CE À
(24) Aux sources de l’histoire manitobaine, p. 108.
comme on le verra tout à l'heure, déclarent qu'ils sont prêts à tout faire en leur pouvoir pour décider ceux qui hésitent encore, Le mérite qu'eurent Riel et ces hommes, dont plusieurs avaient été ses Hieutenants les années précédentes, à ainsi décider la population à appuyer les autorités établies est d’autant plus grand ct plus louable que, comme on peut en Juger par la lecture de ce procès-verbal, il existait, sinon une hésitation, du moins un certain malaise dans la population, mécontente qu'elle était du traitement indigne qu'on infligeait à ses chefs, et, jusqu'à un certain point, à elle-même. On peut se rendre compte des sentiments de l'élément canadien de Winnipeg à l'égard des Métis par ces paroles de l'historien Begg: “En fait, s'il y avait eu amnistie, nous doutons beaucoup qu'elle eût servi à protéger Riel ct les autres chefs contre la furie d'hommes qui étaient alors sur le qui-vive pour venger le meurtre de Scott.” (25) “Le 3 juin 1871, peut-on lire dans Begg et Nursey, un frère d'Ambroise Lépine et quelques compagnons se prirent de querelle avec quelques volontaires et d’autres individus pendant qu'on buvait à l'hôtel Davis. La querclle dégénéra en rixe, et, en quelques instants, Lépine el ses amis se virent jetés dans la rue. Une bataille en miniature cut alors Heu, les Métis virent se joindre à eux des personnes qui sympalhisaient avec eux et les volontaires et leurs amis sortirent de l'hôtel Davis. Les bâtons, les chaises, les bottes, les boutcilles et les morceaux de boue sèche se mirent à voler dans toutes les directions, et plusieurs, dans la bagarre, furent sérieusement blessés, entre autres Lépine qui eut la tête fendue par un coup de planche de clôture que lui porta un de ses adversaires.” (26) Il suffit de se rappeler le meurtre atroce d'Elzéar Goulet, et bien d'autres mauvais traitements que les Métis, leurs femmes et leurs enfants curent maintes fois à subir, pour s'étonner, à mon humble avis, que les chefs purent, à l’occasion de l'invasion fénienne, contenir Jeurs gens et, ce qui est plus étonnant encore, les décider à s'organiser contre les envahisseurs.
Les autres restent indécis, à l'exception de Riel, qui, la veille?s’étant prononcé en faveur du gouvernement, demande à ne pas voter ce jour-là. Les membres conviennent de tenir des assemblées dans leurs paroisses respectives. Ambroise Lépine, Léveillé, de la Gimodière, Dauphinais, McKay, affirment qu'ils plaideront, dans leurs assemblées, en faveur du gouverne-
(25) Bege, Op. cit. Vol. II, p. 27.
(26) Alex. Begg et Walter R. Nursey, Ten Years in Winnipeg, 1870-79, p. 34.
ment. Les autres conviennent qu'il est bon de le faire seulement tant goit peu, et que, tout en étant eux-mêmes en faveur du gouvernement, ilf ne se prononceront pour lui qu'avec beaucoup de précaution. L'assemblée s'arrange pour avoir des courriers dans toutes les directions, afin que ces assemblées alent lieu partout dans les paroisses frahcaises, en dedans d'une vingtaine d'heures, et qu'un rapport de ces assemblées soit fait le lendemain, le 7, entre deux heures de l'après-midi et quatre heures, par chacun des membres de l’Assoojation, chez André Neault, à Saint-Vital. Ajournement jusqu'au lendemain à deux heures p.m, * + D
Les assemblées dont nous avons lu les procès-verbaux jusqu'ici furent, bn laura remarqué, des assemblées du Conseil ixécutif de l’organisation métisse. Nous allons maintenant lire les procès-verbaux d'assemblées locales tenues en conformité avec la décision de l'Exécutif.
Le 6, à 8 heures du soir, les citoyens de Saint-Vital s'assemblent.
André Beauchemin, M.P.P., Président. Chs. Nolin, de la P. des Chênes, Secrétaire,
Le président expose à l'assemblée qu elle a à se ‘déclarer ou en faveur d'O'Donoghue, ou de la neutralité, ou du gouvernement. On veut s'en rapporter à ce que dira Riel. Celui-ci dit que les circonstances et ses propres vues sont peut-être mal appréciées par un certain nombre de Métis. Qu'à cause de cela, il craint, plus que jamais, une division parmi ses compatriotes, et surtout parmi les Métis français; je. vous prie donc de vous unir, et puisque vous me marquez une si grande confiance, croyez-moi, je ne suis pas changé. Ne vous mettez pas pour l'injustice; mais appuyons, avec ensemble, la motion suivante: “Qu'il est juste de faire connaître à Son Excellence le Lieutenant-Gouverneur du Manitoba que la présente assemblée saisit la conjecture où se trouve le pays pour affirmer son attachement à la constitution qui nous régit.” Charles Nolin seconde. Toute l'assemblée appuie. Ajournement, s
Notons bien que quoique Pembina eût été pris le matin du jour précédent par O'Donoghue, qui-fut, à son tour, fait prisonnier le soir même de sa facile et courte victoire, la nou- . velle de ces événements n'était pas encore parvenue à Fort- Garry. Nous avons vu tout à l'heure que bien que Neault ct Lépine fussent partis de bonne heure le mercredi matin, ils n’arrivérent à Saint-Vital que tard dans la soirée du jeudi. (27) Un messager porteur de la nouvelle de la prise du fort à 7 h. 30 du matin, le jeudi 5, ne pouvait donc guère arriver à Winnipeg que le vendredi soir. Il est probable que le porteur de la première dépêche fut cet homme qui, d’après Schofield, partit de Pembina entre deux et trois heures de l’après-midi, porteur de la lettre suivante adressée au consul américain à Winnipeg, (27) ‘Monsieur André Neault, auquel j'ai parlé à l'issue de cette conférence, m'a dit que Lépine et lui avaient couché à la Pointe-Coupée, et
que le voyage de retour leur avait pris la meilleure partie de deux jours. —A.-H, de T. ;
J-W. Taylor: “Quartiers Généraux, Fort Pembina, 5 octobre 1871. -— Monsieur: J'ai pris et détiens le général J. O’Ncill, le général Thomas Curley et le colonel J.-J Donnelly. Je pense qu'il n'y a plus lieu de s'inquiéter d'une invasion fénienne au Manitoba.” (28) Cette lettre provenait du colonel Wheaton. Le Gouverneur Arehibald confirme d'ailleurs ceci dans sa déposition devant le Comité Spécial du Nord-Ouest en 1874: “Les chefs féniens, dits, furent pris le 5 octobre. Je fus informé du fait le vendredi soir.” (29) Même alors on n'avait pas de nouvelles de la prise d'O'Donoghuc qui n'eut lieu que dans la soirée du jeudi, après le départ du messager du colonel Wheaton, ee qui expiique sans doute, l'inquiétude existant à Winnipeg le samedi, d'apres le témoignage, toujours, du Gouverneur Archibald: “La population de Winnipeg était très alarmée. L'alarme augmenta quand les nouvelles arrivées de la frontière, le samedi, commencérent à circuler en ville.” (30) Si j'insiste sur €es détails, c'est afin de démontrer, de façon inattaquable, la bonne foi des Métis en offrant leurs services au Lieutenant-Gouverneur, ct de réduire à néant les affirmations d'historiens mal renseignés et, malheureusement souvent et surtout, mal intentionnés, qui ont voulu faire croire que les Métis étaient de connivence avec O'Donoghue. Il est probable qu'on ne connut la prise d'O'Donoghue que dans l'après-midi ou même la soirée du samedi. Inutile "d'ajouter que la con-
duite de Riel à cette assemblée se passe de commentaires.
Pointe-Coupée, 7 octobre, chez Bapt. Goulet, a.m.
A une assemblée des habitants de la Pointe-Coupée.
Est résolu qu'il est jusfe de faire connaître à Son Excellence le Lieutenantouverneur que l'assemblée croit de son devoir de répondre à l'appel aux armes fait par le Lieutenant-Gouverneur. Que Monsieur Bapt. Touron transmeite cette résolution au Gouverneur en faisant savoir que Monsieur Pierre Delorme est nommé capitaine de cavalerie des habitants de la paroisse et Bapt. Touron nommé son second. (Signé) J.-Bte Touron.
A une assemblée tenue à Saint-Boniface.
M. François Poitras, Président; L. Schmidt, Secrétaire.
Ont été passées les résolutions suivantes:
1—Qu'étant sujets de Sa Mäjesté la Reine Victoria, nous croyons être un devoir de notre part de lui obéir.
2,—Qu'ayant reçu, par son représentant, ordre de nous rassembler pour combattre les Féniens, nous le faisons et sommes résolus à suivre les commandements que donneront les autorités compétentes.
Attesté: F.-X. Péitras, L. Schmidt, Secrétaire, ‘
-Présents: J.-Bapt. Bérard, Pierre Bérard, Pierre Lavallée, Michaud (?), Louis Plante, Félix Robillard, Pierre Harkness, Joseph MecDougall, Daniel
(28) Schofleld, Story of Manitoba, Vol. I, p. 310. (29) Rap. Com. N.-0. 1874, p. 141.
(30) Ibid.
RELEETEZ
Bérard, André Bérard, Louis Blondeau, Joseph Bourassa, Nicolas Mouard, J.-Louis Ladéroute, J.-Bte Saint-Arnaud, J.-Bte Ladéroute (fils), J.-Chrysostome Ladéroute, Isidore Villeneuve, François Poitras, A.-D. Lépine, Louis Schmidt.
Saint-Norbert, 7 octobre 1871.
Pierre Saint-Germain fait motion que l'assemblée déclare au Lieutenant- Gouverneur qu'elle est prête à faire son devoir en qualité de sujets anglais. Antoine Vermette seconde. L'assemblée est en faveur.
Jos. Saint-Germain, Martin Jérôme, Antoine Vermette, Jos. Pilon, Antoine Vandale, Augustin Saint-Germain, Moïse Parenteau, Jos. Vermette, Jos. Cadotte, Pierre Pilon, Baptiste Rocheleau, Pierre Parenteau (père), Président, Pierre Parenteau, François Roï, Pierriche Parenteau, Toussaint Vermette, Jos. Vandale, Boniface Normand, Isidore Touron, Pierre Vermette, Jos. Vandale, Bapt. Parenteau, Jos. Landry, Louis Riel, Secrétaire.
Les diverses paroisses firent leur rapport au Comité Exécutif. Celui-ci se réunit pour recevoir ces rapports. Voici le procès-verbal de cette assemblée :
Samedi, 7 octobre, à Saint-Vital, chez André Neault, à 3 h. p.m.
André Neault, J.-B, Ritchot, Bapt. Touron, Elzéar de la Gimodière, Charles Nolin, Amb. Lépine, P. Beauchemin, Pierre Parenteau, Joseph Saint-Germain, Louis Riel. L ‘
La Prairie-du-Cheval, favorable au gouvernement, Pascal Bréland, Capitaine. . : ‘ ‘
Saint-Boniface, favorable au gouvernement, Ambroise Lépine, Capitaine, Elzéar de la Gimodière, second.
Pointe-de-Chêne, favorable au gouvernement, Charles Nolin, Capitaine, J. Harrison, second.
Sainte-Agathe, favorable au gouvernement, Louis Morin, Capitaine.
Pointe-Coupée, favorable au gouvernement, Pierre Delorme, Capitaine, Bapt. Touron, second. .
Saint-Norbert, favorable au gouvernement, Pierre Parenteau, Capitaine, Jos. Saint-Germain, Second. ES
Saint-Vital, favorable au gouvernement, Louis Riel, Capitaine, André Neault, Second, Louis Sansregret, troisième. ‘*
On remarquera que dans cette liste apparaissent les noms de Métis qui, au début ou par la suite, avaient montré peu ou point d'enthousiasme. Ils ont, maintenant, si bien épousé la cause du gouvernement qu’on les nomme officiers des troupes en formation.
Le résultat des assemblées dans les paroisses étant ainsi certifié, Riel est prié de ne mettre aucun délai à faire connaître ce résultat à Monsieur Archibald, Ce qui est fait le soir même.
Voici le texte même de l'offre faite par les Métis au Gouverneur: Archibald: “Saint-Vital, 7 octobre 1871. — Plaise à Votre Excellence: Nous avons l'honneur de vous dire que nous apprécions grandement ce que Votre Excellence à bien voulu communiquer au Révérend Messire Ritchot, pour que nous pussions mieux aider le peuple, dans la position exceptionnelle qui lui a été faite, à répondre à votre appel. Comme plusieurs personnes sûres ont été priées de vous l’apprendre, notre con-
duite a été digne de sujets fidèles. Plusicurs (compagnies) sont. déjà organisées et d'autres se forment. Votre Excellence. a pu se convainere que, sans avoir été enthousiastes, nous avons été dévoués. Tant que nos services continueront à être requis, vous pouvez compter sur nous. Nos avons l'honneur de nous
souscrire, de Votre Excellence, les très humbles serviteurs. —"
- Louis Riel, AD, Lépine, Picrre Parenteau. (31)
Jé n'ai plus qu'un procès-verbal à vous lire, c’est celuï de l'ässemblée de Sainte-Agathe. Celui-ci, peut-être par crreur, puisque dans le rapport des paroisses au Comité Exécutif Saini-Agathe se trouve mentionné, est daté du 8 octobre. :
Sainte-Agathe, 8 octobre 1571.
A une assemblée tenue chez Louis Morin, écuyer, Louis Morin, père, a été élu, à l'unanimité, capitaine de cavalerie pour cette localité Une quinzaine de cavaliers seraient prêts ä-mdvycher, 11 y a quelques autres de ja localité qui devaient partir avec les troupes.
Alex. Nolin (ä) Louis Riel, écuyer, Saint-Vital, Manitoba, ,
Enfin, dans une lettre du Major A.-G. Irvine, en charge des troupes de Winnipeg, adressée au Gouverneur Archibald,'e 5 octobre 1871, on peut lire: “Je désire faire observer que tous les habitants qui défncurent le long du chemin se sont montrés prêts à nous donner toute l’aide possible,” (32) Dans une lettre d’un nommé P.-B. Douglas, commis de douane ‘à. Pembina-Nord, adressée à D.-A. Smith et datée du 7 octabre 187Ÿ, on lit: “Les Métis iei semblent loyaux, ct il he leur manque qu'un bon officier pour devenir des soldats actifs et efficaces.” (33) Et W.-H. Watt, facteur de la Compagnie de la Baie d'Hudson à Pembina, avait écrit, de son côté, à M. Smith, le 5 octobre: “Les Métis français de Pembina méritent des éloges pour leur prompte action dans ectte affaire.” (34)
On sait que le dimanche, 8 octobre, le Gouverneur Archibald, faisant sourde orcille aux représentations ‘de quelques fanatiques, se transporta sur le côté de Saint-Boniface de la rivière Rouge ct là, en présence de son entourage et de celui de Louis Ricl, serra la main au jeune chef métis’ et à son principal lieutenant, Ambroise Lépine. Il était naturel qu’on s’imaginât que ce geste scrait Je prélude de temps meilleurs pour les Métis et leurs chefs. Hélas! il n'ef fut rien. La persécution,
comme chacun le sait, recommença de plus belle, et, bientôt,
(31) Original entre les mains de M. Joseph Riel. (32) Rap. Com. N. O:-pp. 1445. ° (33) Ibid.
(34) Ibid.
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les amis de Riel et de Lépine jugèrent prudent de les faire s'éloigner pendant quelque temps. Ce fut ainsi que ces deux hommes à qui, entre tous autres; le pays devait cette autonomie dont, à bon droit, il s’enorgueillit en ces jours de son cinquantenaire, se virent forcés de s'exiler du pays de leur naissance: ce pays qu'ils avaicnt tant aimé, ce pays qu’ils avaient refusé de laisser conquérir, on leur en interdisait le séjour! Ce que l’un et l’autre durent souffrir en leur âme loyale est plus facile à s’imaginer qu’à décrire. Riel avait eu beau écrire en termes rien moins qu’éloquauts et émotionnants, à l’un de ses meilleurs amis, M. Bannaty au lendemain de la ratification de l’Acte du Manitoba: “71 will bring in Red River a responsible government. Such a young country having gained and possessing such a complete franéhise! It is beautiful! I am charmed of my country! Itis regard to us. You are right, better days will come, because nothing violent can last, because every man is under the intelligent care of the Might from above,” (35) — grandes et nobles parolés qui devraient être gravées en lettres d’or sur les murs de notre palais législatif, — Riel avait eu beau écrire ces mots, il se voyait forcé, la mort dans l'âme, de laisser derrière lui le fruit de ses efforts désintéressés, et d’aller chercher un asile dans des contrées éloignées ou étrangères! Mystère étrange, mais que l’on rencontre si fréquemment dans l’histoire des nations ct des hommes! 7 CE L
En terminant cette étude, il me semble à propos d’insister quelque peu sur cette affirmation, si souvent faite et répétée dans les milieux hostiles aux Métis — et, en général, à tout ce qui parle français, — que les Métis n'offrirent leurs services au Gouverneur Archibald qu'après qu'ils surent que le coup de main d'O’Donoghue avait raté. Avant de présenter, en résumé, les principaux faifs qui démentent, de façon catégorique, qu'il en fût ainsi, à présumer que ce que nous venons de dire ne suffirait pas, qu’il me soit permis ‘de citer quelquesuns des écrivains — malheureusement, ou heureusement, selon le sens que l’on donnera à ces adverbes, tous de langue anglaise — qui maintiennent que les Métis ou bien manquèrent de sincérité, ou bien se présentèrent trôp tard.
Le Major Mulvey, dans le Manitoba Liberal, attira l’attention de ses lecteurs sur le fait que ce ne fut que le 8 octobre.
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(35) ‘Original entre les mains de M. Joseph Riel.
après que tout était fini, que les Français offrirent leurs services, et il ajoutait ce commentaire: “Quel patriotisme!” (36) De son côté Schofield écrit: “Bien que le danger d’une invasion fénienne fût dissipé depuis trois jours. le Gouverneur se rendit à Saint-Boniface.” (37) Jusqu'à Begg, généralement bien informé, très sympathique aux Métis et assez juste dans l’appréciation de leur conduite, qui se laise entraîner à représenter les événements autremogt qu'ils ne furent: “Les Français, dit-il, se tinrent d'abord sur la réserve, et ce ne fut que le 8 octobre que le Gouverneur Archibald fut informé, etc...” (38) Le Révérend Young va plus loin: il ne faut pas s’en étonner; c’est ce triste sire qui est responsable des abominables accusations d'atroce cruauté mise sur le compte de Riel et des Métfs dans l'affaire de l'exécution de Scott, et dont on voit encore, de temps à autre, les racontars insensés dans les journaux de Winnipeg, agrémentés de détails macabres que seule une imagination pitoyablement et irrémédiablement dépravée peut inventer. Selon ce Révérend Monsieur, une enquête aurait élicité le fait que Riel fut l’instigateur de lPincursion, et que ce ne fut qu'après qu'il se fut aperçu qu'il avait encore une fois manqué son coup qu’il offrit ses services. (39) .
Enfin, nous pouvions lire dans le Free Press du 18 mars 1916, sous la signatur® de “Loyalist”, l’élucubration suivante\ “Quand cette force armée (les volontaires de Winnipeg) fut irrivée à un point peu éloigné de la frontière, et quand Île colonel Wheaton eut fait connaitre son intention d'empêcher une incursion au Canada, mais pas avant, un parti nombreux de Métis français, sous la conduite de Riel et de Lépine, qui, jusqu'alors n'avaient fait aueune avance au Gouverneur Archibald en vue d’aider à protéger le Manitoba, voyant que l’incursion projetée avait fait flasco, décidèrent que c'en était fini, firent dire au Lieutenant-Gouverneur Archibald à Winnipeg qu'ils désiraient lui offrir leurs services, et il fut assez sot (le mot y est) pour aller serrer la main à Riel®et à Lépine.”
La meilleure réponse qu’on puisse faire à toutes les inexactitudes ct insanités précitées se trouve dans le témoignage que donna le Lieutenant-Gouverneur Archibald lui-même de: vant le Comité Spéçial du Nord-Ouest de 1874, auquel nous
(26) Young, Op. £it. p. 221.
(37) Schoñfield, Op. cit. Vol.‘ I, p. 312.
(38) Begg, Op. cit. vol. II p. 71.
(39) Young, Op cit. p. 214.
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avons déjà si souvent puisé au cours de cette brève étude. Il y revisa tout au long la situation tout entière, montrant: -
1.—Les moyens employés par les émigrants canadiens pour irriter les Métis en envahissant leurs terres et, dans un cas plus particulier, allant jusqu’à changer le nom de la riviere de l’Ile- * aux-Bois en celui de Boyne, afin de bien montrer leur noble
origine et de bien affirmer leurs principes orangistes. 7
2.—La certitude qu’entretenait O’Donoghue que, à cause de la persécution continuélle qu’enduraient ses ex-collègues du goüvernement provisoire, ceux-ci n’hésiteraient pas à se joindre à lui dans son attaque contre le Manitoba.
3.—La nécessité de certains pourparlers avec Riel et Lépine, lesquels, avant d'offrir leurs services, demandaient, chose bien naturelle et très logique, uné protection temporaire ainsi que l'assurance qu'ils ne seraient pas arrêtés s’ils sortaient de leur retraite forcée, et le retard nécessairement occasionné par l’échange des communications de nature à établir une entente à ces fins. Ù
4.—La croyance dans laquelle se trouva la population de Winnipeg et des environs — jusqu'à ce que les troupes furent de retour le lundi Æitin, 9 octobre — notez bien que les Métis offrirent définitivement leurs,services le 7 au soir et que M. Archibald les vint publiquenient et officiellement accepter à Saint-Boniface dans la matinée du 8 — cette croyance où lon était que l'attaque sur Pembitra n'était qu'une feinte et que l’incursion principale devait se faire de Saint- Joseph, à en
croire les dépêches qu’apportaient des courriers de six heures en six heures. (40) !
5.—La certitude que la politique de modération adoptée à cette occasion, äu cours de laquelle, sur Pinvitation des chefs français, lui, le Gouverneur Archibald et le Capitaine Macdonald s’étaient rendus à Saint-Bonifaÿe-pour faire la revue des troupes métisses et serrer la main à leurs chefs, avait eu pour résultat la conservation de la province à la Couronne. (11)
Ajoutons ce détail très typique qui, à lui seul, devrait suffire à fermer conclusivement-la bouche aux délateurs des Métis, même les plus enragés: la conduite du Gouverneur Archibald fut si sage que dans la lettre de Lord Carnavon, en réponse au memorandum du Gouverneur-Général, Lord Dufferin, sur
(40) Rap. Com. NO. 1874, p. 141.
(41) Ibid. p. 140.
le rapport du Comité Spécial du Nord-Ouest de 1874 devant lequel le Gouverneur Archibald avait fait sa déposition, que nous venons de résumer, le Ministre des Colonices non seulement ne put trouver un mot de bläme à l'égard du représentant de la Reine au Manitoba et même exprima son opinion que les services rendus par Riel et Lépine en cette occasion étaient dignes d'une haute considération, mais encore ne releva pas la remarque de Lord Dufferin, très justifiée par les circonstances, que Le Gouvernement Canadien lui-même devait avoir considéré que ce haut fonctionnaire avait agi avec beaucoup de prudence, puisque sa conduite, aux termes mêmes de la lettre de Lord Dufferin, avait été approuvée du fait qu'il avait été promu, dans la suite, à la charge importante de Licutenant- Gouverneur de la Nouvelle-Ecosse, charge qu'il occupe encore aujourd'hui (1874). (12) Le Gouverneur Archibald pouvait done se permettre de dire: “En examinant le passé, je ne vois rien qui me fasse douter que j'aie bien fait? J'agirais encore de même dans les mêmes circonstances. Si le Canada a maintenant une province à protéger au lieu d’avoir à la conquérir, elle le doit à cette politique de modération.” (43)
On pouvait lire, il y à quelques jours, dans le Free Press, qui les reproduisait du Journal, d'Ottawa, les lignes suivantes: “Depuis quelques années on s'efforce honnêtement de rendre l'histoire plus consciencieuse, plus impartiale et plus exacte, de la baser moins sur les croyances qu'engendre la tradition, et davantage sur les preuves documentaires.” (44) S'il est une histoire qui demande à être écrite avec moins d'imagination et plus d'exactitude, c'est bien celle du mouvement des Métis, pendant la période de 1869 à 1871. Espérons que les historiens de langue anglaise auront à coeur de suivre l’excellent conseil que leur donne le Journal, qu'ils abandonneront enfin les nuages de la légende pourla clarté des faits. Espérons surtout qu'ils se laisseront de môins en moins entraîner par les préjugés ct de plus en plus conduire par la vérité. - De cette façon seulement, en ce pays, pourront-ils prétendre pratiquer dans une juste mesure çe “British Fair Play” dont, quand ils s'en servent, on peut les approuver de se faire gloire. La conduite des Métis, lors de l'invasioi fénienne, on a pu le voir, fut
RE - - (42) Dépêches*Cônternant la commutation de ia sentence de Lépine et l'amnistie relative aux troubles du Nord-Ouest, p. 22,
(42) Rap. Com. N.0. 1874, p. 152.
(44) Manitoba Free Press, 10 juillet, 1920.
sans reproche: en face des documents dont je viens de donner lecture, il faudrait avoir une dose peu commune de mauvaise foï pour affirmer le contraire, Grâce à Riel, à ses lieutenants et à ses partisans et amis, en 1870, le Manitoba obtint la place qu'il occupe aujourd'hui dans la Confédération canadienne. Gräce aux mêmes, elle se maintint dans cette même Confédération en 1871. Aussi Riel a-t-il pu dire avec raison dans son adresse aux jurés qui devaient le condamner à la peine capitale en 1885: “Je sais que, par la grâce de Dieu, je suis le fondateur du Manitoba.” (45)
Enfin n'oubliez pas, vous tous qui m'entendez, que c'est gräce à Riel, à ses lieutcnants, à leurs partisans et à leurs amis, que la clause dans lActe du Manitoba reconnaissant lofficialité de la langue française, ct par conséquent son égalité, en tout et pour tout, aveg la langue anglaise, en cette province, y fut insérée, et qu'aucune législature n’a eu ct ne saurait jamais avoir le droit de la supprimer, autrement que de façon barbare, et en se basant sur’ce principe inique que les âmes bien pensantes. ne peuvent que détester, parce que la justice n’a aucune place dans une telle maxime: “La force prime le droit”; maxime contre laquelle des millions d'êtres humains ont protesté jusqu’à donner joycusement leur sang et icur vie au cours de la lutte gigantesque qui vient à peine de se terminer. Grâce à Riel, à ses licutenants et aux partisans et amis de leur juste cause, nous, de langue française, l’une des deux langues officielles du Canada, possédons un terrain inattaquable sur lequel, au besoin, baser nos réclamations les plus sacrées. Ne Loublions jamais.
Saint-Boniface, 16 et 11 juillet 1920.
(45) Epitomé des documents parlementaires relatifs à la Rébellion du Nord-Ouest, 1885, p. 197.
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Notes Historiques sur les Métis du Nord-Ouest