CONFLIT ENTRE LE PARLEMENT ET LA CHAMBRE DES COMPTES LE 15 AOUT
La Chambre des comptes « ayant avis que les présidents au Parlement avaient résolu d'entreprendre de passer tous à la sorlie du chœur de Notre-Dame, avant qu'aucun de MM. les présidents de la Chambre fussent sortis», fit parler de cette affaire au chancelier, qui, pour éviter de se compromettre, refusa de trancher la question '.
Le dimanche 15 août, toutes les compagnies étaient présentes à Notre-Dame, le Parlement à droite du chœur, la Chambre des comptes à gauche. Le clergé étant sorti pour faire la procession, M. le premier président du Parlement descend de sa place pour le suivre, le premier président de la Chambre descend en même temps pour prendre son rang à main gauche,
' Extrait du plumitif de la Chambre à cette date. Cf. Pièces justificatives, par M. DE BoiSLiSLE. Le Parlement, dans son registre (X' a, 8387), ne mentionne rien au sujet de cette procession; il dit simplement qu'il y a assisté, ce qui tend à prouver <|u'il était dans son tort.
- La Chambre et le Parlement étaient dans l'usage de croiser leurs membres; c'est-à-dire que lorsqu'on devait passer un par un, à la file, le premier président du Parlement passait le premier, le premier président de la Chambre des comptes le suivait, et ainsi de suite, alternativement, un membre du Parlement et un membre de la Chambre.
mais M. le président Potier (du Parleineni) debout, et levant la main, lui dit : u N'avancez pas, il faut que tous les présidents marchent devant vous. » Le premier président de la Chambre des comptes lui répond, aussi la main bauie : « Je tiendrai mon raug comme mes prédécesseurs l'ont tenu. » Là-de?sus il veut descendre de sa slalle, mais le premier président du Parlement l'arrête, le prend au collet, et répète : u II faut que vous laissiez passer tous les présidents devant vous. » Le premier président et les présidents de la Cbambre se mettent en devoir de suivre en leur rang^, c'est-à-dire sortant un par un, à tour de rôle, après chaque président au Parlement; mais ils en sont empêchés et repoussés avec violences et menaces, coups de coude et grande clameur. Le premier président du Parlement va jusqu'à prendre une hallebarde, et menace le premier président de la Chambre de le tuer, ce qu'il aurait peut-être fait, s'il n'avait été empêché par trois ou quatre de MM. les maîtres; un sieur Yvon, conseiller-clerc (au Parlement), tire une épée nue, et menace les présidents de la Chambre de les en frapper; le sieur de Vilîoutreys prend un bâton, deux autre* conseillers du Parlement commandent à leurs huissiers de se saisir du sieur de IMarle, président à la Cliauibre : a Menez-le prisonnier de notre ordonnance, crient-ils, c'est un insolent. » Les huissiers veulent exécuter l'ordre, et i!s y seraient parvenus, sans trois ou quatre maîtres qui le leur arrachèrent, u Ce qui ' aurait été au grand scandale du public, de sorte que tout Tordre de la procession s'est troublé; et s'e^i rencontré dans la nef de ladite église un tel désordre et confusion, que semblait que les ennemis fussent entrés en ladite église, le peuple fuyant de côté et d'autre '.
' Des scènes analogues avaient eu lieu à l'entrée de l'église entre les membres des deux compagnies, notnmiuent les présidents de^iovioa (du Parlement) et Aubery (de la Chambre).