‹ Rideau a huit heuresChapitre 18 sur 75 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

trop de ces péronnelles qui, pour l'abandon d'un amoureux, emploient le vitriol ou le revolver. C'est devenu une affaire de mode. Il n'y a plus de sécurité pour personne.

NouviON.

Tu crains donc pour ta peau?

PONGIBAUD.

Je ne parle pas de moi précisément. Mais tout le monde est plus ou moins exposé à subir l'humeur tragique de ces demoiselles, à propos d'un genre de divorce qu'il n'était pas besoin de rétablir puisqu'il n'a jamais été aboli. Je vous aimais, je ne vous aime plus, quittons-nous. Cela devrait suffire. Ah ! si j'étais du jury, ce n'est pas moi que l'on attendrirait sur le sort de ces farouches délaissées qui jouent du revolver comme de l'aiguille à tricoter.

NouvioN.

Tu fais bien de me prévenir ; je te récuse d'avance si le sort le désignait comme juré.

PoNGlBAUD.

Enfin, c'est bien toi qui défendras Arsène Réaux devant la Cour d'assises ?

NouvioN.

Oui, à moins qu'elle ne fasse choix, au dernier moment, d'un autre conseil. Elle a refusé obstiné-

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ment de prendre un avocat, et le Président m'a nommé d'office. Je viens d'en être informé en même temps que j'ai reçu l'acte d'accusation.

PONGIBAUD.

Tu seras magnitkiue, j'en suis certain. La cause, dit-on, est fort intéressante. On s'arrachera les places réservées. Aussi, mon cher, je n'ai pas voulu perdre de temps pour te prier de ne pas m'oublier. J'attends des cousins de Paris. Le théâtre de la ville est fermé, et il faut bien que je leur procure quelques distractions. Nous n'avons pas de premières comme là-bas, mais les crimes de la province valent ceux de la capitale. A la dernière session des assises, nous avons eu un meurtre compliqué d'adultère, de fabrication de fausse monnaie et d'incendie. Impossible de trouver quelque chose de plus corsé. On se diputait les strapontins. Il est venu six reporters parisiens. Etaient-ils gais !

NOUVION

Je n'aime pas cette curiosité malsaine qui, blasée sur les inventions des faiseurs de drames et de romans, se plaît aux émotions de la Cour d'assises. Mais puisqu'il v a spectacle, il faut bien qu'il y ait des spectateurs. Tu auras tes places. [Un domestique entre et présente une carte de visite à M. Nouvion.] « Maxime Ragondet. « Connais-tu ?

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