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COMMENT CONSERVER NOS FORËÈTS

Ila été proposé plusieurs méthodes pour assurer la conservation de nos forêts, entre autres le semis et la ‘‘replantation.”’ Ces

méthodes ne sont désirables ni praticables dans la province de Québec. D'abord, le gouvernement n'a pas les moyens pécuniaires voulus pour organiser et maintenir un système de sylviculture capable de produire des résultats appréciables. En second lieu, dans les régions où le repeuplement de la forêt serait le plus à désirer, nos terres à bois sont en la possession d'industriels qui ont placé des capitaux dans l'exploitation de ces forêts comme placement de rendement et l'on ne pourrait raisonnablement s'attendre à ce que ces industriels consentiraient à adopter n'importe quel système d'aménagement, à moins qu'il ne leur fût démontré que ce nouveau système d'exploitation forestière leur rapporterait plus que les méthodes actuellement en pratique. Comme l'a si bien dit le professeur Fernow, la seule raison pour les marchands de bois ct les propriétaires de forêts d'adopter les méthodes scientifiques d’expioitation forestière, serait la considération pécuniaire et, ici comme aux États-Unis, tout système concernant la conservation des furêts par l'aménagement, doit êtreun compromis entre le possesseur du bois et la sylviculture scientifique. C'est pareillement une question de compromis entre le gouvernement et les porteurs de licences pour la coupe du bois, L'intérêt de ces derniers est de couper autant de bois que possible sar: s'ire tort à la faculté de reproduction naturelle de la forêt ; mais s laisseront volontiers un certain montant de capital placé sur la forêt, représenté par le bois qui pousse, et ils se contenteront de ce que rapporteta la vente du bois marchand parvenu à sa pleine maturité, si on leur donne la garantie que leur tenure sera équitablement protégée contre des envahissements malhonnêtes, sous prétexte de colonisation, et aussi contre le danger des incendies qui sont la conséquence accoutumée de ces envahissements.

Donc, dans notre province, pour rester dans la sphère du praticable, le soin de la forêt doit se borner à la protection contre le feu et les incursions de ces pirates qui l'envahissent sous prétexte de promouvoir la colonisation. ‘: Les règles, dit le professeur Fernow, qui ont force d’axiome ailleurs, doivent être, dans bien des cas, mises de côté ici et bien souvent il faut sacrifier les résultats qui pourraient être obtenus en dépensant de faibles sommaes d’argent, parce que le possesseur de la forêt ne peut pas faire le sacrifice du rendement qu’il attend de son placement. Le maintien d’une coupe fixe, la

ss

division d'un domaine forestier en lopins, un système permanent de voirie, l'accessibilité simultanée de toutes les parties d'une forêt, l'établissement de lignes de coupe-feu, l’aménagent de la coupe et beaucoup d'autres choses semblables, généralement considérées en Europe comme faisant partie de l'administration d'une forêt, sont tous et chacun, dans beaucoup de cas, des points qu'il faut ranger ici dans le domaine des choses impraticables. "?

Ces remarques si sensées et si pratiques, s'appliquent à notre province comme à l'état de New-York et devraient nous servir de guides dans l'administration de nos forêts. ‘Tous nos efforts devraient tendre à l'organisation d'un système réellement efficace de protection contre le feu ainsi qu'à la classification de notre domaine public en terres à bois et terres à culture, dans le but d'assurer aux colons de bonne foi libre accès aux premières et d'exclure des autres les pirates faisant sous l'égide de la colonisation, assurant ainsi la tenure des porteurs de licences et encourageant ces derniers à adopter pour leurs opérations un système qui assurerait la reproduction naturelle de la forêt. Adoptons ce système et nos forêts d'épinette, surtout nos forêts de bois à pulpe, seront pratiquement inépuisables, même si nous les soumettons à une coupe dix fois plus considérable que celle que nous faisons maintenant.

Notre système de protection contre le feu a été sensiblement amélioré depuis quelques années, mais il est encore insuffisant et n’atteint pas ce haut degré d’efficacité qui devrait le caractériser. La loi est bonne et atteindrait certainement son but si elle était bien mise en force; mais quand il faut prendre les moyens rigoureux pour la faire observer, l'influence politique s’interpose et les plus chers intérêts du pays sont relégués à l'arrière plan. Dans son rapport la commission de colonisation a fait les recommandations suivantes, qui devraient être suivies :

‘‘ Le personnel chargé de ce service est trop sujet aux influences politiques pour remplir ses devoirs avec l'énergie et l'indépendance qui seules peuvent en assurer l'efficacité. Dans plusieurs cas, l’influence politique a fait confier le poste de garde-feu à des hommes qui n’ont ni l’activité ni la compétence voulues pour occuper ce poste, dont dépend la conservation de la pius grande source de revenu de la province,

‘Tous les porteurs de licences ont à leur service en permanence des gardiens de dépôts de provisions, des surveillants et des chefs de Chantiers qui ont une connaissance parfaite de leurs territoires respectifs ainsi que des établissements environnants. Nons ne connais- Sons pas d’autres hommes, aussi en état que ceux-ci, d'exercer effcacement les positions de garde-feu. Nous sommes d'opinion que ces hommes devraient être choisis et nommés de préférence à tous autres et qu’il ne devrait en être nommé d'autres que dans les endroits où il n’y en a pas dans le voisinage de terrains sous licence pour la coupe du bois.

‘Comme de raison, le gouvernement devrait garder le contrôle de ce service, et à cette fin, avoir un ou deux officiers spéciaux chargés de voir s'il est fait avec activité et efficacité. Ces officiers circuleraient tout le temps, du ler avril au 15 novembre, dans les territoires assignés à leur contrôle et seraient tenus de recommander la démission de tout garde-feu Pour cause de négligence ou d’incompétence.

‘Une patrouille constante, dit le professeur Fernow, semble être le seul moyen de protection contre le danger du feu : tous les autres moyens me paraissent plus coûteux et moins efficaces...

êt la composition du personnel de ce service est de première impor-

tance : même quand ce personnel est composé d'hommes bien qualifiés, seules une surveillance et une inspection constantes pourront tenir ce service en activité et son personnel sur le qui vive.”

Le principal but d’une bonne organisation devrait être de prévenir plutôt que d'arrêter les conflagrations. Une fois parti, le feu gagne rapidement du terrain et continue sa course, malgré tous les efforts qu'on puisse faire pour l'arrêter, jusqu'à ce qu'une grosse pluie, un cours d'eau ou un marécage mette obstacle à son expansion. Le premier devoir des garde-feu devrait donc consister en premier lieu à contrôler l'allumage des feux de défrichements dans le voisinage de la forêt. Durant la saison sèche, il ne devrait être permis à personne d'allumer un feu de défrichement sans en avertir au préalable le garde-feu le plus proche, lequel devrait être sur les lieux avec une équipe suffisante pour contrôler le feu et l'empêcher de se répandre, au cas où il serait allumé dans un endroit dangereux.

Avec les principes démocratiques qui caractérisent notre système

administratif, c’est probablement une forte besogne que d'amener le peuple à apprécier la nécessité d’un pareil contrôle et c’est peut-être en préparant l'opinion publique à cette évolution que des sociétés telles que l’Association forestière du Canada peuvent aider de la manière la plus efficace à la conservation des forêts, en particulier Pour ce qui concerne la province de Québec. Au lieu de nous épuiser en vains efforts pour faire croître une deuxième récolte de bois, bornons-nous à la tâche déjà assez ardue de conserver ce qui est déjà poussé et utilisable,

Sous ce rapport, il est bien permis de dire que le gouvernement ne fait pas assez, comparativement, pour la conservation de nos forêts. Nos édifices publics valent environ $3,000,000. Pour les protéger contre la destruction par le feu, nous avons dépensé en 1903, en primes d'assurance et en salaires aux gardiens, $50,000. En 1903 la chasse et la pêche ont donné un revenu de $63,119. Pour protéger cette source de revenu, qu'il serait comparativement facile de refaire si elle venait à être détruite, nous avons employé 315 garde-pêche et garde-chasse, auxquels nous avons payé $#20,000 en salaires. Pour le même exercice 1903, les bois et forêts ont fourni au trésor une recette de $1,241 S14. Pour protéger cette source de revenu, de beaucoup la plus précieuse après le subside fédéral, nous avons employé un personnel de 99 garde-feu, auxquels nous avons payé #17,000 en salaires et frais de déplacement et les porteurs de licences pour la coupe du bois ont fourni leur bonne quote-part de cette somme.

Quand nous dépensons 850,000 pour protéger contre l'incendie des édiffices valant $3,000,000, quand nous dépensons $20,000 pour protéger une source de revenu qui ne rapporte que $63, 119 et qui pourrait être facilement et promptement renouvelée, si elle venait à être détruite temporairement, sommes-nous justifiables de ne dépenser que la mince et inadéquate bagatelle de $17,000 pour protéger contre une destruction irréparable un domaine forestier qui constitue la meilleure, la plus précieuse et la plus utilisable partie de la richesse de notre province, un domaine valant des billions de piastres, capable de produire à l’administration provinciale un revenu annuel de $2,000, - 000, de procurer annuellement à nos cultivateurs, pour la vente de leurs produits, et à nos hommes de chantiers, pour leurs gages, plus de vingt millions de piastres ?

La classification des terres publiques, telle qu’autorisée par la loi passée durant la dernière session de la législature, contribuera beaucoup à diminuer les dangers du feu, si elle est fidèlement et énergiquement appliquée. Sous le régime de cette loi, la colonisation sera concentrée, ce qui rendra beaucoup plus facile la protection de la forêt contre les feux de défrichements, Avec un bon personnel de garde-feu actifs et intelligents, le danger sera réduit à ses plus simples proportions et il est raisonnable d’espérer que cette 1égislation produira les résultats les plus désira litique n'intervient Pas pour faire échec à l’acc importante réforme. Cette loi, si elle est ap avec rigueur, donnera aussi le Coup de grâce à la néfaste engeance des spéculateurs sur les terrains et des pirates de bois, engeance qui constitue l’un des plus grands dangers pour nos forêts.

La protection de la forêt contre les feux allumés par les Sauvages est la partie la plus difficile du problème. Les Sauvages sont sous le contrôle exclusif du Bouvernement fédéral, qui devrait être induit à prendre les moyens nécessaires pour 1 chaque année, dans les forêts de la partie n des dommages qui se com Dans le cas où les autori

bles, si l'influence poomplissement de cette pliquée avec équité et

sécheresse.

introduire.

on Fo-

obtenir, et j'espère que notre province aura le bénéfice de cette collaboration.

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