MÊME POUR LES ORANGISTES QUI VEULENT NOUS EN PRIVER
Voilà le premier énoncé officiel qui a été fait au sujet de ce mouvement, par un homme autorisé.
L’honorable monsieur Mercier déclare immédiatement après: II ne s'agit pas d'une guerre de nationalité ; il s'agit d'une revendication de nos droits Il faut que la manifestation projetée soit une
protestation solennelle ralliant toute les opinions et toutes les nationalités. Toutes les nationalités, entendez-vous, monsieur, vous qui feignez de trembler pour la nôtre ? Vous voyez bien que Vos interprétations terrifiantes et intéressées reposent sur le néant; qu’il s’agit d’une œuvre nationale, dans la plus large acception du mot, pour nous habitants de la confédération canadienne, et qu’il n’est nullement question d’une entreprise section nelle. Monsieur Girouard, député conservateur de Jacques-Cartier, a dit : Le gouvernement nous a odieusement trompés Je le déclare hautement , je
ne veux plus soutenir le gouvernement. Ce n’est pas parce qu’il est canadien-français que monsieur Girouard retire sa confiance au ministère; c’est parceque,dans son appréciation, le ministère est un odieux trompeur. L’honorable sénateur Trudel, dont la répugnance pour toute idée de révolte est bien connue, approuve ce qui vient d’être dit. Monsienr Laflamme, ancien ministre de la justice, donne son adhésion à ce mouvement. Monsieur Desjardins, député conservateur d’Hochelaga, dit : Les ministres nous ont tenus dans une déception continuelle. Ce- n’est pas des ministres anglais qu’il parle; c’est de vous et de vos deux collègues français dans le cabinet. Et il a terminé en s’écriant : Que la carrière de sir John quia commencé en 1849, au reflet de l'incendie du Parlement à Montréal , aille finir derrière le gibet de Riel! Monsieur Fabien Vanasse, député conservateur du comté d’Yamaska et rédacteur eu chef du Monde , organe ministeriel, abonde dans le sens des orateurs que je viens de citer. eX il dit . Je ne veux plus appuyer le gouvernement , qui ne mérite plus la confiance des hommes bien pensants. Sir John emportera dans la tombe le déshonneur qui s'attache à son nom. Quan ' à moi. je suis prêt à remettre mon mandat à mes électeurs s'ils n' approuvent pas ma conduite.
Monsieur Bergeron, autre conservateur, représentant le comté de Beauharnois à la chambre des communes, fit des déclarations absolument identiques. Il manifesta son hostilité au gouvernement et se dit prêt à résigner dans le cas où ses électeurs ne partageraient pas ses sentiments. Monsieur l’échevin Préfontaine, libé al, président du Club national, professe les opinions ci-dessus énoncées.
Dites moi, monsieur le ministre, dans laquelle de ces déclara-
lions vous trouvez contre l’élément anglais une provocation qui mette en péril les intérêts de notre nationalité.
A Bienville, localité du comté de Lévis, il y a eu, le vingt novem bre, un meeting très considérable. Les hommes les plus importants de la division de Québec s’y étaient rendus. Monsieur Desjardins y renouvela les déclarations qu’il avait faites la veille à Montréal. Monsieur Guilbault, député conservateur de Joliette, monsieur le sénateur Pelletier, libéral, monsieur G. Amyot, député conservateur de Bellechasse, monsieur Tarte, rédacteur du Canadien , journal conservateur, ont parlé dans le même sens que les agitateurs de Montréal. Pas un seul mot dans leurs discours impliquant que le mouvement ait le caractère dont vous voulez le souiller. Monsieur Tarte a dit explicitement : En 1837, nous avons eu pour nous des anglais et des français de France. En restant dans la constitution nous aurons pour nous la majorité des anglais bien pensants. Nous avons déjà pour nous les irlandais qui ont aussi le cœur et le sang chauds. Mais nous ne sommes plus avec les tories. Et je vais vous citer des faits incontestables qui nous donnent mille fois raison de nous séparer d'eux. ÆH 1869, sir John, un homme éminent certes, mais aussi fourbe qu'il est éminent (bravos) fit venir de Rome Monseigneur Taché, pourquoi? Pour tromper les Métis, au risque de ruiner ce prélat parmi les catholiques (honte ! honte !). Un autre fait historique est que les Métis sous sir John ont été traités en parias
Un autre trait de sir John, c'est sa lettre à son fils, dans laquelle ,, lui, l'un des conseillers de sa Majesté la Reine d'Angleterre , il faisait appel aux volontaires de Winnipeg et d'Ontario pour écraser les Canadiens français.
Dans tout cela, monsieur le ministre, je vois bien que les Gana diens-français ont été provoqués comme race par le premier ministre; mais je ne vois pas qu’ils aient provoqué qui que ce soit. Monsieur Tarte a ajouté : Messieurs, je suis le premier journaliste conservateur qui ai dénoncé sir John à mon parti, et pour vous prouver que depuisassez longtemps je connaissais cet homme, je vous rappellerai la part que j'ai prise à l'élection ae votre député actuel.
Je vous le répète, monsieur le ministre, je vois bien là des gens* lassés mais je ne vois pasque cette lassitude provienne du fait que le premier ministre est de descendance écossaise. Ils le tiennent pour fourbe parcequ’il est fourbe, et c’est cette fourberie et non sa nationalité qui lui mérite ces manifestations hostiles. Enfin, monsieur
le ministre, après ses réunions préliminaires, c’est à la grande assemblée du Champ-de-Mars à Montréal, que s’est fait voir dans tout sa signification le mouvement qui vous terrifie, vous et vos collègues, et dont vous faites semblant d’avoir peur pour nous. Je veux être aussi respectueux qu’il convient ; mais — bien que je n’aime pas cette manière de procéder — Je vous mets au défi de me citer un seul mot de toutes les harangues qui ont été prononcées en cette occasion, justifiant vos craintes chimériques. Et je vais vous citer, au contraire, des énoncés d’intentions qui vont faire voir tout le néant des absurdes appréhension que vous simulez. Voici d’abord ce qu’a dit mon'ami conservateur, monsieur George Duhamel, qui, à vos côtés, a livré naguère plus d’un combat contre nous :
Nous cherchons aux sources les plus pures, dans ce qu’il y a de plus élevé dans l’âme humaine, la base d’une politique d’union, de fraternité, d’uno politique sage, éclairée et progressive.
Nous venons ici oublier, sacrifier sur l’autel de la patrie, nos divisions et nos haines d’hier, afin d’assurer une union indissoluble de tous les cœurs et de toutes les volontés, et assurer ainsi la chute du gouvernement qui vient de nous déshonorer en pendant Riel après avoir sursi trois fois à son exécution.
Il n’y a rien dans cet exposé de l’opinion de monsieur Duhamel, qui implique l’intention de faire une guerre de race. Loin que ce soit nous qui voulions provoquer qui que ce soit, c’est le gouvernement u qui vient de nous déshonorer etc.”
Monsieur Goursol, le député conservateur de Montréal-Est, qui abonde dans le sens réel de ce grand mouvement et qui a retiré publiquement son approbation au ministère, a dit :
Nous avons pris cette résolution, messieurs, parceque l’honneur et la jus tice nous l’imposent. Nous n’avons pas demandé la commutation de la peine de Riel seulement parcequ' il était Français, mais parcequ’il ne méritait pas la mort, parce qu’on n’exécute plus un condamné politique dans aucun pays du monde. Voilà la faute impardonnable de sir John A. Macdonald, la raison qui nous l’a fait abandonner
Nous ne cherchons pas une guerre de race ; nous ne réclamons qu’une chose : respect à notre race comme elle respecte les autres races ; justice égale
pour tout le monde sur la terre du Canada Ceux qui ont
demandé la tête de Riel devront bientôt courber la leur devant l’attitude et la protestation indignée de tout ce qu'il y a J honorable non-seulement chez les Canadiens-français, mais chez tous les citoyens de la confédération à quelque origine qu'ils appartiennent.
Voilà des expressions qui ne justifient guère vos assertions, monsieur le ministre.
M. Malhiot, ancien ministre conservateur, a dit :
J’ai toujours suivi le drapeau conservateur, messieurs ; mais aujourd’hui je n’hésite pas à dénoncer les hommes responsables du crime contre lequel nous protestons 5 je n’hésite pas à m’unir au mouvement qui se fait pour renverser le gouvernement des bourreaux de Riel ; c’est ce que nous avons à faire en ce moment ; quand nous l’aurons exécuté ce gouvernement, il sera temps de voir quels matériaux devront entrer dans la nouvelle organisation $ nous verrons quelles alliances meilleures que celles du passé nous devrons faire avec les partis dans la province d’Ontario.
Trop longtemps la province de Québec a servi de marche-pied à ceux que nous avons eus pour alliés dans les autres provinces. Il semble être temps de chercher de nouvelles alliances. fttÎTT(I
L’honorable monsieur Laurier a dit à son tour : 0'}.TTff"
Les journaux de l’Ontario voudraient aujourd’hui nous contester le droit de nous assembler pour protester contre les injustices commises, et cependant il n’est pas un canadien de l’Ontario, à quelque nationalité qu’il appartienne , qui ne s’accorde à dire que les Métis de la Saskatchewan ont été traités avec la plus grande injustice. Riel est véritablement victime d’un meurtre judiciaire et il est du devoir des Canadiens dédoute nationalité de voir à ce qu’un semblable meurtre ne soit pas répété.
Notre pays est un pays libre, et son gouvernement n’a pas le droit de
commettre un meurtre judiciaire
Il est important de bien comprendre que la rébellion n’était pas une guerre de race , mais bien la revendication des droits d'une race. Les Métis ne demandaien t$pour eux* que les droits accordés à toutes les autres races. Le crime de Régina sera certainement vengé non-seulement par les Français , mais aussi par toutes les autres races. Ce ne sont pas des faveurs que réclamaient les Métis , ils ne réclamaient que la justice pure et simple. Ils étaient aussi jaloux des libertés des \autres que des leurs propres, et ils comprenaient que s'ils tolê •
raient qu'une injustice leur fût faite, on en ferait autant aux autres
Aujourd’hui non-seulement nous Canadiens-français , nous sommes unis, mais nous comptons des alliés chez les Irlandais et les Anglais. Les meilleurs amis de Papineau n'étaient-ils pas des Irlandais et des Anglais ? O'Callaghan ne fut-il pas son ami fidèle1? Wolfred Nelson, qui commandait les rebelles à St- Denis, était un anglais et T. S. Brown en était un autre. Lorsque Lafontaine fut battu à Terrebonne, il fut élu par le comté d' York, représenté aujourd'hui par M. Mackenzie. Lorsque le bill d'indemnité fut présenté devant le Parlement , son plus puissant avocat fut M. Hume Blake, le père de M. Edward Blake. Et, au cours de la dernière session, M. Blake défendit les intérêt des Métis avec un
talent qui nous a montré qu'il était le digne fils de ce père illustre
Les Canadiens-français, tant qu'ils resteront dans les limites de la légalité trouveront de puissants alliés dans toutes les autres provinces.
Laquelle de ces paroles de M. Laurier recèle le péril dont vous parlez, monsieur le ministre ? J’attends votre réponse, si vous voulez bien encore faire à la vérité l’honneur de l’outrager.
M. Tarte, le rédacteur conservateur d’un journal ministériel, l’adulateur actuel du talent que l’on vous attribue, a fait, dans cette circonstance,' la catégorique déclaration que voici :
Nous sommes ici constitutionnellement assemblés ; nous faisons acte de liberté parlementaire comme nous l’avons fait ailleurs, comme demain nous le ferons. Et cependant, nous entendons des voix qui nous avertissent — et parmi celles-là, la voix du Mail est la plus forte— que notre conduite est de nature à provoquer contre nous une coalition de nos concitoyens des autres provinces et d’origine différente de la ndtre.
Quiconque tient ce langage ri* interprète pas dans leur signification vraie les libertés constitutionnelles dont nous jouissons et qui nous sont chères , à nous qui avons été les premiers à les réclamer pour notrepays. Nous élevons la voix sur une question de droit public : la question de race , de religion est à Varrièr e plan dans ce grand débat Nous soutenons que l’exécution de Riel est un outrage au droit des gens, tel que mis en pratique chez les peuples civilisés. . .
Non, nous ne menaçons ni la confédération , ni l'ordre, ni la constitution , ni les autres nationalités.
Nous menaçons V existence du gouvernement qui a commis un acte anti-britannique, anti-civilisateur et qui persiste à n'en donner aucune explication. Pour obtenir ces explications, pour arriver au châtiment des vrais coupables, comptez, messieurs, sur le concours du Canadien, à la tête duquel les circonstances m’ont placé.
L’honorable M. Mercier, que la foule a applaudi à outrance, a dit aussi clairement:
C’est que le temps est venu de s’unir dans un grand mouvement national, non dans une union de, race contre race, mais dans une union qui puisse consolider les grandes destinées de ce pays.
M. Robidoux, député libéral à l’assemblée législative de Québec, a parlé dans le meme sens. Voici ce que je trouve dans sa harangue :
Tous les Anglais, les Irlandais et les Ecossais qui ont à cœur la cause de la justice et de la liberté se joignent aux Canadiens-français dans le mouvement qui a lieu.
Monsieur F. A. Quin, irlandais conservateur et catholique, repousse comme tout le monde l’idée que vous énoncez. Il dit :
La question qui nous occupe n’intéresse pas seulement la race canadiennefrançaise , c’est une question nationale dans laquelle tout Canadien est intéressé, quelles que soient sa foi religieuse et son origine.
Du discours de M. Edmond Lareau, libéral, je tire ceci :
Nous ne voulons pas mettre en antagonisme les divers éléments nationaux du Canada ; mais nous voulons l’application de cette sage et démocratique maxime : droits égaux , justice égale pour tous. Ce que nous demandons au sujet de Riel nous le ferions pour tout homme placé dans les mêmes circons. tances. Au fond il y a une question d’humanité et de justice qui intéresse tous les hommes de cœur, sans distinction de race ou de croyance.
Voilà avec quelle précision absolue les organisateurs les plus autorisés du mouvement dont vous affectez de vous alarmer pour notre nationalité, en prétendant qu’il comporte un esprit d’antagonisme contre les autres races, en ont déterminé le sens. Voyons maintenant les résolutions mêmes qui ont alors été adoptées et qui reçoivent en ce moment l’adhésion de toute la population. Voici : Attendu que les Métis français et anglais avaient depuis longtemps des griefs qui ont été l’occasion de l’offense publique pour laquelle Louis Riel a été exécuté ;
Attendu que les peuples civilisés repoussent les exécutions capitales pour offenses politiques.
Considérant spécialement que le fait que Riel avait été recommandé à la clémence de la cour, par les six jurés de race et de croyances différentes à la sienne, auxquels l’Etat avait donné mission de le juger, imposait à ce dernier le devoir d’user de clémence à son égard.
Considérant qu’après avoir sursi trois fois à l’exécution, ce devoir était devenu encore bien plus impérieux.
Tenant en outre compte du fait que Riel s’était livré lui-même à la demande du général Middleton ;
Considérant qu’il est évident que le gouvernement a fait de cette exécution un pur sujet de calculs électoraux ; qu’il a supputé froidement combien de comtés lui rapporterait la tête de Riel, et combien de comtés une politique de clémence et de justice lui ferait perdre 5 qu’enfin voulant donner suite à ces calculs, il l’a sacrifié à la haine de fanatiques, leur permettant ainsi de soulever les unes contre les autres les diverses races qui, dans ce pays, vivent à l’ombre protectrice du drapeau anglais.
Résolu :
lo Qu’en faisant ainsi exécuter Louis Riel, le 16 novembre courant, le gouvernement de sir John A. Macdonald a commis un acte d’inhumanité et de cruauté indigne d’une nation civilisée, et a mérité la condamnation de tous les amis du droit et de la justice, sans distinction de race ou de religion 5
2o Que le consentement donné par sir Hector Langevin, sir Adolphe P. Caron et l’honorable Joseph A. Chapleau, à cette odieuse exécution, constitue une trahison nationale et mérite spécialement la réprobation de tous les citoyens de cette province ;
3o Que dans les circonstances il incombe aux électeurs de chaque comté 'd’exiger de eur représentant à la chambre des communes un engagement
formel de combattre le gouvernement de sir John A. Macdonald, par tous les moyens constitutionnels à leur disposition ;
4o Que, dans l’opinion de cette assemblée, les circonstances exigent que toutes les divisions de partis politiques, de races et de religions s’effacent, et que tous les hommes de bonne volonté, quelles qu’aient été leurs divergences d’opinions antérieures, se réunissent pour arriver au but indiqué dans les résolutions précédentes.
Eésolu :
Que tous les conseils municipaux de la province, locaux et de comté, Baient invités par la voie des journaux à saisir une occasion prochaine de qualifier l’exécution de Louis Riel, comme ayant été de la part du gouvernement de sir John A. Macdonald un acte de cruauté odieuse, et, en outre, de la part de sir Hector Langevin, sir Adolphe P. Caron et l’honorable J. A- Chapleau, une trahison nationale, et à transmettre les résolutions qu’ils adopteront à cet effet, à leurs sénateurs et députés.
Résolu :
Que les résolutions adoptées par cette assemblée soient communiquées à chacun de6 sénateurs et députés de la province de Québec avec prière d’y donnerjleur adhésion.
Monsieur le ministre, c’est mon ferme sentiment que vous ne sortirez jamais du cercle où je viens de vous enclore par ces citations. Je vais maintenant m’efforcer de vous y murer par les déclarations écrites de ceux que vous prétendez être froissés et alarmés de ce mouvement, au point de se trouver disposés à prendre une attitude menaçante à l’égard de notre nationalité. Ceuxlà, ce sont les libéraux anglais, car les tories, nous n’avons pas à les perdre : ils sont déjà contre nous, puisqu’ils sont pour vous. Or voyons si les organes autorisés de l’opinion libérale anglaise donnent à cette grande manifestation du sentiment public, l’interprétation que vous avez inventée de coeur joie pour nous épeurer, comme si nous étions des enfants qu’on effraie avec des chimères.
Le principal organe des libéraux anglais, le Globe de Toronto, a mieux compris que vous la situation de Riel et la portée du mouvement qui vous atterre. Il disait, le 21 novembre, la veille de la grande assemblée du Champ-de-Mars :
De temps immémorial les gens de race anglaise ont été prêts à se révolter contre toute autorité qui n’acquiesçait pas promptement à leurs justes demandes ; il ont été les hommes les plus libres parce qu’ils étaient les hommes les plus portés à la révolte
S’il eut refusé d’aller au secours des siens, s’ils leur avait dit de s’en retourner et de souffrir l’injustice sans murmurer, jusqu’à ce qu’il eut plu à Dieu d’attendrir les cœurs de leurs gouvernants, Riel aurait été un être plus lâche et plus méprisable que ce qu’il a prouvé qu’il était sur l’échafaud de Régina.
Et vous voudriez noms faire croire que des gens qui parlent de la sorte, approuvent l’exécution d’un homme qui a fait ce qu ilne pouvait refuser de faire sans se montrer lâche et méprisable ! Mais poursuivons la citation de ce que dit le Globe :
Il a été prouvé au delà de tout doute qu’il est retourné avec eux, non dans le dessein de devenir un brandon de discorde, mais pour organiser une agitation constitutionnelle la population de l’Ontario devrait recon-
naître ceci comme vrai : les Canadiens-français ne demandent que la simple
justice
Pour emprunter les paroles de Grattan : u la trahison des ministres contre u les libertés du peuple était infiniment pire que la révolte du peuple contre
u les ministres. ” ,
Si les habitants de l’Ontario ne pont pas encore l’alliance des races
EN SE JOIGNANT AUX FRANÇAIS POUR ABATTRE LES CRIMINELS D’ETAT, TOUT COMME
les Français se sont joints aux Anglais pour abattre la rébellion, on aura établi un antagonisme de races permanent.
Ainsi, d’après le Globe , ce n’est pas en prêtant main forte au mouvement qu’on s’expose à un conflit de race, c’est en refusant d’y prendre part. Vous avouerez, monsieur le ministre, que cela ne contenance pas du tout vos affirmations. Le 3 décembre, le Globe disait encore :
Refuser de sympathiser avec nos concitoyens de la province de Québec ; prétendre qu ejparceqürûs désirent punir le gouvernement, nous devrons le maintenir, serait la preuve quasi incroyable d’une étroitesse de sentiment de race, de préjugé et de bigoterie. S’il est essentiellement juste de condamner les ministres, il ne saurait être autrement que mal de les laisser aller en liberté sous prétexte que les Canadiens sont du côté du droit strict.
Dans le même numéro du Globe je trouve une lettre signée Ontario , écrite par un libéral anglais et contenant ce qui suit:
Mais les conservateurs les plus outrés devront admettre que comme hommes libres, les Canadiens-français ont parfaitement le droit d’avoir une opinion indépendante sur le compte de l’affaire Riel. Ils avaient droit de pétitionner comme d’autres l’ont fait, pour obtenir commutation de la sentence portée contre Riel. Ils ont parfaitement droit d’entretenir l’opinion qu’on aurait dû faire droit à cette supplique. Ils ont droit de penser, comme la plupart des gens pensent, que ce n’est pas le suprême amour de la justice qui a porté sir John Macdonald à adopter le mode d’action qu’il a choisi au sujet de Riel, mais que ce sont des considérations politiques. Il lui fallait choisir entre la perte des faveurs des conservateurs orangistes d’Ontario, ou la perte des voix des Canadiens-français de Québec.
C’est cette croyance que ce n’est pas l’amour de la justice, mais des intérêts de parti politique qui ont fait décider du sort de Riel, qui donne ce caractère à la manière d’agir du chef actuel qui a toujours eu pour loi suprê-
me les expédients du partisan. Dans ces circonstantes, est ce que ceux qui croient que sir John a sacrifié Riel sur l’autel des expédients politiques, n’ont pas le droit de lui retirer leur confiance et leur appui sans se voir vilipendés et menacés de la guerre civile et de la dévastation par la presse conservatrice ultra loyale ?
Les Canadiens-français du Bas-Canada sont nos concitoyens, unis à nous par un destin inexorable pour travailler à l’avenir de notre patrie commune. Tout ce quf mêt obstacle à la loyale et amiable coopération qu’il faut à cette œnvre va être dommageable à l’Ontario comme à Québec.
Le Globe du 5 décembre disait encore :
Il nous est facile de compjendre pourquoi l’indignation de nos concitoyens canadiens-français se manifeste sous la forme d’une protestation contre la mort de Riel. Il leur parait personnifier les torts et les aspirations de leurs frères Métis. La longue carrière d’oppression et d’insultes de sir John envers les Métis, et de déception envers la race française et ses dignitaires ecclésiastiques les plus vénérés, a fait des héros des insurgés et de leur chef. On leur a laissé croire jusqu’au dernier moment que oet agitateur agraire serait traité comme un inculpé politique. Son exécution est tombée du ciel bleu comme un coup de foudre sur la soute à poudre des sympathies inflammables et des ressentiments ardents et secrets
Cependant la cause de l’excitation qui règne dans la province de (Québec ne provient pas seulement de l’exécution du chef rebelle, mais de l’oppression et des déceptions qui ont porté les métis au cœur simple à l’envoyer quérir et à suivre ses téméraires avis
Nous ne nous étonnons pas que les divisions de parti aient disparu dans la province de Québec, ce qui nous étonne, c’est qu’elles subsistent dans d’autres parties du Canada.
Il n’y a pas que les Canadiens -français qui accusent le gouvernement d’avoir versé le sang.
Le sang des volontaires qui sont tombés dans cette guerre fratricide demande autant l’expiation que celui de Riel.
Il y a dans Ontario des veuves et des orphelins aussi malheureux que ceux de Riel.
Tous les Canadiens auront à payer leur compte des frais de la campagne.
Tous ces morts, toutes ces pertes Grient également vengeance.
De qui ?
De ceux dont la négligence criminelle a rendu ces morts ou ces pertes innévitables.
Ce n’est pas une affaires d’orangistes contre bleus, ni de grits contre tories. C'est toute la population du Canada contre ses serviteurs infidèles.
Voilà le mot de la situation. Le Globe a aussi commenté une lettre de M. Tarte au Mail , principal organe du parti conservateur anglais, qui nous a menacés de pulvériser toute la confédération si
les conservateurs de la province de Québec votent contre le gouvernement de sir John A. Macdonald. M. Tarte développe dans cette lettre les sentiments qu’il a exprimés à l’assemblée du Champde-Mars, et le Globe dit :
Toutes les accusations portées par le Mail contre la population fran
çaise, toutes les craintes de domination française qu’il prétend entretenir n’ont pas le moindre fondement dans tout ce qu’ont dit les principaux hommes ayant pris part aux assemblées publiques qui ont eu lieu par toute la province f il n’y a pas eu, croyons-nous, une seule phrase tendant à prouver qu'aucune partie de la population crût que , par ceque Riel était français, il n'aurait pas dû être pendu, ou à prouver qu'ils veulent ou désirent qu'il y ait une loi pour les Français et une autre pour les Anglais.
Le 10 décembre le Globe disait :
Une fausse représentation en faveur auprès de la presse conservatrice est celle qui consiste à dire que les libéraux de la province de Québec ont l’intention de former un parti français ayant des fins et un but distincts.... ni M. Laurier ni M. Mercier ne peuvent être cités comme ayant encouragé tel programme. Au contraire, ces deux messieurs ont formellement déclaré qu’ils refuseraient de prendre part au mouvement s’ils croyaient qu’il tend à semer des différends de race. Le seul danger d’une telle calamité vient de la tentative bigote et dépourvue de patriotisme de soulever un sentiment anti-français dans l’Ontario.
Le Hamilton Palladium of Labour , organe des Chevaliers du travail, ordre, dit le Globe du 12 décembre, qui comprend des milliers d’ouvriers et de travailleurs d’Ontario, a dit, le 28 novembre, que u le sens commun et l’intérêt personnel bien entendu devraient unir tous les ouvriers contre la tentative de soulever une guerre de race entre les Canadiens d’origine anglaise et française. ”
Ce journal dit :
Est-ce que, sur les injonctions des politiciens sans vergogne et des écrivains stipendiés, qui n’ont jamais pu dissimuler leur hostilité au travail organisé, nous allons prendre part à un mouvement physiqne ou politique contre des gens qui ne nous ont jamais fait de mal, parcequ’ils parlent une autre langue que la nôtre et qu’ils font les cérémonies du culte à d’autres autels que les nôtres ?
Le Huron Expositor , autre journal libéral anglais du Haut-Canada, di t : '
Aucun réformiste ne peut honnêtement, en conscience, accorder par un vote sa confiance au gouvernement actuel, et chaque réformiste est tenu en honneur et en principe à voter non-confiance en ce gouvernement, quelque soit celui qui pose la proposition, et tous les députés réformistes qui refuseraient de le faire contrediraient directement leurs professions et leurs votes antérieurs.
Je pourrais couvrir de nombreuses pages de citations du Times de Hamilton, du Free-Press d’Ottawa, de VAdvertiser de London, du Ghronicle de Halifax et d’une foule d’autres journaux anglais libéraux, qui parlent absolument dans le même sens et qui mettent à complet néant vos terreurs feintes.
Depuis que le mouvement national a été inauguré, les libéraux anglais de Middlesex-ouest se sont réunis, et ce n’est pas dans la résolution suivante adoptée par eux à l’unanimité, que l’on voit qu’il ont pris ombrage de ce mouvement :
Que cette association se rappelle avec une patriotique fierté, la vivacité avec laquelle les volontaires du Canada ont pris les armes à l’appel des autorités, pour servir au Nord-Ouest ; que la présence côte à côte des volontaires de Québec et Halifax, et de ceux de l’Ontario et du Manitoba , était un acte de sacrifice personnel qui a été accueilli avec enthousiasme, surtout comme une preuve de la force d’esprit d’unité du pays ; que malgré cela, cette association ne peut oublier le fait que la rébellion n’aurait pas eu lieu sans l’incurie du gouvernement dans ses négociations avec les occupants du sol, incurie d’autant plus criminelle que l’on sait que les terres de ceux qui se v sont révoltés contre l’autorité, ont été gaspillées et distribuées à tort et à travers, entre les mains de compagnies de colonisation dont l’une avait comme officier et actionnaire M. Jamieson, gendre d’un ministre de la couronne.
Les libéraux anglais de Montréal, qui sont plus que n’importe qui à même de juger de la portée du mouvement, n’ont manifesté aucune angoisse. Le Young men's liberal Club s’est réuni au Windsor le 10 décembre. Etaient présents : M. Edgar Judge, président; MM. G. W. Stephens, M. P. P., W. A. Weir, S. Cross, D. Barry, J. Mitchell, Jonathan Hodgson, M. McKay, A. Perry, J. X. Perreault,
R. Préfontaine, J. K. Ward, P. White, Ch. Drummond, H. Joseph,
J. N. Hutchinson, S. J. Andress, T. H. Turton, Arch. McGoun, W.
F. Ritchie, W. S. Walker, W. G. McBean, S. Boas, John Ralston,
W. Lamson, N. E. Hamilton, D. Downie, J. Goldthorpe, A. Boyer,
M. P. P., James Morgan, A. Cheeseman et nombre d’autres.
Après les affaires de routine, comme dit l’argot parlementaire,
M. Selkirk Cross a proposé, avec l’appui de M. D. Barry, et il a été unanimement résolu :
Que, vu sa mauvaise administration des affaires du pays, vu sa criminelle négligence après les nombreux appels de justice faits par les habitants du Nord-ouest, appels qui sont aujourd’hui reconnus bien fondés, le gouvernement actuel du Canada est directement responsable de la rébellion et de ses terribles conséquences , qui ont causé un sî grand mécontentement chez la plus grande partie de nos compatriotes et qu’il est du devoir de chacun de ceux qui désirent avoir un bon gouvernement et une juste et impartiale
administration des affaires publiques de s’unir dans lb rut de chasser du
POUVOIR UN GOUVERNEMENT AU88I CORROMPU Qü’lNCOMPÉTENT.
Il EST DONC RÉSOLU QUE l’ AGITATION CONSTITUTIONNELLE QUI A POUR OBJET DU RENVERSER L’ADMINISTRATION ACTUELLE POUR SA CRIMINELLE NÉGLIGENCE ET SON INCAPACITÉ, EST PARFAITEMENT JUSTIFIABLE, ET QUE CE CLUB ACCUEILLERA DANS LES RANGS DU PARTI LIBÉRAL TOUS CEUX QUI DÉSIRENT s’üNIR A LUI POUR METTRE A SA PLACE UNE ADMINISTRATION HONNÊTE ET CAPABLE, S’ENGAGEANT A DIRIGER LES AFFAIRES DE NOTRE PATRIE COMMUNE DANS LA VOIE ü’üNE ÉGALE JUSTICE POUR TOUS ET D’UNE ADMINISTRATION ÉCONOMIQUE DES AFFAIRES PUBLIQUES.
Voilà qui ne comporte pas d’ambiguité. M. Ward a ensuite proposé, appuyé par M. McGoun, et il a été unanimement résolu :
Que CE CLUB DÉCLARE AUSSI qu’il CONDAMNE TOUTE TENTATIVE, QUELS QU’EN SOIENT LES AUTEURS, FAITE POUR SOULEVER DES PRÉJUGÉS DE CASTE OU DE RACE AU
Canada et pour troubler la bonne harmonie qui a toujours existé et qui