ACTE I, SCENE V
avait eu un accès de fièvre accompagée de délire. Quand je suis arrivé, la fièvre l'avait quittée. NouviON.
Elle ne vous a rien dit ?
Le Docteur.
Rien. Elle a une attitude tranquille et calme dont j'ai été frappé. Je lui ai parlé avec douceur de sa situation. Elle m'a remercié de l'intérêt que Yy prenais, en éludant toute explication. Il n'est pas difficile, d'ailleurs, de pénétrer le mobile qui l'a poussée au meurtre : la jalousie, une vengeance féminine...
NouviON.
La jalousie... je n'en doute pas plus que vous. Mais il ne suffit pas d'apparences, même très plausibles, et de l'impossibilité d'une autre explication pour établir un système de défense et surtout pour le faire triompher; il y faut encore quelques éléments sérieux de preuve.
Le Docteur. Nous vivons dans un temps très enclin à l'indulgence pour l'amour trompé, et votre parole émue et éloquente obtiendra, sans nul doute, un acquittement du jury.
NouviON.
Vous allez un peu vite, cher docteur. Encore faut-il, pour porter la persuasion dans l'àme des jurés, que ma propre conviction ne soit pas seu-
5o ARSENE REAUX
lement fondée sur la vraisemblance morale. Car vous savez que je suis hors d'état de défendre une opinion, et par conséquent d'y gagner les autres, lorsqu'elle n'est pas d'abord bien établie chez moi.
Le Docteur.
Oui, je sais que vous êtes un avocat d'une espèce assez particulière. Mais voici madame Nouvion.