SCENE III
Madame Page, à part.
Cela est impossible. [Haut.) Monsieur, vous m'avez offert tout à l'heure de renoncer à cet appartement et de me céder vos droits. J'accepte. Thémines.
Désolé, madame. Je vous avais fait cette offre avec le secret espoir d'être refusé. Cependant j'étais lié si vous m'aviez pris au mot. Voici trois mois que je m'aveugle à lire des écriteaux, que je m'essouffle à monter des étages, et que je m'abrutis à m'entretenir avec des concierges. J'ai trouvé enfin cet appartement qui me convient tout à fait, et vous voudrez bien me permettre de le conserver.
Madame Page.
Monsieur, je vous en supplie.
Thémines.
Ne m'en veuillez pas d'être inflexible. Dans toute autre circonstance je me croirais trop favorisé de vous être agréable.
Madame Page.
Eh bien, si je vous disais que je connais cet appartement, qu'il est rempli d'inconvénients, que les cheminées fument, que l'air pénètre de tous côtés, qu'il y vient des revenants la nuit. Des revenants... Ceci me déciderait absolument si j'éprouvais encore la moindre hésitation.
i8 APPARTEMENT A LOUER
Madame Page.
Pour finir, sachez que la propriétaire de l'hôtel, c'est moi.
Thémines.
Vous, madame î...
Madame Page.
Si vous en doutez, je ferai venir le concierge pour le certifier.
Thémines.
Comment, madame, depuis un quart d'heure — que j'ai passé, au surplus, de la façon la plus charmante — vous me laissez patauger, excusez cette expression triviale, et vous ne dites rien... Madame Page.
J'avais d'abord trouvé plaisant, et je me le reproche, d'encourager votre méprise ; et puis, le portrait que vous avez fait de la propriétaire était piquant à ce point que je n'eusse voulu l'interrompre pour rien au monde.
Thémines.
Veuillez excuser, madame, ce crayon de fantaisie. L'original y donne un démenti trop éclatant pour qu'il en reste quelque chose.
Madame Page.
Hum, hum... Dans tous les cas, maintenant que vous connaissez ma qualité de propriétaire, vous ne ferez pas de difficulté, je pense, d'écouler ma demande, et vous renoncerez à cet appartement.