ACTE I, SCENE V
Le Docteur.
Oui, il y a, sans mal déterminé, une sorte de sensibilité à l'état aigu, que tout exaspère. En ce moment, Madame Nouvion est sous le coup de l'émotion que lui a fait éprouver l'aventure tragique de cette malheureuse fille.
Arsène Réaux... Arsène n'est point une étrangère pour ma femme, et quoiqu'elle la connût peu, il est assez naturel que l'événement lui ait causé une vive impression.
Le Docteur.
Je venais d'apprendre que le Président de la Cour d'assises vous avait désigné d'office comme avocat de l'accusée. Je l'ai annoncé h Madame Nouvion, croyant c^u'elle serait satisfaite de voir cette précieuse garantie donnée à la défense. La nouvelle l'a jetée dans une agitation extraordinaire.
Nouvion.
Comment expliquer ?
Le Docteur.
J'ai cru comprendre qu'elle craignait pour vous la fatigue et les émotions d'une cause bien compromise, en présence du refus d'Arsène Réaux de donner aucune explication de sa conduite. Madame Nouvion m'a demandé si vous ne pouviez refuser ?
48 ARSENE REAUX
NOUVION
Et vous lui avez répondu, n'est-ce pas, que cela était de toute impossibilité !
Le Docteur.
Assurément, je lui ai dit qu'il y avait là un mandat d'honneur auquel l'avocat ne pouvait se dérober.
NouvioN.
Je le crois bien.
Le Docteur.
Madame Nouvion m'a parlé d'Arsène avec un mélange d'intérêt et de colère que j'aurais de la peine à m'expliquer sans ces conditions maladives. Elle dit qu'elle donnerait tout au monde pour la sauver ; et puis elle la traite comme la dernière des créatures. Sachant que je suis le médecin de la maison de justice, elle m'a demandé si elle ne pouvait voir l'accusée. Je lui ai promis de vous en parler. Le secret est levé depuis hier et j'obtiendrai de M. le Président l'autorisation nécessaire. NouvioN.
Cela me paraît fort imprudent, dans son état. Mais vous venez de me rappeler, cher Docteur, que vous êtes le médecin de la prison. Vous avez dià voir Arsène ?
Le Docteur.
J'ai été appelé auprès d'elle ce matin. Elle