‹ Rideau a huit heuresChapitre 12 sur 75 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

fait entendre aussi raison. Seulement le petit Chose (je ne vous dis pas son nom, car il est le mari de l'une de vos amies), le petit Chose m'a fort embarrassé. Il m'a demandé si je venais de la part de la propriétaire, et à quel titre. Je cherchais une réponse diplomatique, lorsque mademoiselle Moulinette s'est mise au piano et a entamé la bacchanale d'Orphée aux enfers. J'en ai profité pour m'esquiver. Mais le petit Chose n'est pas homme à se taire. Je redoute son bavardage. Madame Page.

C'est fort désagréable, en effet.

Thémines.

Il a heureusement les meilleures raisons de ne point mettre sa femme dans le secret. Sans cela, en sa qualité de votre amie très intime, elle en remplirait tout Paris avant deux jours. Madame Page.

Laissez-moi deviner le nom.

Thémines.

Essayez, mais je ne vous aiderai point ; c'est à vous de lire sur ma physionomie.

Madame Page.

Madame Gautier... Madame de Fermont. .. Vous avez cligné les yeux.

Thémines.

Je n'y suis pour rien; mes yeux ont cligné

tout seuls. Mais je puis vous dire que ce n'est point elle.

Madame Page, Je le crois. Son mari serait inexcusable de hanter des demoiselles Moulinette. Je connais peu de femmes aussi séduisantes que madame de Fermont.

D'accord.

Madame Page.

Il faudrait être de marbre pour n'en point devenir amoureux. De qui donc a-t-on parlé à propos d'elle ?

Thémines.

Ne cherchez pas loin. C'est de moi, madame.

Madame Page.

En effet, je me souviens. C'était l'an dernier, à l'époque de votre duel avec M. de Séligny, pour ce motif que l'on trouva si futile.

Thémines.

M. de Séligny est mort, et je n'ai plus aucune raison de me taire. On ne connut point le vrai motif de notre duel, et je vous le révélerai d'autant plus volontiers que ma confidence fera disparaître de votre esprit jusqu'au plus petit nuage sur le compte de madame de Fermont. M. de Séligny avait parlé d'elle et de moi avec la dernière légé-

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