‹ Riel et la naissance du ManitobaChapitre 5 sur 6 · PAR SON HONNEUR LE JUDGE L.-A. PRUD'HOMME · texte numérisé non relu

PAR SON HONNEUR LE JUDGE L.-A. PRUD'HOMME

ce)

Les anciens du pays sont enclins à chérir les passé et à évoquer les vieilles traditions ancestrales. C'est qu’en effet ils ont été les premiers associés à l'oéuvre d'évangélisation chrétienne dans l’ouest, Leurs pères sont venus à la première heure, planter leurs tentes dans nos iminenses prairies, en ? contractant des unions avec les aborigènes. [le ont formé un type à Jart, avec une physionomie distincte et bien earactérisée. [ls y ont accompli l'oeuvre à laquelle Dieu les destinait d’une manière spéciale. C’est à ce point de vue élevée de leur mission particulière et de leur débordante activité à l’exécution de cette tâche. en y laissant l’empreinte de leur mâle courage et de leur indomptable persévérance, qu'il convient de se placer, pour bien saixir l'action bienfaisante de la population Métisse. Pour bien se pénétrer de la dette de gratitude que le pays doit à cette race fière et généreuse, qui a jeté dans un territoire presqu'aussi vaste que l’Europe, la première

.semence de justice, de respect et d'ordre et préparé la voie aux apôtres

de la foi, il faut ouvrir les annales de leur histoire et dressant leurs morts dans l'attitude des vivants, rappeler dans un tableau rapide les gestes féconds qui ont contribué si puissamment à adoucir les instincts sânguinaires des aborigènes, au milieu‘ de diffieultés dont on peut à peine aujourd’hui se faire une idée adéquate. Tes Métis ont réussi, après bien des peines, à fonder des établissements stables, aux endroits stratégiques du pays, afin de fixer au sol, les tribus nomades sans cesse errantes dans la prairie, en quête d'aventure ou de pillage.

Je le dis bien, les Métis ont une hfffôtre à part, pleine d’attirance et de charme, parsemée d'actions hardies, et de mouvements graves qui ont déterminé à certaines heures toute une orientation nouvelle et de profondes transformations dans la vie de l’ouest. Aussi bien, on comprend le sentiment de légitime fierté que les Métis ressentent à rappeler leur passé. Dans ce culte de leur tradition, ils y trouvent des leçons d'énergie pour le présent et les moyens à prendre pour assurer leur avenir.

Pour être dignes de leurs pères, qu'ils les contemplent bien en £ » q Ï

. face. Dans leur regard illuminé par l’histoire, ils y puiseront les nobles

résolutions de marcher sur leurs traces.

Des renseignements plus précis nous permettènt aujourd'hui de faire remonter au commencement du 18e Kièele, c'est-à-dire vers 1725, le hereean des premières familles métisses, La fascination de l'Ouest attira les traiteurs vers nos prairies, bien plus à bonne heure qu’on ne le croît généralement, Des jeunes Canadicns-français, épris d'aventure et de la vie nomade sans contrainte légale, qui gêne la liberté individuelle dans les sociétés organisées se dirigérent vers l'Ouest. Lu passion pour la chasse et la facilité d’amasser des fourrures précieuses dans ce pays giboveux excrenient une attirance ivrégistible sur la

jcunesse de la Nouvelle-France, L'exode vers l'Ouest fut tel que les

gouverneurs durent adopter des ordonnances pour l'endigner.

C’est ainsi que dès 1704, on constate que sept à huit bandes for mant un chiffre totai de 110 jeunes Canadiens-françnis remonterent Îe Mississippi et le Missouri ayant pour chef, un hardi traiteur du nom de Jucherenu. .

Quelquesuns d'entre‘eux se fixèrent-il définitivement dans l'Ouest? Nous n'avons aueun document à ee sujet, mais Ü est permis de le conjecturer. Tin effet, lorsque les deux fils de ZaVérendrve poussèrent leur expédition jusqu'aux pieds des Montagnes Rocheukses ils rencontrèrent à leur retour en 1748 un sauvage de la tribu de la Petite Cérise qui parlait l'Espagnol aussi bien que sa propre langue.

- Il avait été baptisé et récitait ses pfères en Espagnol. Il leur apprit

qu'à trois jours de marche de cette tribu se trouvait un Français établi dans l'Ouest depuis nombre d'années. Les fils de LaVérendrve eurent l'intention tout d’abord d'aller le visiter, mais vû que leurs chevaux étaient épuisés de fatigue, ils lui envoyèrent une'lettre par un messager. Il est probable que ce Français faisait partie de la bande de Tuchereau qui se serait établi sur le Missouri, après avoir épousé une femme du pays. D'ailleurs il n’y a rien d'étonnant de constater parmi les tribus de l'Ouest des sauvages qui auraient eu des rapports avec les Espagnols. Dès 1541 un célèbre officier Ferdinand de Soto s'était avancé dans la direction de l'Ouest en remontant le Mississippi à la tête d’un détachement de 1000 hommes, à la poursuite de mines d’or ct d'argent. Cette expédition se termina par la mort de Soto Ses compagnons d'arme lui donnèrent la rivière même pour tombeau Ils abattirent un grand chêne, en coupèrent un billat de la longueur d’un cerceuil, qu’ils creusèrent et dans lequel ils placèrent le corps. Ils clouèrent ensuite un couverele de même bots, non suceptihle de flotter. Après cela un des aumoniers de la troupe régita des prières ct à la lueur des flambeaux. on déposa le lourd cerceuil sur une barque que l’on dirigea vers un endroit choisi la veille, où le lit de la rivière avait plus de cent pieds de profandeur. C’est là que se fit cette étrange inhumation. Si maintenant nous jetons nos regards vers l’est et le nord, nous constatons que dès 1688 M. de Novon avait pénétré jus-

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matie qui ne fit que s’aceentuer avee les années. Dans une brochure publiée par lu Compagnie du Nord-Ouest en 1817 intitulée, “Récit des événements qui ant eu lieu sur le territoire des snivages" on trouve ee qui suit à la page 153. ‘Lorsque les négociants pénétrérent pour la première fois dans ee pays, après la conquête du Canada, ils le trouverent tout couverts de Métis où Brûlés Quelques uns d'entr'eux étaient alors des principaux chefs de différentes tribus de sauvages duns les plaines et portaient les noms de leure pères,” Ce Jangage est-il assez clair? ,

Les Métisfrurçuis ont done le‘droit de proclamer qu'ils sont les niné< au Nord-Ouest, et que lorsque’ le Canada fut cédé à l'Angleterre, ils gouvernaient l'Ouest, par l'ascendantiqu'ils avaient acquis sur les sauvages avec lesquels ils étaient apparentés, Ts formaient une caste supérieure et privilégiée, comme des Ineus au Pérou,

Le point que je désire souligner c'est que: les Métis ont dans l'Ouest deux siècles d'existence et que dès leur berceau, îil8 s'fmposèrent dans ce pays, comme les chefs naturel des aborigènes ct en exercèrent effectivement le commandement. Sans doute ce serait une exagération de langage que de prétendre qu’ils surent se maintenir à cette hauteur, après la formation de In Compagnie du Nord- Onest et de la prise de possession de l'intérieur du pays par sa puissante rivale la Compagnie de la Baie d'Hudson. Mais ce qu'il convient de dire.en toute justice, c’est qu’ils ne cessèrent d’être des facteurs très importants dans le développement de ce pays et qu’ils ont contribué Das que tout autre groupe national à faire pénétrer les bienfaits de la civilisation chrétienne, jusqu'aux abords du Cerclo polaire. ‘

Tei la moisson est très abondante, et je ne puis que glaner quelques gerbes ça et lt, prises dans les divers champs d'activité où line fluence métisse s’est fait sentir, Le Métis est par tempérament, hospitalier jusqu'à l'excès. T1 partagera volontiers sa dernière bouchée de pain, avec celui qui lui tend une main suppliante. En voici un exemple. Lorsquegs colons de Selkirk se fixèrent sur des fermes, ils ne tardvrent pag par suite de tristes événements, à tomber dans une

auvreté extrême. ÎTls se mourraient de faim. Pendant plusieurs tivers, les Métis les prirent à leur charge. Ils amenèrent avec eux ces familles de montagnards écossais à Pembina, dans le voisinage des troupeaux de buffalo et ils les nourrirent du produit de leur chasse. Ts furent la providence de ces braves colons, qui depuis devinrent les amis fidèles des Métisfrançuis.

La générosité des Métis est proverbiale. Je me contenterni de citer deux exemples frappants de ce trait caractéristique de la race,

Un jour, c'était au fort Francis, un employé de la Compagnie de la Baie d'Hudson du nom de Pierre Dumais, père de Pierre. Charles et Maxime, Dumais autrefois de Lorette, fut chargé d'une ex-

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Tous ces hardis vovageurs, étaient de descendance française et lorsqu'ils n'étuient pas Métis, se sunt alliés à der femimes miétisses ou du pays. Les Métis ont donc droit de les réclumer comme des leurs. Je ne prétends pas dresser iei une liste complète de nos compatriutes qui se sont distingués dans l'Ouest, Ces noms suffisent pour prouver que les Métis furent un facteur considérable dans l’histoire du Nord- Ouest d'autrefois. Mais ce n’est pas tout; j’ajouterai qu'ils ont con. tinué depuis à occuper des postes d'honneur et à prendre une part importante dans l’administration des affaires publiques de ce pays. l’renons par exemple le Conseil d’Assiniboïa qui gouverna la colonie de la Rivière Rouge de 1835 à 1870 ;.nous voyons que les Métis sui. vants devinrent membres de ce conseil : .

Bruneau François, Breland Pascal, qui devint aussi membre du conseil du Nord-Ouest, Dauphinais F.-X., Dense John, Fisher Ienrv, {irant Cuthbert, préfet des Prairies, Goulet Roger, Genthon Maximilien, Hamelin Salomon. ‘

Magistrats sous-le (‘onscil d'Assiniboia

Breland Pascal, Bruneau François, Delorme Urbain, (ienthon Maximilien, Guïlbault Joseph.

lus Députés du Gouvernement Provisoire «

Dauphinais Frs..Xavier, Vice-Président de Riel; Poitras Pierre, Lavullée Pierre, Beauchemin André, Paranteau Pierre Sr.; Täcerte Louis, Tourond Jean-Baptiste, Nolin Charles, Perreault Texn-Baptiste, Bruce John, qui devint le premier président, Thibert Pierre, Pagée

. Alexandre, Pagte Xavier, Beauchemin Jean-Baptiste, Lépine Ambruise, nommé adjutant-général de Riel, Genthon Joseph, Schmidt Louis, nommé scrétaire du gouvernement provisoire, Larence Norbert, Harrison Thomas, Klyne Geurge, (ioulet Roger, percepteur de: douanes du gouvernement provisoire, Riel Louis, président, l’âme dirigeurite et le chef véritable du gouvernement provisoire.

Depuis l'entrée du Manitoba dans la confédération les Métis ont eu quatre ministres de la couronne dans de cabinet provincial,” savoir : -

Hon. Delorme Pierre, Ilon. Goulet Maxime, Hon. McKay James, Ion. Nolin Charles. :

Ik furent représentés au Conseil législatif par les Honorables François Dauphinais, Salomon Hamelin et James McKay,

Le district électoral de Provencher élut aux Communes du Canada tout d'abord Louis Riel à plusieurs reprises et ensuite Pierre Delorme. |

Enfin, les Métis comptèrent parmi les députés élus à la législature provinciale de Manitoba :

spièd'le;trajet ‘entr Selkifkr1es dépêches

raud, des Lacombe et des apôtres de la foi qui les ont suivis. Je ne connais pas un seul peuple qui ait vécu aussi intimement avec les missionnaires que les Métis,

A la raquette, en traine à chien. en canots d'écorce ou en charette, : ils ont été les compagnons inséparables du prêtre, le guidant à travers le pays, lui gagnant la confiance des sauvages, mangeant et couchant à ses côtés, et le soutenant aux jours-d'épreuve, par leur attachement inébranlable. Vraiment je ne connais pas de race qui ait comnmunié ainsi dans un commerce plus parfait avec es missionnaires quo les anciens du pavs, Les Métis ont bien.droit dé #écrier “non fecit taliter omni nationi” Ce n’est pas ainsi que Dieu à traité les autres peuplex. Rien d'étonnant alors si les Métis ont conservé pour le clergé une affection aui ardente, Cette tradition religicuse est sans donte, ec qui constitue l’appui le plus puissant de leur subsistenee comme race distinete et le souvenir le plus touchant de leur histoire.

Veut-on maintenant saisir sur le vif, le courage héroïque des Méts dans les situations les plus désespérées. C'était en 1831. Un groupe de 61 Métis séparé du reste du camp des chasseurs sur le plateau du Missouri fut tout à coup assiègé par deux mille Sioux. La résistance semblait une folie. Après avoir reçu la bénédiction de leur mission-

aire Mgr Laflèche, abrités derrière leurs charettes ils reponssent tout le jour, la fureur des assaïllante. Pas un seul ne fléchit. Résolus de

, Y&inere ou mourir, ils jonchent le sol des cadavres de leurs ennemis et

cette poignée de héros finit par terrasser cette puissante armée. Cette

attiôn d'éclat inspira une telle terreur des Métis parmi les Sioux que de ce jour ils les recannurent pour leurs maîtres. A-t-on jamais com-

ris combien cet acte d’héroïsine servit à pacificr la prairie et à rendre es voyages moins dangereux. Enfin, c’est aux Métis que l'Ouest doit la liberté de Ja traite. Louis Riel, père du célèbre président du gouvernement provisoire, à la tête d’un groupe de Métis bien décidés, força les autorités’ du jour à cagituler. T1 leur arracha la liberté de porter des fourrures, et de faire la traite partout sañs restriction.

Il convient également de rappeler que non seulément c'est aux Métis que nous devons l'envoi des premiers missionnaires. la pacifiention des tribus sauvages, et la liberté commerciale, mais ils furent les fondateurs de nos premières paroisses et préparèrent ainsi pour l’émigration venue subséquement de la province de Québec, la voie aux établissements français fondés depuis.

J'en ai dit suffisamment pour rappeler à ceux qui sont venus plus tard, toute la gratitude que nous devons aux pionniers de la foi, et de la langue Françai® dans l'Ouest Canadien.

T1 est un événement toutefois qui mérite plus qu’une mention en passant, Je veux parler ici des tbubles de 1870 qui ont sécoué toute la Confédération. J'ai déjà eu occasion dans une étude précédente de traiter ce sujet maïs en m'attachant à certains côtés de cet

égislä ac

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de la Baie d'Hudson dans le pay et lu formation de In compagnie du Nord-Ouest,

La Compagnie de la Baie d'Hudson se sentit frappée au coeur, Qu lui coupait les vivres. La traite, désormais, elle le comprit, allait -e faire dans l'intérieur, au lieu de se porter au Littoral de la mer.

Elle fut done forcée de s'avancer vers le sud. Deux ans après, (1734) elle envovait Sæwmuel Fearne, fonder un poste an lae Cuinberland. C'était le premier qu'elle établissait dans le pays.

Fusqu'alors elle était pour ainsi dire demeurce étrangère à nos pruries, De ee jour elle entra en scène pour disputer les fourrures aux traiteurs. La soif de l'or fit oublier aux commerçants de fourvure Les fois de fa morale. Pour Senrichir ils furent appel à l'entrainement malheureux des uborigènes pour les boissons enivrantes. La brauite se fit alors sur des barils de rhum, avec les rikes, les désordres, les orgics ct parfois les pertes de vie que la fureur du vin produit si souvent Ces tristes excès allumèrent la colère des sauvages qui résolurent d'exterminer les blanes . La petite vérole arriva juste à temps pour conjurer l'orage et arrêter les sauvages dans l'ekécution de leurs complots. Les blanes conprirent que pour poursuivre leur entreprise avec suects ct soutenir la concurrence, de leur puissante rivale, 11 leur falait absolument s'entendre et s'unir. Ce fut cette pensée qui en 1784, donna lieu à la puissante organisation de la Compagnie du Nord- Ouext

Les deux compagnies se trouvtrent en présence et entrèrent dans l'arène à la chasse du “pelu”. .

Elles construisirent partout dans l'ouest des forts où leurs serviteurs hivernaient. Précédemment les traiteurs n'avaient fait que passer dans le pays. IE fallait remonter à l'époque des découvreurs français. pour Y trouver des bivernants, sauf de rares exceptions,

Désormais les employés à gage pour des termes de trois ans, rsidérent en permanence. Le plus grand nombre d'entr'eux avaient été recrutés dans les districts de Montréal, Québec et Trois-Rivières. Plusieurs “unirent aux femmes du pavs et devinrent ainsi les souches des familles Métisses. La guerre de corsaire que se livraient les deux compagnies se termina en 1821. La Compagnie de la Baie d'Iludson demeura maîtresse de la situation et absorba sa rivale.

On peut dire que depuis cette date jusqu'en 1869 elle gouverna IC pays. en vertu de sa charte, sans opposition sérieuse, Elle était Seigneuresse Suzeraine de cette immense région. A tous les ans, les facteurs en chef, qui étaient des petits pachas dans le territoire qui leur étuit assigné, se réunissaient en conseil, présidé par le gouverneur en chef. Ces assises solennelles où se discutaient les affaires les plus importantes de l'Ouest et les questions d'administration de la compagnie, se tenaient le plus souvent à Norway-House. La cessation des hostilités amena le renvoi d’un nambre considérâble d'employés de-

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porsèdet, au monopole de la traite. Elle n'entendait pas badinage sur. ce point, Elle s'arrogenit non seulement le privilège exclusif d'ucheter et de vendre les pelleteries, mais ellen ne prermettail'pas même à qui quete soit de se couvrir de fourrure. Cetle prétention dos un pays où l'hiver est si rigoureux était excessive, eXorbitante ct dérarsonnable. .

En admettant que sa charte lui eut conféré ce r2onopole draconien, il était souverainenient jmpolitique pour elle, de le réclamer. Une loi qui n’est pas en accord avec la raison ou le sentiminnt public, a peu de chance d’être respectée et d’avoir longue vi»

Pour l’éluder on s'ingénie d'ordinaire à lui trouver des échappatoires afin de s’y soustraire ou de lui donner une entorse. Le mécuntentement qui s'accentuait depuis quelques années, finit enfin par éclater en plein jour, dans l’enceinte même du tribunal lors du procès Sayer. Les Métis secouèrent le joug en 1849. Ayant à leur tête Louis Riel père. ils proclamèrent du coup Sayer innocent et la traite libre. La compagnie cèda devant l'orage ct accepta le fait accompli. Au point de vue constitutionnel, les juristes Anglais ont reconnu depuis que le droit au monopole de la traite, quoique concédé formellement: dans la Charte Royale, était lettre morte, parce qu'aneun moyen fégal n'était indiqué pour rendre ce droit exécutoire.

De 1849 à 1869, le gouvernement d’'Agsinibota accepté par la opulation n'eut point de crise à traverser. Les colons contents de eur sort. vivaient duns les meilleurs termes d'amitié. Les Métis servaient de trait d'union entre les sauvages et les blanes. Ils étaient aimés des Cris et des Sauteux et redoutés des Sioux, qui avaient appris à leurs dépens, la supériorité de leur courage,

Tour à tour chasseurs, frêteurs, canotiers et cultivateurs les Métis étaient virtuellement les maîtres du pays et rendaient des services jnappréciables à la compagnie qui eut été bien en peine, sans leur secours, de faire la traite dans son immense, domaine.

Les rapports avec eux étaient agréables et simpathiques. Le trouble commença à naître avec l'apparition du premier journal, le Nor-Wester. publié à la Rivière Rouge. Cette publication se mit à battre en brèche l'autorité du conseil et à semer la discorde entre Îles divers groupes de la population, Un certain nombre d'émigrés d'Ontario, qui venaient d'arriver, se jetèrent dans ce parti, traitant avec arrugance les anciens du pays et voulant tout réformer à leur façon. Pa. sant des paroles à l’action, des groupes d'insurgés sortis de cex rangs, enfoncèrent les portes de la prison et Hbérèrent Îles détenus. Bref, ils se moquèrent des tribunaux et ce scandale eut pour effet de discréditer l'autorité légitime. Pour achever de jeter le trouble dans les esprits. un nommé Thomas Spence, fonda en 1867, une république minuscule. au Portage la Prairie, sous le prétexte que cet endroit. se trouvait en dehors, du territoire d’Agsiniboia et ne relevait d'aucun gou-

sur leur propriété, let morcellaient à leur guise et leur annonçaient qu'on allait bientét, les mettre à la porte, pour les remplacer par des tard-venus d'Ontario. [Il y avait là, assurément de quoi donner sur let nerfs. : :

Peut-on concevoir en effet rien de plus injuste et de plus révoltant? En fallait-il davantage pour pousser des gens paisibles à la résistance la plus opiniâtre.

Douze jours après, les Métis réunis à Saint-Norbert, barricadaient la voie publique, pour arrêter le «peudo Gouverneur MeDougali et protéger la colonie contre les empiètements du Canada,

11 semblait que tout avait été concerté pour perdre le nom Canadien auprès des Métis et le rendre odieux ou suspect. La Compagnie de la Buie d'Ifudson n'avait plus d'autorité pour les protéger depuis qu’elle avait retrocédé ses droits au gouvernement impérial. C'était linterrègne. Se sentant menacés, dans leur existence comme peuple, les colons comprirent qu'ils ne pouvaient plus compter dans cette occurence, que sur eux-mêrues, pour résister aux ennemis qui avaient juré leur perte, Ils prirent donc leur cause entre leurs mains. Ifeureusement qu'ils avaient au milieu d'eux. deux hommes d’une grande valeur personnelle, Mer Ritehot et Louis Riel Loui< Riel jeune encore mais brillant, habile. doué d’une éloquenre entraînante, plein de resource et de tact, Pong et ferme dans ses décisions, était né meneur d'hommes. Dès ‘le début, il devint de fait, le chef, quoique Bruce fut d’abord élu nominalement le Président." 11 lui suecèda le 25 décembre et garda le pouvoir jusqu'au 24 août 1870, alors que Wolselev entra dans le Fort Garry.

Le gouvernement provisoire avait été proclamé par les Métis le 16 octobre 1869, Riel traça son plan et le suivit sans fléchir. TI avait eu assez de clairvoyanec, pour prévoir, que pour assurer d'une manière efficace, les droits des premiers habitants de la Rivière Rouge, il fallait deux chose: former un gouvernement élu par le peuple, et dresser lu liste des garanties que le pays désirait, avant d’eutrer dans la Confédération. Cette attitude était la plus rationnelle. Il était élémentaire que pour traiter avectte Canada, des délégués autorikés par les colons, devaient être chargés d'entreprendre cette tâche. Ces graves questions ne se tranchent pas toutes seules où même d’après une requête si précise et si motivée qu’elle soit. La rédaction au cours de discussions contradictoires, entre les parties contractantes, appelle des modifications importantes. De là, la nécessité d'avoir des représentants pour donner des instructions aux délégués et ratifier leurs actes.

C'était la seule manière plausible d'arriver à une entente sérieuse qui put rallier l’assentiment de la colonie, Ce plan, il le poursuivit jusqu'au bout et eût le talent de l'exécuter. [l eut l'immense avantage d’avoir à ses côtés, un sage mentor, dans la personne du vénérable

shérif, Dr Bird, coroner, A. @, B. Bannatyne, maître de poste, Roger (ioulet, percepteur des douanes, Thomas Bunn, scerétuire du gouvernement, Louis Schmidt sous kecrétnire, et'W. D. O'Donohue trésorier. Restait encore l'élection du président. * “Riel fut choisi, à une seule voix dissidente. Cet événement eut lieu le 10 février. Le lendemain, la convention ayant terminé les travaux, pour lesquels elle avait été convoquée, fut dissoute, Les membres du nouveau Conseil furent élus 6 février et s’assemblèrent le 9 mars, Cette chambre adopta de nouveau la liste des droits et entr’autres résolutions ln suivante qui représente les sentiments véritables de la population : “Que malgré les insultes et les souffrances supportées jusqu'ici par le peuple “du Nord-Ouest, ot celles qu’il endure encore, ce peuple demeure loyal ‘envers la couronne d'Angleterre, pouvir que ses dr oits et ses propriétés “soient respectés ct nous sommes convaineus qu’ils seront indubitable- ‘ment resfectés. Que les citoyens d’Assiniboin, sans vouloir manquer Sd'égards envers la cotronne d'Angleterre, sous l'autorité de Taquelle “noùs vivons, ont cru qu’il était nécessaire pour protéger leur person- ‘ne et leurs biens, et pour s'assurer de Îa jouissance des droits et privi- :.Ièges qui sont l'apanage des sujets britanniques, droits et privilèges “qui ont'été mis en péril, de former un gouvernement provisoire: que ‘ce gouvernement est la seule autorité en vigueur en ce PAYS, et par “les présentes nous décrétons la constitution suivante”. Après avoir pourvu à la nouvelle constitution, l’assemblée s'ajourna le 9 mai, laissant entre les mäins du Président et des membres du gouvernement, le soin d’administrer le pays et de traiter avec le Canada, des conditions d'entrée dans la Confédération. La Convention des 401, avait dé-

cidé d'envoyer des délégués à Ottawa. Ces délégués partis de la Ri-.

vière Rouge le 23 mars, étaient de retour le 17 juin et le 24 juin, fête ‘ patronale des Canadiens-français. le rapport des délégués étuit aecépté par l’assemblée des 24 députés.

Durant cette période de perturbation politique, les Métis se con-

”- duisirent avec calme et modération. Pourtant, a presse et les nouveaux

arrivés ne cessèrent de les provoquer, jusqu'æi point de jeter des soupçons sur l’honneur des femmes du pays. Pohvait-on pousser plus loin Pinsolence, et mettre à une plus grande épreuve l’endurance d'hommes de coeur,

Les Métis ne cessèrerit de proclamer leur parfaite loyauté envers l'Angleterre. Les résolutions des diverses chambres d’asemhlées qui se succédèrent étaient autant de preuves de respect et de soumission envers la métropole. Le drapeau anglais flattait au Fort Garrx. sous le gouvernement provisoire. Le Canada, dont, ils refusaient de reconnaître l’ingérence, n’était à cette époque, qu’une dutre colonie, dont elle ne dépendait en aucune façon,

On ne süurait les’blâmer avoir repoussé cette prise de possession faite par des gens, sans autorité, qui se conduisaient, avec un

riété ublique En A

lage comme en pays vaineu, cur déj v ils annonçuient que les Métis allaient être expulsés de ces terres, et que des colons de l'est les rempiaceraient. Les Métis démundérent en vain protection au Conseil d'Assiniboia. Ce pouvoir morihond ne voulut rien entreprendre, c'est pourquoi les Métis furent contraints de créer une organisation chargée de veiller au salut publie et repousser les attentats cohire leur foyer et leuYs droits les plus chers: ‘ |

…. Le gouverneur MeTavish consulté au sujet du gouvernement pros isoire. proclau officiellement In déchéance du’Conseil d’Aginivoix et apposa les scellés sur Le tombeau de ectte institution, Ce n'est pas tout, invoquant le nom de Dieu, il suppliait les habitants de la colonie de former Un gouvernement pour remplacer le défunt. Cette déclaration dans les circonstañices, constituait une reconnaissance au moins implicite de la légitimité du guuvernement provisoire et une invite pressante, à continuer dans cette voie, dans l’intérêt de l'ordre ct de la tranquillité du pays. Ce qu'il importe surtout de souligner, c'est le décès officiellement reconnu du Conseil d’Assiniboia.

Encore un coup, le pays se trouvait sans gouvernement ni jouvoir public, pour maintenir le bon ordre et protéger la vie et Les biens des cituyens.

IE fallait à tout prix,.réprimer les entreprises de ceux qui troubiaient la paix et pourvoir à ce qui était nécessaire pour Îe bien eommun surtout dans ce moment d’ugitation fébrile La société a le droit quund elle croule et roule vers l’abime de prendre Îles moyens de sauver son existence-èt d'échapper à l'anarchie, avec toutes ses conséquences désastreusts. ‘ Les colons placts dans’ ces conditions non prévues, peuvent légitimement se donner un gouvernement temporaire. Salus populi suprema lex, C'est ce qu'ils firent à Ia Rivière Rouge, en se

modelant, en autant que Les circonstances le permettaient, sur la forme *

du gouvernement élentif de la métropole Dans ses commentaires sur la loi Anglaise, Stephens se pose ce problème et le résout ainsi (Edition de 1863 p. 30.). When civil sociefy is once formed, government at the same time results of course, as necessary, to keep that societv in order. Unless some superior be constituted whose commands and decisions, all the members are bound to obey, they would still remain as in a state of nature, without any judge upon earth to define their several rights and redress-their several wrongs. But as all the members which compose this society were naturally equal, it may be asked in whose hands are the reigns of government to be entrusted. To this the general answer is easy bnt the application of it, to particular cases.

has occasioned one-Half of those mischiefs, which are apt to procecd.

from misguided political zeal. In general ali manking will agree that government should be reposed, in such persons, in.whom these qualities are most likélÿ to be found, the perfection of which is among the attributes of him who is emphatically stvled the Supreme’ Being: the

LS

three grand requisites, that is to say, of wisdom, of goodness and of power; wigdom to discern the real interest of the communit}, goodhess to endeavour always to pursue the real interést and strength or power to carry this knowlege and intention into action” ‘

Après avoir dit un mot des diverses formes de gouvernement cet: auteur continue à la page 31 : “However they began or by what right soever they subsist, there is and must be in all of them a suprème, îrimperii or the rights of sovereign reside.

En d’autres termes, d’après Stephens qui ne fait que commenter Blackstone, 16 père du droit Anglais, lorsque la société se trouve per caë fortuit à l’état de nature, sans chef, ni gouvernement, elle peut réguhèrement se donner l’un et l’autre et choisir eeux qui sont le plus en état de la diriger. Ces gouvernements dle facto, deviennent à cause des rigueurs pressantes de l’occasion, des gouvernements de jure. Or, il était évident que les enfants du sol, étaïent le plus en état, d’in-

:.. resistible, absolute uncontrolled authority, in which the jura .summi |

* diquer les hommes les mieux qualifiés pour administrer la chose pu-

blique. Dès le commencement des troubles, Riel devint le porte étendard des droits de ses concitoyens et ne cessa de possèder la confiance . des colons. 11 s’efforça,' dès le début, de se rallier l'élément Anglais du pays. Cette union assura son triomphe. |

Les trois assemblées qui se succèdèrent le maintinrent à ce poste d'honneur. Or les députés de ces diverses chambres, élus en nombre égal par les Français et les, Anglais, étaient les hommes les plus en vue et les plus estimés dans'le pays. Il s'en suit donc:que le gouvernement provisoire était l'expression des habitants de la Rivière Rouge. On peut se faire une idée de la valeur personnelle des représentants et des membres du gouvernement par les postes honorables que plusieurs d’entr'euk, furent appelés plus tard à remplir. °

Je ne donnerai que quelque noms pour justifier cet avancé!

. 1.—Dr. Bird, député et président de la législature de Manitoba,

2.—Beauchemig, A. député à la législature de Manitoba. 8.—Boyd Alfred, député à læ législature du, Manitoba et ministre. 4.—Bannatyne, A. ê. B. député aux Communes.

5.—Däuphinais François, membre du Conseil Législatif. 6.—Delorme Pierre, député et ministre à la législature Manitoba et député aux Communes, | 7.=—Gunn Donald, membre du Conseil Législatif. 8.—Norquay John, député et premier ministre-du Manitoba. 9.—Nolin Charles, député. et ministre du Mañitoba. 19.—Sutherland John, sénateur, :- :

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