Saint-Géran, veuve du baron de Chazeron. Il écrivait en vers et en prose, et jouait du luth. Son fils, le comte d'Estelan, ■ se fit d'Église > .

-' Fo5TES4T-MAREriL, Mémoires, p. 139.

* Gazette du 29 août 1631.

•■ Nous y reviendrons dans l'Administration provinciale.

t Mémoires, t. I, p. 558.

l'exagération que le Cardinal met toujours dans le récit des fautes commises par ses adversaires, il demeure constant que les gouverneurs ne dédaignaient pas les occasions de lucre illégal qui s'offraient à eux. Leurs appointements réguliers étaient déjà fort raisonnables; Vauban, qui en parle pertinemment, dit que les états-majors de 290 gouvernements de place montent à 3,050,000 livres '.

Ainsi la fortune nobiliaire se décomposait de la manière suivante : en capital, des biens fonciers, solides et d'une grande valeur, mais moralement inaliénables ; des biens mobiliers (aisément cessibles, mais peu assurés) ; en intérêt, des rentes patrimoniales peu élevées, avec des rentes viagères (pensions et gages) fort avantageuses, mais qui occasionnaient autant de dépenses qu'elles procuraient de revenu. Tout cela ne donnait pas aux gentilshommes beaucoup d'argent comptant. On le voit aux modestes dots que les plus riches assurent à leurs filles. Le maréchal de Thémines donne 50,000 livres à la sienne lors de son mariage avec J. de Gontaut, baron de Cabrerez*. Le maréchal de Châtillon mariant sa fille au comte d'Hadington ne lui donnait que 100,000 livre> '. Quand le chancelier Séguier gratifia madame de Coislin d'une dot de 100,000 écus, on en parla comme d'un fait extraordinaire *.

Dans les grandes fortunes de l'époque, le produit des terres

' Oisivetés, section Vf. Les gages simples n'étaient que de six mille livres, mais il y avait des suppléments nombreux.

^ Arrêt du Parlement, 19 juillet 1642. — Voyez aussi Pouvoir de ' i'arffent et plus haut Mariayes et Mœurs. — Pons de Lauzières, marquis de Thémines. Fut fait maréchal en 1616, pour avoir arrêté le prince de Condé. Reçut pour cette même action plus de cent mille écus et la charge de capitaine des gardes pour son fils -]- 1627. Il avait épousé Marie de La Noue, fille de La Noue-Bras-de-Fer (veuve du comte de Chambray) et de Joachim de Bellengreville, grand prévôt de l'hôtel.

^ Tallemant, t. V, p. 210. (De la maison d'Hamilton.)

4 Guy- Patin, Lettres, t. I, p. 26 (édit. Réveille-Par). Cf. Lettres et papiers d'État, t. III, p. 127. — Bassompierre, p. 53, 88. — Richeliei',

ue constitue pas la moitié du revenu, souvent même il n'en forme pas le quart ou le cinquième. Le reste vientdescharpes, des dons, des bénéfices ecclésiastiques, de tout ce que l'Etat paye sous divers titres aux personnages d'un certain rang. Monsieur, qui avait plus d'un million à dépenser par an, ne tirait pas la dixième partie de de cette somme de ses biensfonds '. Le maréchal d'Ancre avait 7,100,000 francs de fortune, dont un million seulement d'imnieubles '. Le duc d'Épernon, qui jouissait d'un revenu de 343,000 livres environ, n'en tirait pas la moitié de vingt-trois terres titrées dont il était propriétaire, parmi lesquelles figurent deux duchés, une principauté, trois comtés et trois baronnies de premier ordre. Le reste provenait de ses gages de colonel général de l'infanterie (64,000 livres environ), de ses rentes, de ses pensions, de ses gouvernements^'.

t. III, p. 302; t. II, p. 474. — La seconde duchesse d'Orléans eut 1,400,000 francs barrois de dot.

1 Dec d'Oklkans, Mémoires, p. 570. 100,000 livres en terres, 560,000 de pension sur l'Epargne, 100,000 de pension viagère sur la recette d'Orléans, 140,000 de parties casuelles de ses duchés, 150,000 pour les passes de sa maison : total, 1,050,000 livres.

- Il détaillait ainsi sa fortune en 1617 : 1,000,000 de livres du mar- (|uisat d'Ancre, Lesigny, sa maison du fanbourg Saint-Germain et celle du Louvre; 900,000 à Florence, 600,000 à Kome; 1,000,000 en meubles, argent comptant et pierreries; 1,000,000 de charges, sans celle de gouverneur de Normandie, ni son office de maréchal ; 1,800,000 sur Feydeau, fermier des gabelle.-*; 800,000 d'autres affaires. — Il était venu en France sans un sou vaillant. (Bassompierre, p. 122 Cf. aussi Fostesay-Mareuil,

p. 43, et POHTCHARTBAIN, p. 301.)

3 Mss. Godefroy, CXXX, fol. 2. — « État de ce que peut monter le revenu de M. le duc d'Épernon (vers 1640) : Duché d'Epernon, duché de la Valette, principauté du Captai de Buch, 4,000livres; terre de L'Esparre, 15,000 livres; baronnies de Castelnau, de Castillon, comtés de Foix, de Loches, de Caumont, etc., 157,800 livres; greffes et rentes sur le Roi (hôtel de ville de Paris, recette générale de Rouen), 27,500 livres; charge de colonel général, 19,600; six deniers pour livre de trente compagnies, 20,000 livres; droit Kxe remplaçant le cinquième denier sur toute l'infanterie française, 24,000 livres ;pension,comraeofficier de la couronne, 10,000 livres; comme chevalier du Saint-Esprit, 3,0001ivres; comme conseiller d'État, 2,000 livres I- 21

La fortune personnelle de Richelieu fournit un exemple de cette proportion ; le revenu foncier n'y entre que pour un chiffre insignifiant, auprès des autres branches de recettes. Elle offi'e aussi le type de la colossale richesse à laquelle pouvait parvenir par la faveur royale un simple particulier. Le Cardinal se défend beaucoup dans ses Mémoires d'avoir reçu des preuves monnayéesde la munificence de Louis XIII : « On n'eu trouverait pas, dit-il, la moindre trace à la chambre des comptes' » . Or, quand il fut relégué à Avignon, après la chute du maréchal d'Ancre eu 1617, Tévèque de Luçon était si peu à son aise qu'il emprunta «trois ou quatre mille écus ' » . Cependant lui-même nous apprend en 1629 « qu'il a entretenu depuis deux ans trente gardes à ses dépens..., que depuis qu'il est aux affaires il dépense quatre fois autant qu'avant..., qu'il n'y a personne dans le conseil qui ne tire trois fois plus d'appointements que lui... » On se demande alors comment il peut suffire à semblable dépense, puisqu'en «entrant au service du Roi, il n'avait que 25,000 livres de rente en bénéfices, et que par la mort de son frère, il lui en était resté autant seulement, en fonds de terre ' » . A vrai dire, l'année qui précède son ministère, nous le voyons acheter 400,000 livres le château de Limours, qu'il revendit plus lard avec profit au duc d'Orléans*. Mais depuis son

pension de gouverneur, 12,000 livres; ses gouvernements, 46,000 livres; gratitications du fermier des gabelles, 10,000 livres; chauffage, sel, vin, 4,000 livres; parties inopinées, 13,300 livres. »

' MemoireSy t. 1, p. 180. H a raison en ce qui concerne la chambre des comptes. Nous avons dépouillé ces registres, le ministre y figure rarement.

2 A un pauvre homme nommé Mulot, qu'il fit plus tard chanoine de la Sainte-Chapelle. (Tallemant, t. 11, p. 198. ^

* RicuEUEU, Mémoires, t. I, p. 585.

* 300,00J livres de plus pour les meubleset lesdépensesqu'ilyavaitfaites. M Le Cardinal était fort dégoûté de celte maison, la trouvant aussi déplaisante que malsaine pour sa situation. » (Dccd Orléans, AJémoires, p. 574.) On l'y voit pourtant aller prendie les eaux en 1626. Il l'avait achetée du chancelier Louis Hnraut, en 1623; il lui fut fait remise des droits sei-

ETAT SOCIAL ET FIÎN' AiNCl EH. 419

entrée en fonction, il n'y eut pas d'années où il ne fit quelque acquisition nouvelle, malgré les dépenses que son train de vie lui imposait chaque jour ' ; de sorte qu'à sa mort il laissait en terres 200,000 livres de rente. Total assez mesquin d'ailleurs, si l'on songe qu'il jouissait d'un budget personnel de près de trois millions de livres par an, qui correspondent à dix-huit millions de francs aujourd'hui — la liste civile d'un grand souverain.

Mais ce budget prenait fin avec sa vie, Richelieu n'était pas thésauriseur comme son successeur Mazarin, qui laissa, dit-on, soixante millions. Après avoir fait bâtir le Palais- Cardinal, où il engloutit des sommes folles, il en fit cadeau au Roi, « à la condition qu'il ne servirait qiie pour le logement de Sa Majesté, quand elle l'aurait agréable, ou pour celui de l'héritier de la couronne * » . Il dota sa nièce Clémence de Maillé, mariée au duc d'Enghien, d'environ 600,000 livres, «moyennant quoi elle renonça à tout son héritage S) . Et par le fait, cet héritage, pour lequel madame d'Aiguillon « offrait à M. le prince de composer moyennant

gneuriaux. (Plumitif, P. 275T, fol. 435.) Limours, bâti par François !«' pour la duchesse d'Etampes, avait été plus tard habité par Diane de Poitiers. En 1623, Richelieu acheta aussi Montlhéry 24,850 livres. (.VIss. Godefroy, CXXXIII, fol. 129.)

' En 1624, la Tour-au-Maine, (Plumitif, P. 2758, fol. 115.) En 1628, la baronnie de Mirebeau au duc de Hoannez. (Ihid., P. 2759, fol. 3l8.) En 1633, le comté de La Chapelle en Beloin, puis la terre de Pontoise (par enlacement), 8883 écus à Ch. de Neuville, sieur d'Alincour. (MssGodefroy, CXXXIII, fol. 244. )L'Isle Bouchard qu'il payal(IO,OOl)écus à M. de la Trémouille (Tallemast, t. II, p. 177), et le comté de Beaufort, qui avait jadis été donné au duc d'Anjou (en 1^61).

- Ila|iit de même pour sa « chapelle de diamants », consistant en huit pièces d'orfèvrerie de la plus haute valeur, couvertes de pierres précieuses, et pour un « grand buffet d'arfjent ciselé » qui ne valait pas moins de quatre-vingt mille livres au poids du métal. (Mss. Godefroy, GXXXII, fol. 57.) Voy. à l'Appendice. — La Gazette du 2 avril 1633 estime cette chapelle trente mille livres.

a LeHres et papiers d'Etat, t. VI, p. 751. — 300,000 en argent, et quatre terres valant ensemble 300,000 livres.

1,200,000 livres» , n'était pas si considérable que l'opiniQn se le figura après la mort du premier ministre '. Les chariots pleins d'argent, et les sacs pleins d'or que le gouvernement àe la Régente s'imagina trouver en 1643 dans sa demeure, tiennent un peu de la légende".

La grande ressource du Cardinal furent ces bénéfices ecclésiastiques, prieurés, doyennés, abbayes innombrables dont il porta les titres, s'abstint de faire les fonctions, mais ne manqua pas de toucher les revenus '= Plusieurs de ces monastères étaient chefs-d'ordre — par eux le Cardinal se trouvait placé à la tète de congrégations nombreuses et puissantes, — beaucoup étaient unis à des bénéfices secondaires, mais lucratifs ; si bien que les 25,000 livres de rente ecclésiastique, possédées en 1G24 par Richelieu, étaient devenues, en 1640, 500,000 écus ''. Il y. joignit 150,000 écus de biens particuliers, 100,000 écus de pensions, autant du gouvernement de Bretagne, et autant de divers autres chapitres ^

' Guy-Patin, qui rapporte cette offre (le 8 mars 1644), ajoute que M. le Prince « ne Toulut pas boire à .si petit gué » .

'"2 Mss. Godefroy, CXXX, fol. 384. — Voy. à l'Appendice.

3 En 1617, il était prieur de Goursay, près de Mirabeau, où il ne parut qu'une fois en sa vie. (Mémoires, t. I, p, 172.) — En 1618, il y joignit l'abbaye de Redon, par la mort d'Arthur d'Epinay Saint-Luc. Il ne prêta serment qu'en 1622. En 1623, il prit possession de l'abbaye de Pontleyoy. Il la résigna en faveur de Pierre de Bérulle, neveu du Cardinal, en 1629. (Lettres etpapiers d'État, t. I, p. 751.) En 1627, il eut celle de Ham, en 1629 celle de Vauleroy (près de Heims); en 1630 nous le voyons aussi abbé de Cluny, Marmoutier, Saint-Benoît et La Chaise-Dieu, puis plus tard de Saint-Lucien, de Ricquier, et de Saint- Arnoul de Metz.

^' Cf. Lettres et papiers d'État, t. II, p. 626; t. VI, p. 615. Il avait ainsi, de ce seul chef, un cinquième de plus de revenu que le prince d'Orange, l'un des plus riches d'Europe, qui jouissait de 1,200,000 livres de rente. (Tallemant, t. II, p. 133.)

* Relazioni deiambasciatoriveneti. — Francia, t. II, p. 355. Correr en 1641. Les Mss. Godefroy (CXXX) donnent un état des terres appartenant à Mgr le cardinal de Hichelieu montant à 175,858 livres, qui comprend le duché de Richelieu, 1,100 livres (et avec les terres du Chilloul, Châteauneuf, Mousson, Beauregard, La Chapelle, Bellouin, Mirebeau, etc., 16,058 livres); le duché de Fronsac, 28,500 livres (avec le Barail du Bec); la

Fortune immense, qui provoque Tétonnement, mais éphémère et dépendante. Les plus gros budgets de ce temps ont tous ce caractère. Le gentilhomme peut encore devenir riche en jouant un rôle politique par la volonté du Roi, il n'est plus assez riche par lui-même, pour exercer ce rôle grâce à sa fortune. L'opulence est pour lui une conséquence du pouvoir, ce n'est plus la cause du pouvoir. La fortune privée de l'aristocratie est désormais trop mince pour constituer encore une puissance sociale.

principauté de Morta{;ne, 9,000; le comté de Cosnac, 7,500; baronni» de Barbezieux, 13,200 livres; Rueil,9,ô00; marquisat de Graville, 9,000; comté de Beaufort, 12,056 livres, etc. Cet état ne comprend pas la ferme des poids en Normandie, dont Ricbelieu parle dans son testament, rapportant 50,000 livres, et d'autres rentes, notamment 60,000 livres sur les cinq grosses fermes. Il se rapporte ainsi au chiffre de Cou «t.

I,A PrtÉSÉAXCE.

Il nous a paru intéressant de dresser ici, pour le règne de Louis XIII, un ordre de préséance individuelle, allant du Roi au plus modeste fonctionnaire de village. Nous ne pouvions préfendre offrir au lecteur une liste coaiplète des personnages ayant rang dans l'État; nous avons seulement cherché à faire passer sous ses yeux un assez grand nombre de titres et de situations diverses, pour qu'il puisse se rendre un compte exact de la place respective des corps et des gens à cette époque.

Ces recherches d'éiiquette ne sont pas inutiles. La préséance elle cérémonial tiennent naturellement une grande place dans un pays aristocratique. Le Roi d'Espagne reprochant à un de ses ambassadeurs d'avoir négligé une affiiire importante pour une cérémonie, celui-ci répondait avec quelque finesse: «Comment, pour une cérémonie! Mais Voire Majesté elle-même n'est qu'une cérémonie! » « Les Anglais, dit Richelieu, mettent toute leur grandeur en cérémonies qu'ils pratiquent avec mûre délibération résolue en leur conseil'. i> Chez eux la préséance n'est pas réglée par des arrangements de société, elle ne résulte pas de l'usurpation d'une classe sur l'autre; elle est, au contraire, partie intégrante delà constitution nationale, «résidant, comme dit le Peerage, dans les actes du Parlement, dans les décisions

' Mémoire.^, t. H, p. SV.

424 Al'PEINDJCE

solennelles des cours de justice, dans les règlements publics fails parla Couronne ». Tl en élait de même en France, au dixseptième siècle, bien que la hiérarchie officielle ait toujours été moins bien établie chez nous que chez les nations voisines'. Les lacunes, quand il en existait, dans le règlement des droits respeclifs de quelques corporaiions, provoquaient, d'ailleurs, des contestations très-vives, sans parler des incidents plus graves, auxquels plus d'une fois elles donnèrent lieu'.

Celui qui était supérieur à l'autre prenait en toute rencontre le pas sur lui; fallait-il s'asseoir, l'inférieur donnait la main au supérieur, c'est-à dire qu'il le plaçait à sa droite; chacun avait ainsi à sa droite tous ceux qui étaient plus que lui, à sa gauche tous ceux qui étaient moins que lui. Dans les relations quotidiennes, cet usage était rigoureusement observé. Richelieu ne donnait chez lui la main à personne, pas même aux princes : le prince de Piémoni, depuis duc de Savoie, reçu chez le Cardinal, passait derrière lui'. Même étiquette dans la rue; chaque carrosse devait s'arrêter devant le carrosse d'un personnage plus considérable; le cocher qui avait le pas criait à son camarade : Arrête, cocher, et l'on voit cette marque de déférence tenir grande place dans la vie mondaine jusqu'à la Révolution.

L'ordre de préséance n'a jamais été codifié sous l'ancien régime; il n'y existe rien d'analogue à ce que fit en ce siècle le premier Consul, par son décret du 24 messidor an XII, qui règle encore aujourd'hui la prééminence entre les corps constitués. L'usage seul faisait loi. Quand une dispute s'élevait, les parties portaient leur querelle devant le Conseil d'État, le Parlement ou le Grand Conseil, qui la terminait par un arrêt portant jurisprudence pour l'avenir. Les décisions de ce genre

' Cf. Fostehay-Mareuil, p. 223.

* Voyez plus loin le récit de la scène qui interrompit la célébration du vœu de Louis XIII, en 1638. — Quelques années auparavant, les ambassadeurs d'Espagne et de Venise se. querellèrent tellement dans une rencontre officielle, — u l'Espagnol ne voulant point rendre VExcellence au Vénitien qui l'en avait traité, qu'ils en vinrent des injures aux coups, et n'eussent point cessé, si on ne les eût point séparés ». (Fostenay- Mareuil, p. 15.)

' Ce qui faisait dire à son oncle, le grand prieur de la Porte : « Qui eût cru que !« petit-fils de l'avocat la Porte eût passé devant le petitfils dé Charles-Quint? » (Tallemant, t. II, p. 171.)

sont innombrables, et nous ont aidé à composer la liste qui suit. Nous avons eu aussi pour nous guider les nombreux Mémoires du temps, les récits officiels de grandes cérémonies publiques, tels que lits de justice, mariages princiers, réunions de conseils, etc. — On sait qu'en ce lemps-là il n'était encore publié ni Etat de la France, ni Almanach de la Cour. — Enfin, à défaut d'autres documenis, nous avons relevé le cursus honorum (selon l'expression romaine) d'un grand nombre de personnages. En les voyant gravir les échelons successifs de la hiérarchie civile ou militaire, nons constations les emplois jugés alors supérieurs les uns aux autres.

Cet ordre de préséance est donc aussi exact que possible, il n'est toutefois pas universel. Il y avait une préséance spéciale à la cour, une autre au Parlement, une autre au conseil, une autre à l'armée. En temps de paix, les ducs et pairs ont le pas sur les maréchaux de France; c'est le contraire en temps de guerre '. On voit au conseil royal le grand maître de la garderobe, le capitaine des gardes, le premier gentilhomme de la chambre, se tenir debout, pendant que des conseillers au Parlement sont assis; cependant, les premiers étaient en temps ordinaire supérieurs aux seconds. Quand le Parlement marchait en corps, son premier président avait le pas sur les princes du sang, tandis qu'isolé, il passait après tous les ducs-.

Il est des cas où l'on voit rendre à certaines personnes, pour des motifs passagers, des honneurs dont elles ne jouissent pas d'habitude ^ Au sacre, les six pairs ecclésiastiques précèdent les cardinaux, par qui ils sont primés en toute autre circonstance. Aux états généraux, il n'y a pas de préséance entre les députés, mais entre les bailliages qu'ils représentent; ces bailliages ont le pas les uns sur les autres, selon l'ancienneté de leur création *.

iPiERRE, Mémoires, p. 290. — Richelieu, Mémoires, t. II, p. 146 — Les ducs qui n'avaient point de grades ne servaient que comme volontaires. Le Dauphin à l'armée aurait pris lui-même l'ordre du connétable.

' Taloh, Mémoires, p. 79. — Déclaration du 8 avril 1642.

' Briesse, Mémoires, p. 36.

^ Les prétentions étaient parfois assez plaisantes : en 1614, le député de Montargis veut passer avant tous les autres, dans sa province, •• à

Le Roi,

La Reine régnante',

La Reine mère,

Le cardinal de Richelieu*,

Les électeurs du Saint-Empire,

Les ducs souverains (Savoie, Lorraine, etc.; ',

Monsieur, duc d'Orléans,

Mesdames, sœurs du Roi,

Le prince de Condé et sa famille.

Le comte de Soissons et sa famillo*.

Les ambassadeurs de Rois, à Paris "',

Les cardinaux.

Le grand aumônier de France,

Les princes et princesses légitimés de France (Longueville, Vendôme, Verneuil, Angoulême)''.

Les princes et princesses de maison souveraine, dits princes étrangers (Guise, Ghevreuse, Elbeuf, Nemours, Nevers)',

cause de l'antiquité de la ville de Montarnis, ainsi appelée quasi mons régis, et de ce qu'au château il y avait une place destinée anciennement aux maires du palais qui rendaient la justice «. (IUpine, Relation, etc., p. 71, 82.) ' Sur la préséance dans la famille royale, cf. Pontguartrain, Mémoires, p. 480, 418.

2 C'était une situation toute personnelle; le Cardinal, sur la fin de son ministère, ne quittait même plus son fauteuil pour la Heine Anne. (Mok- CLAT, p. 133; RiCflELiED, Mémoires, t. Il, p. 28, 8J, 597; Fontexay- Mabkcil, p. 39.) — Le 17 avril 1642, une ordonnance de Louis XIII donna aux cardinaux /ra/îçaj* et étrangers la préséance sur les princes du sang; mais après la mort de Richelieu, elle cessa d'êlre observée. (^Lettres et papiers d'État, t. II, p. 6.)

3 Cf. MoKGLAT, p. 90; PoMis, p. 580.

^ Les femmes jouissaient des honneurs de leur mari. Quand une princesse du sang, ou légitimée, é|)Ousait un personnage de position moindre que la sienne, il lui fallait un brevet spécial pour conserver son rang, témoin la duchesse de Longueville et la duchesse de La Valette sous Louis XIII.

^ Us avaient le même rang dans t( ute l'Europe. (Richeliku, Mémoires, t. 111, p. 166; t. Il, p. 361.) Les ambassadrices étrangères étaient traitées comme les duchesses françaises, avec réciprocité pour nos ambassadrices à l'étranger. [Lettres et papiers d'État, t. VI, p. 681.)

^ Cf. Brienne, p. 28, 67. Quebjues seigneurs leur disputaient ce rang. (FoMESAY-MARËinL, p. 223.)

^ Ils étaient tous égaux; cependant Guise et Nemours prétendaient tous deux la préséance.

Les six pairs ecclésiastiqnes (selon la date de leur sacre)'.

Le connétable *,,

Le chancelier de France,

Le garde des sceaux.

Les ducs-pairs.

Les maréchaux de France .

Le grand maître de France,

Le premier président du Parlement de Paris,

Le gouverneur de Paris ',

Le grand chambellan.

Le premier président de la Chambre des comptes.

Le grand écuyer.

Le grand panetier.

Le grand fauconnier.

Les présidents à mortier au Parlement de Paris,

Le premier président de la cour des aides.

Les secrétaires d'État (sotis le règne de Louis XIV),

Le colonel de l'inFanterie française.

Le grand maître de rariillerie.

Les gouverneurs de province.

Le surintendant des finances.

Les conseillers d'État ordinaires.

Les maréchaux de camp".

L'a m irai', —

Le colonel de la cavalerie légère.

Les lieutenants généraux de province,

' Et sans s'occuper de la qualité de duc ou de comte, sauf i'archeTêqoe duc de Reims, qui a toujours le premier rang. — Sur les pairs ecclésiastiques, cf. Arcliives nationales, K, 616.

2 Jatlis il avait eu le pas sur les cardinaux. (Briesse, Mémoires^ p. 30 ; Bonis, République, p. 465.)

ï FosTEXâT-MARBciL, p. 416. — Archives nationales, K, 616. — Los maréchaux prétendaient passer -devant les pairs créés depuis leur promotion au maréchalat.

4 II y a^-ait entre ce dernier et le premier président du Parlement latte perpétuelle de préséance. (Arsadd d'Asdillt, Mémoires, p. 425.)

5 C'était, sous Louis XIII, le premier grade militaire au-dessous de maréchal de France.

•5 Ce n'éuit pas à cette époque un grade comme de nos jours, mais une fonction.

Les premiers présidents de parlements de province, Les chevaliers du Sainl-Esprit, Le général des (jalères,

Les présidents aux Chambres des enquêtes et requêtes du Parlement de Paris,

Les intendants de province (vers 1640),

Les premiers présidents des Chambres des comptes de province, Les présidents à la Chambre des comptes de Paris, Les capitaines des gardes du corps.

Le premier gentilhomme de la chambre, Le premier écuyer.

Le colonel général des Suisses,

Les mestres de camp, ctuii des quatre vieux régiments, Le grand maître de la garde-robe, Le premier maître d'hôtel du Roi, Les archevêques.

Le lieutenant civil au Châtelet,

Le procureur général et les avocats généraux au Parlement de Paris,

Les premiers présidents de cour des aides de province. Le maîtres des requêtes.

Les secrétaires d'État, jusqu'au ministère de Richelieu, Les intendants d'armée (civils), Les présidents au grand conseil.

Les présidents à la cour des aides de Paris, Le procureur du Roi au Châtelet, Les conseillers au Parlement de Paris, Les évêques'.

Les mestres de camp d'un régiment de nouvelle création, Les intendants des finances, Le sergent-major au régiment des gardes, Les capitaines au régiment des gardes.

Les capitaines, dans un des quatre vieux régiments. Les lieutenants de la compagnie de gendarmes d'un prince ou d'un grand seigneur,

' Au-dessous des évêques danslahiéiarchiesacerdotale venaient les abbés des grandes abbayes, les dignitaires des grands chapitres, les curés, trésoriers et dignitaires de chapitres ordinaires, enfin les prévôts, dovens et chanoines.

Les présidents à morlier des parlements de province.

Le lieutenant criminel au Châtelet,

Le procureur général et les avocats généraux au grand conseil.

Le procureur général et les avocat» généraux à la cour des aides,

Les maîtres à la Chambre des comptes de Paris,

Le général des postes,

Les conseillers au grand conseil.

Les conseillers à la cour des aides.

Le prévôt des marchands de Paris et les échevins'.

Les correcteurs à la Chambre des comptes.

Les auditeurs à la Chambre des comptes,

Les gentilshommes ordinaires de la chambre du Roi,

Les recteurs, doyens et docteurs-régents de T Université de Paris»,

Les trésoriers de l'épargne,

Le premier commis du surintendant des finances.

Le trésorier des deniers extraordinaires.

Les conseillers à la Cour des monnaies,

Les trésoriers de l'ai^enterie, des ponts et chaussées, etc..

Les secrétaires du Roi, liaison et Couronne de France,

Les trésoriers généraux des finances de la généralité.

Le contrôleur général des rentes de la généralité.

Les conseillers au Châtelet (à Paris),

Les officiers du présidial (en province).

Les maîtres particuliers des eaux et forêts, capitaines des chasses royales *,

Les présidents et les juges (eius) des tribunaux d'élections*.

Les officiers des gabelles'*.

' Il y avait une préséance spéciale entre les diverses branches de commerce. On sait que les six premiers corps étaient les drapiers, les épiciei-s et a|>othicaires, les merciers et joailliers, les pelletiers, les orfèvres et les bonnetiers.

- Guy Patin dit que les médecins avaient le même rang qu'eux. (Lettres, t. H, p. 539, edit. Reveille.) Arrêt du grand conseil, du 23 juin 1637.

-^ Arrêt du Parlement du 13 août 1630.

* Arrêt du Conseil d'État, 19 février 1633; du grand conseil, 22 avril 1836; de la cour des aides, 11 mars 1623.

^ Arrêt du grand conseil du 16 octobre 1628. Édit du 2 mars 1633.

Les officiers de l'écurie et de la cuisine du Roi, Les juges et officiers des siéjjes de justices royales, Le greffier en chef du Parlement de Paris, Les hommes d'armes de la compagnie des gendarmes du Roi,

Les avocats au Parlement,

Les notaires et secrétaires du Parlement,

Les receveurs des tailles,

Les notaires royaux.

Les receveurs des décimes du clergé.

Les docteurs en droit et les avocats.

Les notaires seigneuriaux (ou subalternes),

Les procureurs fiscaux des paroisses rurales.

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