Riel
Sous l’en-tête Aux électeurs du comté de’ Terrebonne , vous venez de publier un manifeste non daté qui a jeté dans la stupeur et dans la consternation une quantité étonnante de personnes vous ayant jusqu’à présent honoré d’une confiance plus ou moins accusée. Je ne suis pas électeur dans le comté de Terrebonne, msusmur 1q ministre; mais je le suis dans le comté de St-Hyacinthe, loque-L > ^
^aifrpartio da mon pays, à l’administration des affaires duquel vous vous trouvez préposé grâce à la confiance dont je viens de vous parler. PuisA le sujet principal de votre écrit est un homme décédé dans des circonstances lamentables et a^jnal heureux sort durruel
«Là. m bnfû pûco r\ aa m m û . ttac AAm m aM on fo î X /•! •» n n a t 1 1 ^ 1 4- A
^m’intéresse, comme. vos commettants immédiats^^^JaTtotalité / de mes co-nationaux. Si je m’ingère à vous répondre, c’est donc ^ tA
que je m’y crois ainsi autorisé^ atÆe vais m’efforcer de remplir ma tâche avec toute la somme de bienveillance que peut comporter la nature particulière de mon entreprise.
Vous faites partie d’un gouvernement qui applique à la gestion des affaires gén irales du Canada une doctrine à laquelle, avec mes co-religionnaires politiques qui forment la minorité apparente de la population, je suis résolument hostile. Avant le 16 du mois de novembre, les seuls libéraux canadiens donnaient — par leurs repré sentants dans les chambres — un effet pratique à l’opposition que provoque dans le pays votre administration. Les conservateurs — les uns avec hésitation, les autres avec une ardeur non dissimulée — vous accordaient l’efficacité de leur appui. Votre gouvernement était populaire, et, dans plus d’un quartier, vous étiez personnellement adulé. Que s’est il passé depuis cette date pour modifier si considérablement les rapports qui existent entre vous et vos parti-
sans ? C’est ce que je voudrais expliquer avec autant de concision et de précision que possible.
La façon déplorable dont les affaires des territoires du Nord-ouest avaient été traitées par les fonctionnaires relevant de votre autorité et soumis à votre contrôle ; la guerre civile provoquée par la négligence du gouvernement ; l’impéritie criminelle du lieutenant gouverneur Dewdney et les forfaits innommables de vos émissairesde tous étages ; les dépenses effrayantes que cette guerre a nécessitées et la grande effusion du sang des nôtres qui en a été la consé quence inévitable ; l’incarcération dans les prisons et dans les pénitenciers — agrandis exprès — de ceux des Métis qui avaient été appréhendés pour avoir osé se défendre contre la soldatesque gouvernementale ; tout cela n’avait pas ébranlé dans des proportions bien appréciables la confiance que vos partisans reposaient en vous. Louis Riel, le chef proclamé des insurgés, après avoir subi devant les singulières assises de Régina un procès plus singulier encore, a été, conformément ou non au verdict du jury, condamné à la peine capitale par monsieur Richardson, magistrat stipendiais et stipendié. Cette étrange condamnation a créé dans toutle Canada une profonde et émouvante sensation; mais la stupeur universelle n’a pas été jusqu’au point d’ébranler d’une façon décisive la confiance obstinée que vous aviez su insoirer au gros du public. Un comptait fermement que vous sauriez bien empêcher l’exécution de cette sentence visiblement inique qu’on avait manifestement arrachée au tribunal pour en faire un sanglant outrage à la race, à la nationalité à laquelle Riel et vous, monsieur le ministre, vous apparteniez. On comptait aussi énormément sur la duplicité bien connue du chef du cabinet. Cette duplicité, elle fait depuis des années, l’admiration opiniâtrement sereine de tous’ vos amis, et elle a, dans leur appréciation, tenu lieu au premier ministre de toutes les vertus, de toutes les capacités valables qu’on exige d’un homme d’Etat. “ Sir John, disait-on, saura bien encore escamoter cette muscade- encombrante pour sa politique et déplaisante aux? sectaires fanatiquoo sous les talons desquels nous paraissons aujourd’hui écrasés. ” Voilà les propos que l’on tenait, monsieur le ministre, que l’on a tenus jusqu’au jour fatal où Louis Riel a été par vos ordres accroché au gibet de Régina.
Enfin Riel a été pendu ; il est mort et repose aujourd’hui dans le sol de la patrie qui le pleure. Eh bien, monsieur, admirez la ténacité de la confiance dont vous aviez pénétré vos amis, — parmi lesquels je compte un grand nombre des miens, — de cette confiance
dont je vous entretiens depuis que j’ai commencé à écrire ces lignes. Sur le contingent de ces amis il en est resté un bon quart qui n’ont pas voulu croire à la dépravation que vous attribuaient les trois autres quarts de vos partisans de naguère. Ces fidèles répondaient à toutes les observations outrageantes pour votre caractère, qui se faisaient dans le public, que vous n’aviez pu agir de la sorte sans avoir de forts motifs, nullement entachés de vénalité ; que, incontestablement, vous ne pouviez vous dérober à la responsabilité constitutionnelle de la décision prise par le cabinet, puisque vous y aviez donné votre acquiescement; mais ils voulaient toujours vous trouver plus faible et plus malheureux que coupable intérieurement. C’est avec une anxiété fébrile que ces amis dévoués attendaient, dans le silence de leur cœur, les explications que la Minerve , — jadis la trompette de vos triomphes et maintenant le partevoix de votre défaillance, — promettait en votre nom. u V ous verrez, disaient-ils, que s’il s’est montré comme ministre impropre à mériter davantage la confiance du public, il ne s’est pas conduit comme particulier de façon à se rendre indigne de nos douloureuses sympathies. ” Vous comprenez bien, monsieur le ministre, que ceux-là espéraient contre tout vestige d’espérance. A mes yeux, il n’y aurait eu que la résurrection de Riel, opérée par la force irrésistible de vos puissantes explications, pour justifier cette incroyable crédulité. Hélas ! elles sont arrivées vos explications ; et, loin de tendre à faire sortir du tombeau cette victime de l’oppression administrative, ce martyr de la cause de la liberté et de la justice^ vous vous acharnez à le tuer de nouveau, et le dernier reste de vos amis les plus zélés n’ont plus pour vous que des paroles d’exécration. u Mais ce n’est pas un homme ce Chapleau, disent-ils maintenant, c’est un chacal, c’est une hyène, car il n’y a que ces bêtes fauves qui déterrent les cadavre pour en repaître leur voracité. ” Voilà les exagérations de langage auxquelles vous avez contraint vos adulateurs ; voilà les excès de parole que j’hésite à vous transcrire ici parce que je suis ennemi de toute violence. Et n’allez pas croire que c’est par un artifice de rhétorique que je vous transmets cette expression des sentiments soulevés contre vous. C’est dans les rangs des vôtres qu’on vous reproche d’avoir recommencé le procès d’un homme qui a subi la peine de la sentence portée contre lui et à qui on ne peut plus demander, selon la formule, s'il a quelque chose à dire avant que la loi ait son cours. Car, dit Monseigneur Taché, dans un écrit qu’il vient de livrer à la publicité, u pourquoi joue-t-on le rôle si inique
de recommencer le procès de l'infortuné , exécuté devant le public , en invoquant les témoignages des Révérends Pères André et Fourmond1 qui , mis sous serment à la cour , rendu un témoignage dont la conclusion naturelle n'était certainement pas l'échafaud f On va jusqu'à torturer l'âme si généreusement aimante de Monseigneur Grandm , en lui prêtant un rôle indigne de sa position et de son cœur.
Et tout cela , on a l'audace de le dire , pour faire prévaloir la vérité. " Qui donc, monsieur le ministre, joue le rôle si inique dont parle ici le vénérable archevêque ? Qui donc prête à Monseigneur Grandin un rôle indigne de sa position et de son cœur ? Quel est celui enfin qui prétend faire prévaloir la vérité par les moyens que vient de réprouver si énergiquement le prélat protecteur de la victime du gouvernement ? C’est ce que nous aurons peut-être l’occasion de constater dans l’examen subséquent de votre manifeste. En attendant, laissez moi vous demander ce qu’il y a de fondé dans cette assertion de l'Etendard faite au sujet d’un document analogue au vôtre, évidemment élaboré par le ministère, et signé du nom de l’ancien ministre de la justice, monsieur Campbell : u Ce qui frappe tout d'abord en lisant ce long document , c'est que le gouvernement ne se montre si prodigue d' arguments qu' après la perpétration du crime qui lui est reproché." ( L'Etendard 12 décembre 1885). Pourquoi, d’après l’affirmation du même journal, avezv\*a4 vous choisi dans les iin\ un nm h supprimés au procès ceux qui paraissent défavorables, au défunt, sans produire en même temps
ceux do |jiqiii.uii qui auraient pu servir à la défense de celui
dont le trépas violemment produit a clos la bouche pour toujours? Car il y a cela de particulier chez vous, monsieur le ministre, que vous faites aujourd'hui à Riel des reproches qui ne lui ont jamais été faits de son vivant ; que vous voudriez que cette victime des circonstances créées par votre gouvernement eût été toute sa vie rréprochable dans sa conduite privée, impeccable dans sa concience, alors que vous vous montrez si bien disposé à la miséricorde envers ceux que vos propres amis appellent ses persécuteurs et ses bourreaux. Se peut-il que tout vous soit permis et qu’il faille que ceux qui se mettent en opposition à vos actes administratifs soient plus purs que les anges ? Car, “ où en serions-nous, demande la Presse , journal ami de votre cause, s’il faut faire le procès aux victimes au lieu de le faire au meurtrier ; s’il faut démontrer par témoins que, dans le cours de sa vie, celui qu’on a tué n’a jamais eu à se reprocher ni une faiblesse ni une imprudence ? ” Riel me parait avoir sur vous, au point de vue des fautes de la conscience,
un avantage marqué : il s’est repenti des siennes, pendant que vous semblez vouloir persister dans les vôtres. Vous conviendrez qu’il n’a jamais voulu convertir en vertus les vices que vous lui reprochez. Pourra-t-on jamais dire la même chose de ceux avec qui vous avez conjuré sa perte ? C’est l’opinion généralement répandue parmi vos partisans que votre manifeste est un tissu de diffamations et de calomnies contre la mémoire de Louis Riel. Or, il y a un fait dont vous ne contesterez pas l’existence, c’est que la mort de cet homme a jeté toute la nation dans le deuil. jgMême en supposant vraies les accusations non fondées que vous portez contre lui, comment n’avez-vous pas la décence de respecter la douleur — légitime ou non — de vos compatriotes ? Dans quel but essayezvous de ternir l’éclat de nos larmes ? De quel droit venez-vous souiller nos pleurs ?
Vous avez remarqué, je l’espère, que ce n’est pas moi qui parle ici, mais que ce sont les sentiments mêmes de vos suivants, maintenant séparés de vous, que je signale à votre appréciation. Vous m’alléguerez peut-être que vous n’êtes pas complètement délaissé et qu’il vous reste encore quelques fidèles auxquels la Minerve sert de truchement. Je ne contesterai pas la chose ; il fallait s’y attendre. Il y avait là une occasion à saisir pour ceux qui ne pouvant se signaler au public par la supériorité de leur intelligence ni par la splendeur de leur intégrité, cherchent à se distinguer par la transcendance de leur infamie. Le czar Nicolas voulait étonner le monde par la profondeur de son ingratitude, tout comme les rares approbateurs actuels du ministère veulent s’attirer l’attention et les faveurs de sir John A. Macdonald par la noirceur de leur ignominie.
Que va-t-il sortir de tout ceci? Les libéraux n’ont pas attendu la mort de Riel pour vous témoigner leur désapprobation. Nous avons constamment combattu la politique qui nous conduisait fatalement à cette catastrophe. Nous avons conjuré le gouvernement de revenir sur ses pas dans la voie périlleuse où il s’était bénévolement engagé; nous l’avons supplié de rendre justice à ceux à qui justice était due ; nous lui avons demandé, dans nos journaux et dans les chambres, d’examiner les prétentions des Métis; nous lui avons fait voir qu’après avoir paralysé toutes les forces vives du pays ; après avoir stérilisé les capacités de l’agriculture et entravé de la manière la plus funeste les mouvements du ^commerce et de l’industrie, il tarissait toutes les sources d’exploita-
tion naturelles et légitimes et qu’il livrait la fortune publique à l’audace des faiseurs dont les opérations sont la cause la plus immédiate du soulèvement du Nord-ouest. Aujourd’hui, après la sombre tragédie dont Riel a été l’héroïque acteur, nous pouvons dire — quelles que soient les prétentions contraires — que nous sommes innocents de la mort de ce juste. Et pour cette déclaration nous n’avons pas besoin de faire venir le bassin symbolique de Ponce-Pilate pour nous laver les mains, car nous n’avons pas les mains souillées : elles n’ont pas trempé dans le sang de l’innocent.
Maintenant, quelque soit le caractère lugubre de la question qui nous occupe ; quelles que soient les appréhensions simulées des fomentateurs intéressés de discordes de race, il faudra toujours que cette question se résolve en une simple affaire d’administration. C’est lors de l’examen du prochain budget que va se faire l’étude la plus sérieuse et la plus pratique de la situation que nous ont faite les derniers événements. La session qui va suivre offrira sous ce rapport un intérêt tout spécial. Si Louis Riel n’eût pas été exécuté, il est présumable que lorsque le ministère aurait demandé les crédits qu’il lui faut pour le futur exercice financier, les libéraux auraient invoqué, comme il vont le faire, les raisons qui militent le plus fortement contre le gouvernement. Ils auraient reproché aux ministres l’augmentation scandaleuse des frais annuels de l’administration, la progression vertigineuse de la dette publique, le fléchissement dont notre crédit est menacé, la dépréciation de la valeur des terres publiques causée par la guerre, l’effusion du sang et la quantité énorme de millions qu’il nous va falloir débourser pour solder le coût de toutes ces choses. Si, pour se justifier, le gouvernement eut invoqué le f&i^-de l’insurrection ; s’il eut prétendu, et même s’il eut démontré, qu’il avait fait tout ce qu’il avait pu pour éviter ce conflit après que le pays en eut été menacé, les libéraux auraient été encore bien fondés à demander la déchéance du cabinet en alléguant l’incapacité même et l’impuissance dont le gouvernement aurait excipé. Car enfin les gouvernements sont chargés de maintenir la paix, et ceux qui sont impuissants à remplir cette besogne, ne se trouvant pas à la hauteur des circonstances, doivent céder leur place à d’autres. Voilà ce que dit la logique et voilà ce qu’auraient demandé les libéraux en s’appuyant sur les principes du plus strict droit constitutionnel. Et si Riel n’eut pas été pendu, il est probable que le parti ministériel dans son ensemble aurait repoussé les prétentions du parti de l’opposition et aurait acclamé ce gouvernement modèle,
qui a la complaisance grande de ne pas couronner par la pendaison des nôtres ses extravagances administratives. Mais Riel a été pendu, et cela amène au budget un chapitre de dépense imprévue pour l’acquittement de laquelle les conservateurs ne se montreront peut-être pas disposés à voter le crédit nécessaire. Il y aura, si la comptabilité est bien précise, un item porté comme suit : Acquisition d'une corde et un autre item mentionné de la sorte : Construction d'une potence ; ces items seront donnés dans les dépenses casuelles — contingences — du département de la justice, et ils devront avoir en regard les noms du fournisseur et de l’entrepreneur favorisés de la clientèle du gouvernement. Si les conservateurs canadiens-français trouvent cette dépense/ non-seulement inutile et extravagante, mais encore odieusement intempestive, et s’ils jugent à propos de renverser le ministère qui n’a pas su l’éviter, je vous le demande, monsieur le ministre, n’auront-ils pas fait là un acte purement constitutionnel, strictement parlementaire, et pourra-t-on raisonnablement les accuser d’avoir violé la constitution ou de s’être mis en état d’insurrection contre l’autorité? Il me semble que voilà la question réduite à sa plus simple expression, et vous me pardonnerez ma curiosité si je veux savoir ce que vous auriez à répondre à ce petit énoncé. Dans le cas que je vous présente ici les conservateurs-ministériels seront devenus des conse.rvateurs-oppositionnistes ; mais seront-ils devenus des traîtres, ou des imprudents ou des insensés, comme on le prétend dans certains endroits infiniment rares? Pour moi, il parait à mon ingénuité que, pour le grand parti conservateur, le bruit de la chute de Riel, brusquement arrêté dans l’espace par l’ignoble lacet fiîignfdô plus haut, a été le coup de foudre sur le chemin de Damas ; que l’éclair a dessillé les yeux de nos adversaires aveuglés par les éblouissantes fantasmagories de notre perpétuel premier ministre, et qu’ils voient maintenant comme dans le cristal le plus pur le caractère, condamnable de la politique dont vous avez été le populaire interprê te. Il est seulement profondément à regretter qu’il ait fallu pratiquer sur la personne de l’un des nôtres l’acte de ^brutale/chîrnrgie qui a fait sortir le sang dont l’effusion a détruit cette déplorable léthargie. Pour faire déborder le vase qui contient les iniquités ministérielles, ce n’est pas une goutte d’eau — selon l’expression commune — qu’il a fallu ; c’est une goutte de sang. Et cela est beaucoup plus triste que vous ne paraissez le croire. Une fois le mouvement de réaction commencé, nos contradicteurs de jadis semblent vouloir le pousser jusqu’à ses dernières consé-
quences. Ils mettent à cette œuvre une impitoyable logique, et leurs aveux se succèdent avec une rapidité qui cause un véritable plaisir à tout ce que le pays compte d’hommes sincères. Je pourrais vous citer à l’appui de ce que je dis ici une foule d’organes de la presse conservatrice et une forte quantité de déclarations faites par des députés et des orateurs de votre parti. Mais vous les connaissez sans doute. Je vais me borner à vous citer ce qu’à dit le député de Bellechasse, M. G. Amyot, qui semble avoir mis dans l’émission de ces vérités toute la fougue, toute la pétulance qu’il mettait autrefois à vous manifester son enthousiaste admiration. Dans un discours prononcé à Bellechasse, le 29 du mois de novembre dernier, M. Amyot disait :
La mort de Ricl est donc un crime dans les circonstances.
Qui en est responsable ? Sont-ce les députés ? Non, ils ont protesté de toutes leurs forces, bien que leur temps d’agir soit surtout .pendant les sessions de la Législature, et que les ministres ne les aient pas même consultés. Est-ce la presse ? Non, elle a noblement fait son devoir. Est-ce le gouvernement local? Non, la question n’est pas de son ressort.
Le gouvernement fédéral seul est responsable. C’est lui qui a préféré l’orangisme au monde civilisé. Sir John a exigé la pendaison, à la demande de l’orangisme, et nos ministres ont concouru. Le premier coupable, c’est sir John A. Macdonald ; le deuxième, c’est le chef de notre province, sir Hector L. Lange vin. A lui surtout incombait le devoir impérieux de repré senter nos vues dans le cabinet, et de les faire prévaloir quand elles étaient pour la clémence.
Ah ! malheureusement, ce n’était pas la première fois qu’il commettait de ces actes de faiblesse étonnante. Il n’est pas arrivé, du premier coup, à concéder la vie d’un compatriote. C’est mon pénible devoir de vous dire tout ce que j’en pense. Depuis longtemps sir Hector cédait systématiquement quand il s’agissait de nos intérêts.
A l’origine de ce parlement il a consenti à n’avoir pas d’orateur français à Ottawa. La coutume introduite par sir G-corge, de faire présider l’une des deux chambres par un canadien-français avait invariablement été respectée ; céder sur ce point, c’était commettre une grande faute, car elle impliquait l’abandon d’un droit national et d’un principe. On nous demanda de tolérer : il ne fallait pas froisser Ontorio, on aurait des compensations, un peuple doit avoir des vues larges ! Nous cédâmes le chagrin et la honte au cœur. On ne rompt pas du. premier coup des liens vieux et puissants. Du reste, on nous promettait que ce n’était que pour peu de temps.
Puis vint le bill des licences. Nous réclamâmes au nom de la lettre et de l’esprit de la constitution. C’était priver les provinces de droits indéniables et très importants. Rien n’y fit : sir Hector céda. Nos protestations furent telles que le gouvernement consentit à faire décider la question de droit par les cours. La Cour Suprême nous a donné raison. Le gouverne-
ment aurait dû se contenter de cette interprétation par notre plus haute cour et passer une loi pour enlever tout doute et déléguer aux gouvernements locaux tout pouvoir que pouvait prétendre le gouvernement central. Mais sir John tend à l’union législative, et il a porté appel au conseil privé. La cause n’y est pas plus tôt en délibéré, qu’il se rend précipitamment en Angleterre ! On verra l’effet de sa présence là.
Vint la question de l’octroi considérable au Pacifique. ||Nous étions favorables à cette mesure, mais nous avons demandé compensation pour les vieilles provinces ; nous voulions aider l’ouest pourvu que nous pussions aider l’est en même temps. Quelle lutte il nous a fallu faire ! Finalement on nous promit remboursement d’une partie de ce que nos chemins de fer avaient coûté. Mais sur le montant promis, on nous a gardé $1,000,000:, et sir Hector y consent volontiers.
Nous avons demandé le terminus du Pacifique à Québec et une ligne courte sur le sol canadien. Sir Hector a consenti à nous laisser berner de la plus belle façon sur ce sujet.
Nous avons demandé un traité de commerce avec la France. Nous y avons un immense intérêt. Sir Charles Tupper avait obtenu le consentement de l’Angleterre et de la France. Mais sir John refuse et sir Hector cède sur ce point comme sur les autres.
Nous avons demandé une juste part dans les emplois du Nord-ouest. Il parait que ça dérangerait bien des spéculateurs orangistes et sir Hector n’insiste pas pour ne pas déplaire à ces messieurs.
Et quel travail énorme il nous faut faire en chambre pour empêcher une législation constamment centralisatrice! Sir Hector l’a tolérée pour conserver et augmenter le respect qu’Ontario a pour ses vues larges !
Il n’y a pas jusqu’à l’Intercolonial, pour la partie qui passe chez nous, où la faiblesse de sir Hector ne se fasse pas sentir. Il laisse enlever, un à un, à M. Macdonald, le digne surintendant actuel, tous ses pouvoirs. Aussi l’administration de ce chemin ne se soucie-t-elle pas du tout des besoins et du confort de c'ette partie du pays. Sir Hector était le protecteur naturel des Métis français. Il avait toute une province à sa suite pour lui donner la force de les protéger. Il les a laissé maltraiter sans protêt, sans nous informer de leurs souffrances. Son voyage au Nord-ouest n’a servi qu’à lui faire recevoir des adresses de félicitations.
Sir Hector devrait comprendre l’importance d’encourager l’émigration française vers les’riches régions du Nord-ouest : il n’en fait rien.
Il à consenti sous prétexte de rendre justice aux Métis, à ce qu’on leur donnât des scrips qui font la fortune des sociétés anglaises, mais qui, pour les Métis, ne sont qu’un moyen d’exploitation de leur crédulité et imprévoyance. En fin de compte, ces scrips n’ont .été qu’un moyen de livrer gratuitement le sol du Nord-ouest aux spéculateurs étrangers.
Je pourrais multiplier les exemples. Sir Hector semble avoir pour prineide, depuis quelque temps, de céder toujours et partout. Pourquoi le fait-il? Est-ce par manque de talent ? Non. On me dit qu’il espère, par
ce moyen, devenir premier ministre de la Puissance, et que cela contribuerait à notre gloire nationale. Il peut avoir raison, mais je ne suis pas de son avis.
Ce spécimen des dispositions actuelles de vos amis doit suffire à vous démontrer que les exigences despotiques de l’esprit de parti n’ont plus de prise sur ceux que l’exécution de l’apôtre des revendications métisses a réveillés de leur ataraxie et qu’ils condamnent la politique générale du gouvernement sans se soucier plus que cela de l’approbation antérieure qu’il lui ont donnée.
Je vais prendre maintenant la liberté d’examiner votre manifeste point par point et de le soumettre à l’épreuve de mes commentaires. Mais il convient, avant de commencer, de vous rappeler que la pendaison de Riel a été appelée dans toutes les assemblées publiques et par la quasi totalité des journaux de notre province, un meurtre politique, un assassinat juridique, un crime horrible de la perpétration duquel le gouvernement de sir John A. Macdonald, tel que composé lors de l’exécution, doit être tenu constitutionnellement responsable. MM. Trudel, Desjardins, Beaubien, Girouard, Vanasse, Armand, Bellerose, Bergeron, tous sénateurs et députés conservateurs, ont été de cet avis et ont déclaré avoir été odieusement trompés par vous et par vos collègues. MM. Amyot, Tarte, Garneau, Faucher de St-Maurice et autres sommités du parti ministériel ont fait des déclarations analogues. A rassemblée du Champ-de-Mars, on a vu des hommes comme MM. J. L. Beaudry, Coursol, Malhiot, protester avec les orateurs libéraux contre ce meurtre , contre ce crime épouvantable. Le Monde , monsieur le ministre, le Monde du 23 novembre a appelé la chose l'outrage sanglant fait à notre nationalité. Aurais-je besoin de vous rappeler ce qu’ont pu dire les autres journaux conservateurs? Je *æ- vous remets cela en mémoire pour vous prévenir que si, au cours de mes remarques, vous trouvez les mots assassins , meurtriers ou leurs équivalents, ce n’est pas moi qui les ai inventés, puisqu’on les trouve dans tous les dictionnaires, et que ce n’est pas moi non plus qui en ai inauguré ici l’application qualificative ; mais que ce sont vos propres amis, dont je ne ferai qu’interprêter les sentiments en me servant de leur langage.
Vous débutez ainsi :
“Je vous ai promis un exposé franc et loyal des raisons qui ont guidé ma conduite dans cette affaire Riel, à laquelle on a donné malheureusement une tournure politique qu’elle n’aurait jamais dû avoir.
11 Je m’empresse de vous faire parvenir cet exposé. Il sera la réponse aux appels passionnés qu’on a faits à votre sympathie, à votre générosité qu’on veut exploiter aux dépens de la confiance que vous avez jusqu’ici reposée en moi. ”
Cette entrée en matière est tout à fait conforme aux préceptes d’Aristote, de Quintillien et des autres rhéteurs, qui recommandent les exordes insinuants où l’on fait appel à la u sympathie ”, à la u générosité” de ceux à qui on s’adresse. Vos harangues populaires ne laissaient pas présumer que vous eussiez un tel souci des agréments du langage, et je constate non sans étonnement que votre manière actuelle est plus dans le goût d’Isocrate que dans celui de Bobèche. Au demeurant, vous n’abaissez pas outre mesure le diapason de votre parole et vous faites sentir, comme il convient, à vos électeurs que s’ils pensent donner à un mouvement quelconque u une tournure politique” qui n’ait pas votre approbation, ils sont enfouis dans la plus profonde de toutes les erreurs. Si votre empressement à exposer vos vues désintéressées à vos électeurs est suivi de leur part d’un empressement aussi vif à les adopter, vous devrez être au comble de la félicité. Quant à la franchise et à la loyauté de votre exposé, me sera-t-il permis de chercher dans la suite de votre discours la confirmation dé cette rassurante affirmation ?
Vous dites :
u J’ai cru que ce n’était pas au milieu d’une assemblée convoquée dans un but politique, où les paroles ne seraient pas mesurées par la prudence, mais exagérées par le besoin de me nuire auprès de vous, que je devais vous dire ma pensée sur cette malheureuse affaire ”
Ici, dansSt-Hyacinthe, on a été frappé delà répugnance soudaine que vous éprouvez pour les assemblées publiques et du besoin que vous ressentez de u mesurer vos paroles par la prudence, ” vous qui avez toujours tant aimé, même dans les circonstances les plus solennelles, même devant les assises, à vous livrer aux voluptueux hasards du verbe improvisé. Cette crainte des exagérations vous fait honneur, monsieur le ministre ; mais il y a des gens qui regrettent que vous ne l’ayez pas entretenue avant l’exécution de Riel, acte qui parait d’une exagération monstrueuse à une foule de personnes qui ne me semblent pas dépourvues de la clairvoyance ordinaire. Néanmoins, comme vous nous promettez de nous faire connaître votre u pensée sur cette malheureuse affaire, ” je vais en profiter pour la faire connaître aussi à ceux qui n’ont
pas en occasion d’en lire l’expression dans votre lettre du 6 juin à nos frères de Fall-River.
Poursuivons donc :
? “Je viens m’acquitter de ce devoir avec tout le calme que vous exigez quand on vient vous parler de choses qui intéressent votre conscience comme électeurs, vos sentiments comme citoyens d’une grande nation. ”
Le calme, monsieur le ministre, voilà la qualité maîtresse, et vous ne sauriez croire comme je suis heureux de vous en voir pourvu. Seulement, il n’est pas hors de propos de vous demander si vous appelez calme la conduite de celui qui reste impassible en voyant le meurtre de son frère commis sous ses yeux. La délicieuse atmosphère des bureaux d’Ottawa est imprégnée de cette sereine tranquillité, et il n’y a pas jusqu’aux meubles capitonnés qui n’invite à ce repos dont vous paraissez comprendre le prix mieux que tout autre. Mais pour certaines âmes, monsieur le ministre, le spectacle d’un échafaud, d’une exécution capitale — s’agirait-il du plus affreux chenapan dont les fastes des cours d’assises fassent mention — n’est pas fait pour leur inspirer cette indifférence stoïque à laquelle peuvent atteindre les caractères trempés à la façon du vôtre.
“ Un vent de révolte souffle en ce moment avec violence sur la province de Québec, menaçant de renverser sur son passage, si on ne l’arrête, le parti conservateur et le ministère. ”
Ici, monsieur le secrétaire d'Etat, je më permettrai de vous demander ce que vous entendez par “un vent de révolte,” et d’où souffle celui dont vous parlez. Je suis citoyen dans ce pays, et à ce titre je me crois en droit de vous poser cette question : Qui êtesvous ? êtes-vous mon maître, mon égal ou mon serviteur ? Si vous êtes mon maître, monsieur, établissez vos titres ; mais le jour où vous les aurez établis, comptez-moi immédiatement parmi les révoltés , car j’ai vécu jusqu’à présent sous l’empire d’une illusion qui m’est chère et dont je ne suis pas prêt à me séparer. Tous les jougs me pèsent, et celui qui me semble le plus lourd, bien que je ne l’aie jamais subi, c’est le joug du despote et de l’usurpateur. Nous vivons — du, moins c’est en cela qu’a consisté mon illusion, si c’en est une — sous une forme de gouvernement constitutionnel, parlementaire et surtout responsable. C’est-à-dire qu’ici toute autorité procède du peuple, qui la délègue, dans ses commices, à des mandataires spéciaux appelés ministres, lesquels se trouvent nantis, non pas d’un pouvoir de maitrise et de domination, mais chargés d’un
devoir , d’un service à faire. En sorte que, monsieur le ministre, non seulement vous n’étes pas mon maître ; mais, en votre qualité de citoyen, vous êtes mon égal et, en votre qualité de ministre, vous êtes mon subordonné, puisque vous êtes mon serviteur. Indiquez-moi donc de quelle façon je pourrais me révolter contre mon domestique — serait-ce le modèle des valets — si je le chasse de ma maison, même par caprice.
Je vous entends : le ministère est en péril et le parti conservateur est en danger. Mais quelle est cette doctrine qui fait du ministère une puissance perpétuelle et du parti conservateur une caste, la seule caste où se recrutent les soi-disants gouvernants ?' Je vais vous recommander le calme à mon tour. N’ayez crainte quand votre gouvernement sera détruit, nous en trouverons un autre. Et si, pour le composer, parlant à peu près comme Lafontaine,
Il faut des médecins, il faut des avocats,
Ces secours, grâce à Dieu, ne nous manqueront pas.
Les libéraux ne sont pas des ilotes, monsieur le ministre. Ils forment dans l’Ontario un gouvernement qui ne fonctionne pas mal ; ils gèrent la chose- publique sans accumuler de dette et sans créer de déficits. Il se peut que de pareils résultats administratifs, tout à fait en dehors de vos traditions, soient pour vous une preuve d’infériorité ; mais il faudra que l’esprit de parti, auquel vous faites un appel si déchirant, soit bien fort, pour que ceux qui viennent de vous abandonner d’une façon si éclatante préfèrent aux libéraux les assassins; car — je me félicite maintenant de vous l’avoir rappelé— l’exécution deRiel a été proclamé un crime, un meurtre, un assassinat par les conservateurs mêmes à qui vous vous adressez ; et c’est vous qui avez ordonné cette pendaison.
Ce mot de révolte me revient sur le cœur. Permettez-moi d’ouvrir une paranthèse pour vous exposer ce qu’il m’inspire.
De 1873 à 1878, nous avons eu un gouvernement libéral. C’est mon opinion que ce gouvernement a été irréprochable et qu’il a fait tout ce qu’il était humainement possible de faire, pour administrer convenablement nos affaires passablement embrouillées, et surtout pour payer les verres cassés par le ministère précédent — lequel ressemblait à s’y tromper au gouvernement actuel. Cependant, monsieur le ministre, — laissez-moi vous voler vos expressions -—vous n’avez aucunement hésité à u souffler un vent de révolte ” contre le cabinet et[à le renverser, ainsi que le parti libéral d’où il
émanait. C’est avec le cri protectionniste que vous avez opéré ce renversement. M. Mackenzie, alors premier ministre, était libreéchangiste. Comme moi, il était convaincu que le libre-échange est le principe primordial de l’existence naturelle des sociétés humaines. Se croyant, sous le rapport économique, en pleine possession de la vérité absolue, il aurait pu — raisonnant comme vous — essayer de passer outre à la volonté du peuple, qui adhérait au protectionnisme. Mais pour nous libéraux, monsieur le ministre, le principe fondamental de la constitution, qui est la souveraineté du peuple, passe avant nos convictions les plus fortes, ou plutôt c’est la plus forte de nos convictions.
M. Mackenzie s’est retiré devant la condamnation, injuste à son sens, que lui infligeait le peuple, et il ne lui est jamais venu à l’idée de dire que celui-ci s’était révolté contre ses serviteurs. Si ce n’est pas se révolter que de renverser un gouvernement équitable, qu’est-ce donc lorsqu’il s’agit d’un gouvernement prévaricateur comme le vôtre ? Travailler à renverser un tel ministère, non seulement ce n’est pas vouloir détruire la forme meme de notre gouvernement; c’est vouloir appliquer le principe sur lequel elle repose ; et, en prêchant la doctrine que je vous reproche ici, c’est vous, monsieur le ministre, qui vous mettez en état de révolte contre la constitution. N’avais-je pas raison de vous demander d’où soufflait la tempête que vous signaliez ?
Vous continuez :
“ Plaise à Dieu que là seulement se borne le désastre, et que la nationalité à laquelle nous appartenons n’en soit pas la ruine la plus sérieuse. Un parti politique peut vite se réorganiser, un ministère est bientôt oublié et se remplace encore plus facilement qu’il ne s’oublie ; mais les blessures que la nationalité reçoit saignent longtemps et ne se guérissent jamais complètement. ”
Oh ! oh ! je vous comprends de mieux en mieux : à la politique de la strangulation devait nécessairement succéder la politique de l’épou vantement. Le ministère vient de commettre pn meurtre : “ applaudissez, nous crient les ministres, sinon toute la nationalité pourrait bien y passer. ” La terreur est à l’ordre du jour. Où sont Robespierre et Fouquier-Tinville ? Robespierre est dans le cabinet et Fouquier-Tinville à Régina où fonctionne le tribunal révolutionnaire. Quant aux aimables chenapans qui composent notre Comité de salut public, tout le monde les indique du doigt; mais on répugne à les nommer. J’aurais regret, monsieur le ministre, de me voir forcé de raviver vos souvenirs historiques; mais je
vous prie dé songer que le règne de la Terreur n’a pas été éternel et que le 9 Thermidor est une date dans l’histoire delà Révolution. Je veux pousser l’audace jusqu’à essayer de raisonner contre la terrorisation. Les “ blessures faites à notre nationalité” ; mais ce n’est pas une blessure ordinaire, c’est un coup mortel qu’elle a reçu à Régina ; et c’est vous qui le lui avez porté. Son salut viendra de son énergie à vous repousser. S’il lui en reste assez, elle est sauvée. Et non seulement elle, mais tout le pays. Car c’est en vain que vous cherchez à faire croire qu’un gouvernement peut se maintenir sans notre appui. C’est en vain aussi, monsieur le ministre, que vous voulez insinuer que les libéraux anglais vont prêter au ministère l’appui que les conservateurs français menacent de lui retirer. Je me flatte de connaître les libéraux mieux que vous ; et si je n’avais pas leurs propres déclarations, je vous dirais encore que les libéraux seront toujours hostiles à votre gouvernement, non parce qu’ils sont anglais cm parce qu’ils sont français, mais parce qu’ils abhorrent l’iniquité et que, du commencement jusqu’à la fin, votre administration des affaires du Nordr ouest — sans compter vos actes de législation criminels portant sur d’autres matières — a été une iniquité sans nom qui s’est terminée par un meurtre épouvantable. De telles gens ne vous soutiendront jamais, j’en atteste leurs croyances les plus sincères; j’en atteste tout ce qu’ils ont d’intelligence, d’honneur, d’intégrité et de respecthumain. Mais j’ai leurs déclarations. J’ai leurs écrits où ils disent que le mouvement dit national auquel vous et vos rares amis — de connivence avec les conspirateurs ministériels ontariens — attribuez gratuitement une portée qu’il n’a point, est un mouvement tout à fait constitutionnel, et qu’il a été provoqué par les abominations du ministère. J’ouvre les journaux et je vois qu’à l’inauguration de ce mouvement, à l’assemblée tenue le 19 novembre, dans la salle du Cabinet de lecture paroissial , à Montréal, l’ho* norable monsieur Beaubien, une des fortes' têtes de votre parti, a déclaré : Il a été dur pour les conservateurs de brider les liens d'association qui duraient depuis si longtemps , mais ils ont eu assez de patriotisme pour rompre courageusement tous liens avec leurs anciens amis. Et monsieur Beaubien, voulant établir que c’est une légitime lutte constitutionnelle et non une guerre de race que l’on entreprend par ce mouvement, a dit je xpressément : Ce mouvement est unanime ; nous voulons la justice et la liberté pour tous ,