‹ Rideau a huit heuresChapitre 71 sur 75 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

leurs, pour une curiosité peu délicate, puisque la lettre n'avait pas de signature.

M. DUTALIS.

Je confesse ma faute, mais il ne reste rien à apprendre à ma curiosité; le nom, de la même écriture que la lettre, se trouve inscrit à la première page du volume.

Madame Mortimer.

Mon secret (car c'est le mien, je n'ai plus à vous le dire) est donc entre vos mains. Si j'y étais seule intéressée, cela m'importerait assez peu. Je suis veuve et libre de mes actes ; dans cette lettre il n'y a rien, d'ailleurs, dont j'aie à me défendre. Mais vous savez, monsieur, à qui cette lettre était adressée, ou plutôt destinée; car avant de l'envoyer je me demandais s'il ne valait pas mieux répondre par le silence à une démarche dont mon amitié s'inquiétait autant que ma dignité en était offensée. Dans mon trouble la lettre est restée où vous l'avez trouvée, dans le volume où je l'avais glissée ; et perdant tout à fait la tête, j'ai fait publier dans le journal cette annonce étourdie. Je suis, monsieur, à la merci de votre discrétion. Vous êtes libre d'apprendre à Madame de Noas que son mari a cherché à me compromettre; il dépend de vous de faire le malheur de sa vie et de gâter la mienne, en ruinant notre amitié.

M. DuTALIS.

Mon Dieu, madame, je ne veux pas me faire meilleur que je ne suis, mais je serais désolé que vous me jugiez pire. Lorsque le hasard m'a fait trouver cette lettre sur laquelle j'ai eu le tort de jeter les yeux (y a-t-il beaucoup d'hommes et même de femmes de votre connaissance qui n'en auraient fait autant?), je n'ai point songé à mal, et je ne m'en serais plus occupé peut-être si je n'avais lu dans le journal cette annonce, aux allures mystérieuses, qui a afîriandé, je le confesse, ma curiosité de célibataire, par l'espoir d'une aventure, sous le couvert d'une récompense honnête. Quand je dis honnête, là encore j'ai à me couvrir de cendres. Cette aventure, madame, je l'ai rencontrée, non tout à fait comme je l'entrevoyais, mais beaucoup plus digne d'un galant homme, puisqu'elle me permet de rendre le repos à une honnête femme, et, j'espère, de gagner son estime. Madame, voici la lettre ; elle n'existe plus, elle n'a jamais existé que pour m'apprendre la noblesse de vos sentiments. Quant au volume qui recelait le message, avec un autographe de vous, vous me permettrez de le conserver. Ce sera la récompense promise. Je relirai Jocclyn pour M. de Lamartine et pour vous.

Madame Mortimer.

Mon cousin (j'ai eu le temps d'y penser, nous

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