SCÈNE I
(Tableau représentant le Fort St-Ignace. Sur le théâtre, un salon meublé un peu médiocrement. Au lever du rideau, Riel et sa femme sont assis ; près d'eux, leurs
enfants s'amusant ensemble.
MarGuERITE.—Nous ne sommes pas riches !..
mais, dis donc, Louis, n’avons-nous pas tout ce qu’il faut pour être heureux ? Ton amour et tes tendres caresses pour moi et nos petits enfants me disent que tu n’as plus rien à désirer ! Si nous sommes le t'ésor, qui, en réalité, remplit ta poitrine ardente, n’ai-je pas raison de croire que sous ce ciel étranger, tu dois éprouver beaucoup de bonheur ?
Ri1ELz.—Oh ! chère femme, tu sais vraiment que tu es l’objet de mes plus tendres affections !.. et ees beaux petits anges dont tu m’as rendu le père,.. combien je les aime et chéris ! Sans toi, tout me paraît sombre et ennuyeux ! Avec toi, tout à mes yeux s’embellit et me sourit ! J'admire les brillantes qualités de ton esprit et de ton cœur. Je ne peux me lasser de contempler ces épouses qui me représentent la femme forte
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de l’évangile : elles fontle bonheur de la famille et entraînent la société à se les proposer comme des modèles dont elles se glorifient. Quant à ces aimables petites créatures élevées sous les ailes de ta prudente vigilance, elles sont déjà tout mon orgueil, et je me flatte dans l’assurance que tu vais en faire de bons chrétiens et de bons citoyens.
MARGUERITE.—Que je suis heureuse d’être ta femme, à Louis! Je trouve que rien ne me manque. Il est vrai, n’est-ce pas, que tes jouissances sont indépendantes de la richesse ?
Riez.—Oh ! douce et chère compagne, je te le déclare franchement, dans cette maison où le luxe ne brille pas, je possède ps que toutes ces choses appelées la somptuosité dans le monde.
MARGUERITE.—C'’est donc toujours toi, cher mari! mais écoute ! laisse-moi aller droit au bu. Ilest certain que, depuis quelque temps, tu cerches à me cacher une grande afiliction. Qu'est-ce donc qui te cause du chagrin? Si je suis ta moitié, J'ai droit à ce que tu. me fasses participer à tes peines. Vois ce cœur qui ne bat que pour toi. Eh ! bien, verses-y cette amertume qui t’accable.
RIEL.—Je te l’ai dit, Marguerite: dans cette chaumière, j'ai tout ce qui peut me contenter. Mais il m’y est impossible d’être exempt de la souffrance.
MARGUERITE.—Je vois bien que nous marchons dans cette vallée de larmes, ayant tous une croix à porter. Quelle est ta croix, Louis, ici au milieu de nous ?
RIEL.—Ma croix! c’est d’être loin de ma pa- ‘rie!... c'est d’être séparé de tout ce qui m'est
le plus cher, après toi et mes enfants ! Ma croix! c’est de voir la persécution de mes compatriotes dans les riantes plaines de la Saskatchewan ! On les insulte et on les injurie de toutes façons, on enlève leurs propriétés, on s'empare même de leur honneur qu'on sacrifie sur l'autel de l’immoralité! Voilà ce qui me saigne le cœur et me fait mourir de douleur! Dire que cette série d’atrocités dépend d’un gouvernement qui prétend être la tête d’une nation civilisée! c’est in-
concevable !
MARGUERITE.—Je partage, mon cher Louis, les peines que te causent tous ces malheurs de n.s frères du Nord-Ouest! Si c’était possible, je voudrais les subir toute seule. Dis-moi, quit'a fourni ces renseignements par ra port aux misères incroyables au milieu desquelles sont plongés nos amis de là-bas ?
RrEL.—Depuis plusieurs mois, Gabriel Dumont m'écrit pour me tenir au couran' du brigandage et des ignominies dont la population métisse est victime. Il n’y a pas de doute qu’il désire me voir à la tête des démarches que lui et les autres chefs font pour se mettre sur la défensive et arrêter la marche “es voleurs.
MARGUERITE.—S’il te demandait, cher Louis, ne pars pas : laisse faire encore le cours des événements. (Ze ar ... je crois que quelqu'un g'appe à la porte. (£'lle va Pan