‹ Rideau a huit heuresChapitre 4 sur 75 · LES PRÉCÉDENTS, THÉMINES · texte numérisé non relu

LES PRÉCÉDENTS, THÉMINES

Thémines, sans voir madame Page.

C'est à merveille. Vous pouvez enlever l'écriteau ; j'arrête l'appartement. [Apercevant madame Page.) Yous, madame!...

Madame Page.

Monsieur Thémines...

(Le concierge sort.)

Thémines.

Vous venez ilonc aussi visiter rappartement?

Madame Page, à port.

Quelle idée !... Laissons-lui son erreur.

Je vous préviens que je vous ai devancée. L'appartement est loué, et j'ai le plaisir de vous recevoir chez moi, ou à peu près. Veuillez excuser l'indigence de l'ameublement. Je vous offre la moitié d'un fauteuil, une épave, oubliée sans doute par les derniers locataires, des insulaires d'Amérique.

Madame Page.

Grand merci, je ne suis pas fatiguée.

Thémines.

Comment trouvez-vous l'appartement?

Madame Page.

A quoi bon me le demander, puisque vous avez loué?

TliÉMlNES.

Je suis prêt à renoncer à mes droits.

Madame Page.

Non... non. [A part.) Un si parfait locataire, j'en serais très fâchée.

Thémines.

L'appartement n,e plaît, quoique...

Madame Page.

Il y a une restiiction ?

SCÈN E 111 l5

Thémines.

Oui. La propriétaire ; car il paraît que rimmcuble appartient à une clame...

Madame Page.

Vous la connaissez ?

Nullement, mais il y a des indications, ce qu'on appelle en paléontologie des lignes générales, à l'aide desquelles on reconstruit tout l'individu. Vous avez quelques débris, une dent, l'extrémité d'un tibia, et vous refaites le mammouth. Madame Page.

Voilà une aimable science appliquée aux propriétaires. Eh bien ! voyons vos lignes générales. Thémines.

Pour commencer, la propriétaire donne congé à mademoiselle Moulinette, une jeune personne de l'Opéra, sous le prétexte qu'elle a une chorégraphie trop hospitalière.

Madame Page.

Vous vous intéressez à mademoiselle Moulinette ?

Thémines.

Pas le moins du monde. J'ignore si elle est blonde, brune ou rousse, si elle a de la pointe ou du ballon, si elle est grasse ou maigre; je croirais plutôt à de la maigreur. Mais il faut bien que ces demoiselles trouvent un abri quelque part.

l6 APPARTEMENT A LOUER

Madame Page.

C'est trop juste,

Thémines.

Secundo : la propriétaire ne veut pas de locataire ayant de jeunes enfants. Ceci est simplement féroce. C'est pousser à la dépopulation. Je me la figure, cette horrible propriétaire, sous les traits d'une vieille demoiselle, longue et sèche, ayant fait fortune dans la quincaillerie. Elle doit prendre du tabac.

Madame Page, à part.

Il me flatte. [Haut.) Que vous importe la personne de la propriétaire ?

Ah ! c'est qu'elle doit venir occuper un appartement contigu au mien et qui n'en est séparé que par une porte condamnée, légèrement condamnée peut-être. Cest presque de la cohabitation. Madame Page, à part.

Juste ciel ! J'avais oublié cette circonstance. M. Thémines a la réputation d'un homme terriblement dangereux, et l'on sait qu'il m'a fait la cour.

Thémines.

Quelle agitation subite ! . . . {La suivant avec le fauteuil.) Madame, veuillez vous asseoir, je vous prie.

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