SCENE XVI
LES MÊMES, LÉPINE entre.
LÉPINE.—Mon cher Riel, je reviens à la mission de paix que les ministres d'Ottawa ont confiée à notre infatigable archevêque. Je n’ai pas doute que Monseigneur y met toute sa grande âme d'apôtre, tout le dévouement dont il est capable, mais pensez-vous que les ministres seront fidèles à leurs promesses ?
RIEL.—Il me semble qu’il est impossible à Sir John A. McDonald et Sir George Cartier de
fausser leurs paroles. Comme, malheureusement, tous les ministres canadiens subissent sans cesse la funeste pression du fanatisme orangiste, il y a lieu d’entretenir beaucoup de crainte au sujet des promesses qu'ils ont faites à Mgr Taché. Ils pourraient bien avoir la témérité d’abuser d’ün aussi haut personnage.
Lépine. Lorsqu’en route pour Rome, cet apôtre, si ‘grand et si vénérable, a eu la bonté d'arrêter à Ottawa pour éclairer les ministres sur'notre situation véritable et pour leur indiquer les moyens d'arriver sûrement et pacifiquement à lacquisition de tout le Nord-Ouest, comment ont-ils tenu compte de ses précieux renseigne ments'et de ses sages conseils ? [is répondirent qu’ils n’avaient pas besoin de ses avertissements comme base de leur politique par rapport à leur installation au Nord-Ouest. Vous savez ce qui en est résulté ?
RiEL.— C’est que le soulèvement prédit par Sa Grâce n’a pas tardé à se faire. |
LéPiNE.—En effet ! à peine Monseigneur étaitil arrivé à Paris que nos troubles éclatèrent, et le noble et vaillant apôtre ne fut pas aussitôt dans les murs de Rome que des dépêches d’Ottawa le demandaient en toute hâte pour la pacification de notre pays. Ne reculant pas devant les plus pénibles travaux et les plus grandssacrifices, notre illustre prélat apparaît à Ottawa et se présenteau Cabinet. Pour apaiser les troubles, le ministère autorise de proclamer l’amnistie et de régler toutes nos difficultés. Maintenant, Riel, j'ai cette question à vous faire. Pensez-vous que les autorités canadiennes ont enfin ouvert les yeux pour nous rendre justice ? Ne présumez-
Ti
ireuse-
t sans giste, vous pas plutôt qu’elles abusent de notre bien-
te au k.- - aimé archevêque pour avoir le temps d’organiser
l'aché. les plus méchants complots en vue d'arriver à
abuser L | l’anéantissement de tout élément français et ; catholique dans le Nord-Ouest ?
R1ELz.—Ah ! cher Lépine, l'avenir va nous le
dire. (Le rideau est descendu.)
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